samedi 14 mai 2016

Moment de grâce avec Nancy


Samedi, 10h. J’arrive à Nancy. Je photographie sur le fronton de la gare la devise de la ville qui souligne son chardon. "Qui s’y frotte s’y pique". J’ai de la tendresse pour cette devise. Elle est le pendant français du « Gadsden flag » des libéraux américains portant le «ne me marche pas dessus» et signifiant que notre pacifisme cesse là où commence toute atteinte à nos libertés.

Je remarque alors sur la façade de la gare des reproductions art nouveau parmi lesquelles le portrait de Monsieur et Madame Corbin par Victor Prouvé.

Contemplatif, je me trouve soudainement tiré de mes prises de vue par un éclat de voix. Sous la demi-lune que je photographiais, une voix féminine, délicate mais assurée, vient de lancer un «fichez-moi donc la paix !»

Elle, la quarantaine, un mètre soixante-quinze, élégante, ressemblant étrangement à Madame Corbin, des cheveux détachés qui balaient une tenue d’amazone chic plutôt qu’une robe belle époque.

Lui, le stéréotype du zonard de cité réclamant lourdement aux passants des sous pour son shit.

Il n’a pas apprécié le refus définitif. Il maugrée un truc. Elle rétorque, toujours d’une voix sans failles, «et tu m’insultes en plus ; tire-toi !» Visiblement piqué de partout, il obtempère, non sans lâcher un très classique «nique ta mère». «Et tu laisses ma mère tranquille !» lui assène-t-elle.

La queue entre les jambes, il passe devant moi en croisant l’un de mes plus beaux regards assassins avant d’éructer un peu plus loin un très pitoyable dernier «niq’ta mère».

Voilà une journée qui commence merveilleusement bien. Je viens de tomber amoureux :-)

Sil 


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