vendredi 8 août 2008

JUDAISMOPHOBIE ET ANTISEMITISME & ISLAMOPHOBIE ET ISLAMOPHOBIE ETC.


Vous l’aurez compris, j’ai l’intention de me saisir de cette affaire Siné pour débroussailler tout un tas de tabous buissonneux en faisant fi des ronces. Aujourd’hui je m’occuperai des termes en titre. Ils font référence à la distinction faite par Laurent Joffrin dans son article à rebonds du vendredi 25 juillet, entre racisme et rejet y compris véhément d’une idéologie aussi bien religieuse que politique.

« Attaquer une religion n’est pas attaquer une communauté. Réprouver l’intégrisme musulman et dénoncer le pouvoir supposé des juifs ce n’est pas la même chose. (…) On choisit sa religion, on ne choisit pas son origine. L’islamisme est une religion devenue idéologie politique, soumise comme toutes les autres au feu de la critique et de la satire. Le fait d’être juif n’est pas un choix : attaquer les juifs en tant que juifs, comme le fait Siné, c’est la définition même du racisme. »

Cette déclaration avec laquelle je suis globalement d’accord a valu à Laurent Joffrin une sacrée volée de bois vert, non pas tant par la lacune qu’elle contient mais pour un autre motif. Dans la première mouture de l’article, son auteur avait utilisé le terme de « race » au lieu de « communauté » et « origine ». Sans de plus amples explications l’utilisation du terme de race pour désigner la communauté juive est bien sûr « mal choisie » comme il l’indiqua dans son erratum. Cependant dans le contexte lié à son texte, c’était le terme approprié.

Que l’on se rassure, je n’ai pas l’intention d’entériner la notion de race juive. La science ne reconnaît qu’une seule race humaine. Et même si la finesse des plus récentes analyses génétiques permet de distinguer sept sous-groupes biologiques, ces mêmes analyses notent « l’extraordinaire compacité » du génome humain, faisant de notre espèce la plus homogène parmi les mammifères. De toute façon s’agissant des Juifs, depuis la dispersion de cette nation, les communautés d’Europe, D’Afrique ou d’Asie démontrent que si des dénominateurs communs peuvent être retrouvés, la communauté juive transcende les barrières géographiques et donc celle des sous-groupes humains.

Cette notion de race reste toutefois intéressante parce qu’elle appartient avant tout au discours raciste. Regardez ce qu’il y a d’écrit sur ce certificat de non-appartenance à la race juive. « sur le vu des pièces produites (…) ne doit pas être regardé comme Juif ». C’est exactement ça. Le racisme est avant tout une affaire de regard accompagnée d’une construction verbale. Pour l’antisémite le Juif est vu comme une race.

Une « race » ou plus sérieusement une "origine" que l’on ne choisit pas en effet, alors qu’on choisirait sa religion. Pas si simple. D’où l’autre lacune de ce texte. Il ne clarifie pas vraiment la problématique « attaquer une religion n’est pas attaquer une communauté ». Une lacune dont il n’est pas responsable tant les termes utilisés dans ce débat sont peu précis et à ce point générateurs de confusion. Une confusion telle que je ne suis pas certain de réussir à démêler dans mon petit propos présent. Une confusion telle, qu’il nous va falloir être assez nombreux pour débroussailler tout ça. Essayons quand même.

S’il est vrai que l’on peut choisir de se convertir à une religion ou d’en sortir, l’islam faisant partie des exceptions, l’apostasie y étant passible de la peine de mort, ce qui vous rend dans ces cas entièrement responsables de vos choix, la plupart des êtres humains naissent dans une religion. En effet comme on naît Juif, de confession judaïque, le ciment de ce peuple en diaspora étant avant tout son héritage spirituel et sa religion, on naît également dans l'écrasante majorité des cas catholique, musulman, bouddhiste, shintoïste, hindouiste… Plus largement on naît noir, blanc, riche, pauvre, bourgeois, ouvrier.

Plus largement car au final on ne choisit pas ce que l’on « naît » alors que l’on choisi plus ou moins ce que l’on devient. Toutefois devenir n’est pas une obligation. Si je dis ça c’est parce que si l’on peut plus facilement s’extirper de notre condition sociale ou religieuse que biologique, ne pas vouloir renoncer à nos héritages, ne pas vouloir rejeter violement la loi de nos pères, vouloir la vivre paisiblement me paraît difficilement condamnable.

C’est ainsi que l’antisémitisme rejoint la négrophobie, l’Islamophobie ( Islam : peuples de l’islam) , la chrétienophobie ( de chrétienté : peuples du christianisme). Il s’agit de haïr des communautés en soi, des communautés de naissance, en niant les individus qui les composent ainsi que leur libre-arbitre. Il s’agit de haines qui se fondent sur ce que l’on serait et non sur ce que l’on fait. Des haines où l’on retrouve souvent un discours classiquement raciste. Les chrétiens apparaissant souvent comme une sale race de croisés aux yeux des musulmans et les musulmans apparaissant comme une race uniforme aux yeux des chrétiens et ce bien qu’ils soient arabes, indo-européens, turcs ou autres. Des haines dont il m’apparaît superflu de souligner l’aspect condamnable.

Par contre si l’on ne choisit pas de naître musulman, chrétien ou Juif, on est responsable de ce que l’on fait de sa religion de naissance. Entre vivre culturellement son christianisme ou son islam et s’en faire un militant, un prosélyte voir un combattant, il y a une différence et un choix dont vous devrez assumer les conséquences aux yeux des autres humains auprès desquels vous vivez. D’où l’utilité et l’importance de la laïcité (Pub).

Cela étant dit, sans aller jusqu’à ce que les hommes feraient de leur religion, et même si toute phobie me paraît suspecte, préférant à toute phobie un jugement factuel, on est en droit de rejeter, y compris violemment, le judaïsme, le christianisme ou l’islam. La judaïsmophobie, la christianophobie et l’islamophobie sont difficilement condamnables. Les religions ne sont sacrées que pour ceux qui y croient.

J’insiste cependant sur les faits car je n’apprécie décidément pas ces phobies. Elles sentent la peur ou la haine, basées sur le ressentiment ou l’ignorance plutôt que sur la raison et la connaissance. Les faits permettent de sortir de la phobie irrationnelle. Ils favorisent des oppositions ou une absence d’opposition plus raisonnées. C’est ainsi que je trouve curieux que l’on mette souvent dans le même panier le rejet du judaïsme, du christianisme et de l’islam. Ce n’est pas parce que les deux suivantes ont repris des éléments du judaïsme pour en faire des religions prosélytes et impérialistes que le judaïsme est responsable de ces faits ou méfaits.

Le judaïsme s'apparente, en dehors de toute comparaison théologique, au shintoïsme, à l’hindouisme, au bouddhisme tibétain et aux autres religions ethniques ou nationales. Des religions certes toutes critiquables mais contrairement aux religions universalistes, liées à des peuples bien précis qui ne demandent souvent rien d’autre qu’à plaire ou être les élus de leurs divinités tutélaires sur leurs bouts de terres promises respectives. Je privilégie d’ailleurs la comparaison entre judaïsme et bouddhisme tibétain parce que cette dernière devient celle d’une diaspora, servira avant tout de ciment à cette diaspora tibétaine. Au passage elle séduira ou révulsera des populations où s’installera cette diaspora et nourrira bien des thèmes qui sont actuellement propres au judaïsme ou à d’autres religions de diaspora.

En conclusion, histoire de rester dans ces termes qui confondent plus qu’ils n’éclairent ce débat, j’indique préférer le terme introduit par Pierre-André Taguieff de "judéophobie" pour désigner la haine des Juifs. Celui-ci permet d’éviter des confusions ou de s’entendre dire par des judéophobes sémites qu’ils ne sont pas antisémites puisqu’ils sont Sémites. En effet les Juifs d’avant la dispersion intervenue il y a deux mille ans, qui n’a pas manqué de métisser ce qui à l’origine était un peuple strictement sémitique, ne sont pas les seuls représentants de cette famille de peuples. Les Arabes sont tout aussi Sémites que d’autres levantins comme les Chaldéens, les Araméens, les Syriaques, les descendants Libanais des Phéniciens qui pour être Sémites ne sont pas pour autant Arabes contrairement à ce qu’ils croient etc.

Moralité, entre les mots qui confondent et le manque de mots qui précisent, il y a encore du travail. Allons. Le travail continue…

SILomon

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