samedi 12 novembre 2016

Mon 13 Novembre 2015 en Israël (1/4)


Jeudi 12 novembre 2015. Il est 20h30. Mon vol pour Ben Gourion est à 23h10. J’arrive suffisamment à  l’avance au Terminal 3 de Roissy en me disant que les contrôles de sécurité seront particulièrement longs par ces temps de folie terroriste. En cherchant les informations sur mon vol, je remarque qu’il n’est pas affiché. Je demande aux charmantes hôtesses du comptoir « informations » s’il est normal que le vol de la compagnie Arkia ne figure pas sur le panneau d’affichage. Celles-ci, très aimablement, vérifient l'état de ma réservation effectuée via Last-minute. Tout leur semble établi en bonne et due forme. Après des recherches complémentaires, elles apprennent que mon vol aurait décollé en début d’après-midi. Je découvre donc que mon vol est parti sans que la compagnie Arkia ni l’agence Last-Minute m’en informent.

Me voilà tout contrarié. Je suis attendu à Tel-Aviv et je dois passer avant ça par Jérusalem. Je leur demande s’il y a d’autres vols de prévus ce soir pour Ben Gourion. Toujours aussi aimablement, elles se renseignent et m’indiquent qu’il y a un vol Air France et un vol El Al pour Ben Gourion ce soir autour de 23h30, et qu’il y a des places disponibles. Le Terminal Air France est le plus proche. Je fonce avec mon sac à dos vers celui-ci. Une fois devant le comptoir, je demande le prix du vol. Il est exorbitant. Je décline l’offre en souriant. Me voilà courant de nouveau avec mon sac à dos dans les couloirs de Roissy direction le Terminal 2A. Je croise des militaires que ma course, sac-à-dos, n’inquiète pas plus que ça. A leur place j’aurais sans doute été sur le qui-vive.

Au bout du Terminal 2, j’arrive enfin au comptoir d’El Al. Je pose mon sac à terre. Je suis en sueur. L’un des membres de la gendarmerie mobile en faction à l’entrée de la zone El Al me scanne du regard. Quoi de plus normal. J’explique ma mésaventure à l’hôtesse d’El Al. Celle-ci m’indique que je ne suis pas le seul dans ce cas et que d’autre passagers Arkia sont pris en charge par El Al. Voilà une bonne nouvelle. Elle se renseigne auprès du siège pour vérifier si je fais partie de la liste. Après 30 minutes d’attente elle m’indique que ce n’est pas le cas. Zut ! Je lui demande le prix de l’aller pour Israël. Il est autrement plus raisonnable que celui d’Air France. Je prends un aller vu que le retour d’Arkia que je dois prendre est confirmé sur les fichiers de l’aéroport. Me voilà rassuré. Je vais pouvoir partir comme prévu. Or c’est là que l’aventure commence.

Un employé d’El Al, pas très grand, gaillard, à la mine sympathique, et que l’on appellera David, me demande mon passeport pour vérifications. Je lui tends bien volontiers et attends un peu en retrait. Je remarque que le président du consistoire israélite fait partie des passagers. David revient quelques minutes plus tard et me rend mon passeport.

Une femme, que l’on appellera Rachel, s’approche alors de moi et me dit en anglais qu’elle va devoir me poser un certain nombre de questions pour des raisons de sécurité. Rien d’étonnant. Je connais la procédure. Par contre, par tous les dieux, ce qu’elle est belle. Grande, brune, élancée, le type plutôt slave, elle me demande l’objet de mon voyage, pourquoi je n’ai pas de réservation d’hôtel, chez qui je vais, d’où je le connais, etc. Puis de façon plus surprenante, mon métier, de quelle origine est mon nom et ce que pensent mes parents de mon voyage en Israël. Une fraction de seconde, je rigole intérieurement en me disant que mon nom germano-ibérique est plus antisémite que juif même s’il cache des racines hébraïques. Quant à mes parents, surtout ma mère, il ne vaudrait mieux pas qu’ils sachent que je vais en Israël en plein intifada des couteaux. Je réponds à ses questions de manière très factuelle tout en me perdant de plus en plus sur les magnifiques traits du visage de Rachel. Je me marre de nouveau intérieurement. Je me dis qu’elle est forcément formée en psychologie comportementale, en synergologie et en analyse des réactions corporelles. Par conséquent, au vu de mes pupilles dilatées et autres manifestations d’émotivité esthético-erotiques, elle doit se rendre compte que se tient devant elle, non seulement tout le contraire d’un antisémite mais plutôt un garçon de plus en plus sensible à son charme ashkénaze. Elle s’en rend compte. Quelques versets du cantique des cantiques me viennent à l’esprit. « Ô mon amie, tes joues sont belles au milieu des colliers, ton cou est beau au milieu des rangées de perles ». Je sens poindre comme une légère rougeur pourpre au niveau de ses très jolies pommettes. 

Elle termine son interrogatoire et va rejoindre un homme en retrait sur la gauche que je n’avais pas remarqué, à qui elle semble résumer notre entretien. Grand, la quarantaine finissante, mais surtout, absolument tout de l’ancien officier d’un service de sécurité, type Shin Beth ou autre, et que l’on appellera Salomon. Tout en écoutant le rapport de Rachel, Salomon me scanne de la tête aux pieds. Cette très gênante impression de mis à nu par un professionnel me parcourt un bref instant l’esprit.

Je me rends alors subitement compte que je suis chez El Al, la compagnie la plus sûre au monde, que j’ai un profil pas forcément rassurant, encore moins dans le contexte actuel, et qu’ils sont là pour tout sauf rigoler. Je perçois d’ailleurs une certaine tension que ma présence suscite et que mon ravissement de pouvoir embarquer dans cet avion pour Israël avait jusqu’alors camouflé.

Rachel revient, avec une autre collègue au type séfarade particulièrement prononcé que l’on appellera Deborah. Elles me demandent où sont mes bagages. Je leur indique que je n’ai qu’un sac à dos, que je prévoyais d’emmener avec moi, comme d’habitude, en cabine. Elle me dit que mon sac devra aller en soute. Je lui indique que j’ai à l’intérieur du sac un appareil photo que je souhaiterais embarquer avec moi en cabine. Rachel et sa collègue examinent mon DSC-HX300, retournent voir Salomon, puis reviennent me dire que mon appareil photo ne pourra pas monter avec moi du fait d’une panne de leur scanner spécialisé dans l’analyse des appareils photo. Voilà une nouvelle qui m’agace. Je le leur signifie. Elles m’indiquent que le temps que j’enregistre mon bagage, elles vont voir ce qui peut être fait. J’enregistre mon sac qui part sur le tapis direction les soutes puis je reste là, devant le comptoir plusieurs minutes, avec mon appareil photo. On m’expliquera plus tard qu’il s’agissait non pas de voir ce qui pouvait être fait pour mon appareil mais d’analyser mes réactions filmées et retransmises dans une pièce à côté.

Je suis le dernier passager au comptoir enregistrement des bagages. Au bout de dix minutes, je plaisante avec l’hôtesse du comptoir en lui disant « j’espère que le vol ne partira pas sans moi ». Elle prend ma remarque au premier degré et se charge de me rassurer en me précisant que le vol partira avec 45 minutes de retard.

Sur ce, reviennent Deborah et Salomon qui m’expliquent qu’il n’y a rien à faire pour mon appareil photo. Celui-ci devra rester dans l’armoire du comptoir El Al de l’aéroport. Je manifeste mon désappointement. Sur un ton calme, Déborah m’explique de nouveau le sens de cette nécessité. Je le dépose au comptoir en me disant que je ferai des photos avec mon iPhone. Cela fait, on me remet ma carte d’embarquement et je me dirige enfin, mi-heureux, mi-agacé pour mon appareil photo, vers la zone d’embarquement. Un bref instant perdu dans mon agacement, j’hésite sur l’escalier à prendre et me retourne pour voir si j’ai pris le bon chemin. Je remarque en faisant cela que Salomon marche une vingtaine de mètres derrière moi. Je me dis « la vache, ça ne rigole pas ; s’il savait à quel point je cherche à être tout sauf un danger pour les Juifs et Israël »…

J’arrive devant la zone de contrôle avec mon seul billet, passeport et une sacoche type « banane » comportant mon portefeuille et deux smartphones. Je passe les différents détecteurs et me dirige vers la zone d’embarquement. Soudainement, je souris. Quelle bonne surprise ! Dans la galerie marchande se trouve une boutique de « la Maison du Chocolat » encore ouverte. Je me dis que cela fera plaisir à Dod Z et tante Belle. Je sors de la boutique tout heureux avec mon ballotin de chocolats. Et là, nouvelle surprise. David, l’agent de sécurité d’El Al qui avait contrôlé mon passeport vient vers moi et me demande ce que j’ai dans le sac. Un peu surpris, mais finalement de moins en moins, je lui tends mon sac et lui indique qu’il s’agit de chocolats. Il me demande de le suivre.

Je lui demande très tranquillement pourquoi. Tout aussi calmement, il me précise qu’il s’agit de faire deux trois vérifications supplémentaires. Je l’accompagne. En passant devant tous les passagers assis dans la zone d’embarquement, j’ai du mal à réprimer une question. « Quelles sont les raisons de ces contrôles supplémentaires ?». Il me répond que ce sont là des contrôles habituels chez El Al. Je me dis « habituels ou pas, mon petit David, je suis le seul à te suivre je ne sais où ? ».

Nous prenons une porte puis un escalier qui descend vers le tarmac. Nous rentrons dans une petite pièce où Salomon nous attend. Sur un ton respectueux et en mettant toujours les formes de politesse, ils vont me demander d’enlever mon blouson, qu’ils analyseront aux rayons alpha, mes chaussures qui passeront également à la radio, mais aussi de déboutonner mon pantalon afin qu’ils puissent passer le détecteur de métaux au plus près de ma matraque télescopique. « Je suis désolé de vous demander cela, mais vous serait-il possible de déboutonner votre pantalon ? ».  Il est certain que les formules de politesse sont respectées. Je lâche alors, un peu goguenard, en imaginant comiquement que l’étape suivante sera une non moins polie fouille rectale, « à l’évidence, j’ai droit à la totale ». Ils passent le détecteur de métaux, puis me remercient en m’invitant à me rhabiller. Pendant que je me ressape, Salomon quitte la salle de fouilles. David me demande de vider ma petite sacoche ventrale. Portefeuille, ok ! Smartphone 1, je l’allume, ok ! Smartphone 2, je l’allume également, c’est ok !

Dans ma banane, il remarque alors une toute petite sacoche. Il me demande ce qu’il y a dedans. Je lui explique qu’il s’agit de mes bijoux de baptême que je compte emmener avec moi en Israël. Il me demande d’ouvrir la sacoche. Là, c’est moi que veux voir sa réaction. Face à ma croix de Jérusalem et mon étoile de David, bijoux du rejeton d’une vieille famille aussi croisée que marrane, il a un léger mouvement de recul. Je range mes bijoux de famille.

Si humainement, il voit très bien à qui il a affaire, professionnellement il n’en a pas moins un strict protocole à respecter. Je commence à admirer le professionnalisme de l’équipe.

Il m’indique, toujours sur le même ton poli, que nous allons rejoindre la zone d’embarquement, que cependant je resterai assis à l’écart des autres passagers, puis que je monterai à bord en premier afin que l’on m’installe à l’arrière de l’appareil en compagnie d’un agent de sécurité. Il conclue en me demandant si avant ça, je souhaite me rendre aux toilettes. J’avoue que j’ai l’impression de me trouver dans un film ou une émission de camera-cachée, mais vu qu’en même temps je me prends de plus en plus au jeu,  je lui réponds tranquillement que j’irais bien aux toilettes. Comme dans un film d’espionnage, il passe devant moi, me demande de choisir l’un des cabinets, ouvre la porte choisie et inspecte l’intérieur de celui-ci. Coup de bol, je choisis le bon. Il n’y a pas d’arme de planquée mais deux passeports qu’un passager a dû faire tomber de sa poche en remontant son froc. Grâce à moi, il va pouvoir les retrouver. David récupère les deux passeports et me laisse faire mes petites affaires. Il m’attend dehors. Puis m’accompagne à un siège situé une vingtaine de mètres des autres passagers. Je m’assois un peu impressionné par toute cette scène de film que je refais tourner dans ma tête.

Le magnéto-cérébral une fois arrêté, je constate qu’au comptoir de la zone d’embarquement, se trouve la magnifique Rachel qui chahute gentiment avec Déborah et David. Ce qu’elle est belle ! Visiblement, un tel niveau de rigueur professionnelle n’empêche pas des petits moments de détente. C’est alors que je remarque qu’à côté de nos joyeux drilles se tient un autre membre du personnel. Celui-ci me regarde. Après quelques instants, je me rends compte que non seulement, il me regarde, mais qu’il ne me lâche pas du regard. De toute évidence il est chargé de surveiller mes réactions.

Me voilà de nouveau parti dans l’analyse de leurs procédures très intéressantes mais également dans ma goguenardise. Je me dis que la plupart des gens de mon entourage n’auraient pas compris toutes ces procédures, auraient sévèrement psychoté ou carrément pété un plomb devant un tel traitement, finissant par hurler « vive la Palestine » ou tout autre connerie franchouillarde anti-israélienne. Je me dis également que leur système de sécurité présente au moins une faille, qui m’apparaitra d’autant plus évidente après mon retour d’Israël.

Après une bonne quarantaine de minutes, David revient vers moi, plus souriant. Il me sert chaleureusement la main, me remercie pour ma coopération et m’invite à le suivre à bord de l’appareil. Je le suis tout en jetant un dernier regard enamouré en direction de Rachel. Il m’installe au fond de l’appareil avant de disparaitre tout en me souhaitant un excellent voyage. Il est minuit et demi. Un quinquagénaire corpulent s’installe à côté de moi. Sans doute l’un des anges gardiens de l’avion.

Je suis heureux, particulièrement heureux. Je suis dans l’avion pour Israël…

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