vendredi 21 juillet 2017

Antisémitisme et antisionisme : c'est kif-kif bourricot !


A l’heure où d’aucuns s’étonnent voire s’offusquent des propos du président Macron affirmant ne rien vouloir céder "à l'antisionisme, forme réinventée de l'antisémitisme", un petit rappel s’impose. 

Comme vous allez vous en rendre compte, je pourrais faire de la brillante analyse qui suit un petit essai de 50 pages qui ne manquerait pas de me rapporter quelques pépètes, mais voilà, non seulement je n’ai pas le temps, et surtout un simple billet suffira pour démontrer qu’antisémite et antisioniste c’est kif-kif bourricot. Pour l’essai, un auteur aussi désœuvré que dans le besoin n’aura qu’à développer le petit canevas qui va suivre. Je lui demanderai juste de signer un petit chèque de remerciement à l’ordre du budget de la défense nationale. Suite au récent coup de rabot de 800 millions d’euros, m’est avis que nos forces armées ne se montreront pas hostiles à un peu de mécénat. Mais revenons à nos moutons ou plutôt à nos bourricots.

Voyez-vous, comme dans toute pathologie de ce genre, ce ne sont pas les faits qui comptent, mais les fantasmes. Aussi, peu importe que pendant 2000 ans, la diaspora israélite, ne soit restée qu’une minorité, qu’elle n’ait à aucun moment cherché à disposer d’un Etat à elle au sein de nos nations européennes, n’ait jamais commis d’exactions militaires sur ses voisins, ou même qu’aucun Juif n’ait jamais régné sur aucune de nos nations, imposant l’hébreu pour langue, le judaïsme pour religion d’État et la guerre ou la colonisation pour politique d’expansion. Peu importe que les terres, les châteaux de la Loire et autres réels symboles de richesse ou puissance n’aient jamais été juifs. Peu importe. Dans cette maladie qu’est l’antisémitisme, ce qui a toujours compté, c’est le délire. Celui voulant que le Juif soit un assassin par nature pour la « sainte » raison que des Juifs aient condamné à mort un autre Juif du nom de Jésus ; mais aussi cette autre folie poussant certains à accuser les Juifs d’empoisonner les puits des Chrétiens, de manger les enfants chrétiens pour Pessah ou d’être les propagateurs de la peste noire ; ou encore ce fantasme qui ferait du Juif l’unique ou principal vecteur de la corruption et ruine de ce bas monde. Ah, la fixette juive. Toutes choses, qui dans la tête de nos malades, justifierait l’annihilation du Juif.

La fixette et le fantasme, exactement les mêmes symptômes que l’on retrouve dans l’antisionisme.

Là aussi, peu importent les faits, seul compte le délire. Peu importe qu’Israël soit effectivement le berceau national du peuple hébreu, dépossédé de celui-ci par plusieurs empires successifs (romain, arabe puis ottoman),  et que le « sionisme » se définisse non pas comme un délire « impérialiste » (Israël = 20 000 km2, même pas deux fois l'Île-de-France) mais comme le simple droit du peuple hébreu à redisposer de lui-même sur les terres de son berceau national. Peu importe que les très haineux voisins d’Israël aient cherché dès la déclaration d’indépendance de 1947 à annihiler à plusieurs reprises le petit état hébreu et que certains le cherchent encore ; que les Israéliens n'aient fait que se défendre, rétrocédant des territoires chaque fois que la paix était garantie ; que les Israéliens demeurent une minorité dans ce médiocre-orient sous domination arabo-musulmane ; que malgré tout cela, les Israéliens arabes disposent des mêmes droits politiques que les autres Israéliens et de bien plus de liberté que dans les pays arabes. Peu importe l’évidence. Ce qui compte c’est de fantasmer. De prétendre qu’Israël est raciste, et qu'il n’a pas le droit comme la plupart des États, d’être le foyer d’un peuple identifié depuis des millénaires. De prétendre que l’existence d’Israël empêche non seulement la paix dans la région mais menace également celle du monde. Peu importent les dizaines ou centaines de milliers de victimes en Syrie, en Irak, au Darfour, au Congo, au Tibet et ailleurs. Seul compte le prétendu « génocide » que perpétrait Israël sur ses voisins arabes. Un État d’Israël qui n’hésiterait pas à user d’armes et de méthodes diaboliques, un peu à l’image du vieux mythe du Juif empoisonnant les puits chrétiens ou rependant la peste. Une « entité » israélienne qui aurait pour vocation de s’étendre et de s’enrichir à l’infini. Il est vrai qu’Israël est à ce point vaste et riche qu’elle en éclipse par sa splendeur celle des monarchies arabes. Que ne les voyez-vous pas toutes ces tours dorées à Jérusalem où s’affairent des légions de serfs philippins aux passeports confisqués, n’est-ce pas ? Un État d’Israël qui serait le principal vecteur de la corruption et ruine de ce monde. Ce qui dans la tête de tous ces malades justifierait son annihilation.

CQFD, antisémite, antisioniste, c’est kif-kif bourricot !

Que fais-je des Israéliens ou des Juifs antisionistes, alors ? C’est simple, je ne m’en étonne pas et je les traite de bourricots. Ne m’en étonne pas car tout comme il y avait des Juifs antisémites, des kapos (gardiens de camps de concentration) juifs, quoi de plus logique qu’il y ait des Juifs ou des Israéliens antisionistes, des Juifs ou des Israéliens touchés par la haine ou le mépris de soi, tout simplement parce qu’ils confondent saine autocritique et légitimation des délires véhiculés par leurs bourreaux ou ennemis. Bourricots donc !

Tous antisémites alors ? Pas vraiment. Bourricots surtout. Dans toute cette triste histoire, il y aura toujours plus d’ignorants, d’imbéciles, d’idiots utiles, de lâches, de suiveurs et d’opportunistes que d’antisémites ou d’antisionistes aussi engagés qu'enragés. Bourricots donc !

lundi 17 juillet 2017

Trop de lutte tue la lutte !

 
Elle est décidément bien marrante cette capacité humaine à refaire régulièrement les mêmes âneries, puis à redécouvrir avec la même régularité les vertus de l'eau tiède. En effet, ces temps-ci, en bien des domaines, on redécouvre ce vieux principe voulant qu’un système de rendement, qu’il soit économique, social ou étatique, est voué à atteindre un seuil à partir duquel il devient plus destructeur que producteur.

Ça marche pour les impôts, à travers la courbe de Laffer voulant que trop d’impôt finit par tuer l’impôt, soit en asséchant les vaches à lait, soit en faisant fuir les poules aux œufs d’or.

Ça fonctionne pour la « nouvelle économie » à travers le cas Uber démontrant qu'un excès de concurrence, notamment par une guerre des prix  mal maitrisée, finit par tuer les rendements de tous les acteurs du secteur.

Et c’est valable aussi, figurez-vous, en matière sociale. Bah oui ! C’est bien beau de vouloir conquérir toujours plus « droits » payés par l’entreprise ou le contribuable, mais si au final ces « droits » se retrouvent vides de moyens et de réalité faute d’entreprises rentables et donc d’emplois, nous voilà tous bien avancés.

Il n’y a que la CGT et autres marxistes, pour ne pas le comprendre, et ce malgré les réformes menées à bien par certains de nos voisins, ayant remis bien des économies et leurs systèmes sociaux sur pied. Non ! Nos pignoufs de la lutte des classes préfèrent une lutte sans fin même si elle doit se terminer au mieux en victoire à la Pyrrhus, au pire en cataclysme économique et social. Voir le cas Vénézuélien, passant en quinze ans de délires marxistes, tant vantés par Mélenchon & Co, du statut de pays le plus riche et prometteur d’Amérique latine, à celui d'énième nation sombrant dans l’enfer socialiste…



vendredi 14 juillet 2017

L’amour est voyage et vice-versa


Dans la continuité de mes souvenirs sino-sentimentaux du mois dernier, maintenant que j’y pense, à de rares exceptions près, celles qui confirment la règle, la plupart de mes plus belles rencontres, et ce dès la première, furent faites sur la route. Comme quoi...

J’ai approché la mère de mes enfants lors d’une sortie scolaire à laquelle nous participions tous les deux. Après avoir passé la journée à crapahuter avec des élèves de banlieue sous la pluie dans le Parc de Sceaux, elle acceptait un chocolat chaud. Le premier sur le sentier d'un périple montagneux d'une quinzaine d'années.

Le chemin de l'école, le seul point commun avec mon premier amour que j'ai rencontré sur celui du lycée. Nous habitions non loin l’un de l’autre, dans des rues adjacentes à l’avenue Raymond Poincaré, et nous nous dirigions, à la même heure, à quelques mètres de distance, plusieurs fois par semaine, vers la bouche de métro du Trocadéro, à destination du lycée Molière. Nous ne nous connaissions pas. J’étais en terminale et elle en première. J’avais certes remarqué cette sublime jeune fille blonde mais comme la timidité me maintenait à l’époque encore bien muet, je n’osais pas l’aborder. 

C’est elle qui m’a adressé la parole pour la première fois. Mon sac à dos de l’armée américaine, offert par un habitant de mon immeuble, et mon bombers kaki épinglé de pins US, intriguaient cette binationale américano-néerlandaise. Un matin elle me demande si on peut faire le chemin du lycée ensemble et si je suis Américain. 

Cette grande amoureuse de chansons sentimentales, amour qu’elle m’a transmis, venait de faire le « premier pas ». Le premier d’une longue discussion, de longues promenades le long des quais de Seine après les cours, mais aussi de toutes ces heures tendres passées enlacés sur les bancs de l’île aux Cygnes ; sans oublier ces virées chez moi au Portugal et chez sa grand-mère du côté de Arnhem dans l’Est des Pays-Bas.

Mes papilles frétillent encore de ces délicieux souvenirs de krentenbollen, ces petites brioches hollandaises au raisin, tartinées de beurre de cacahuète « Calvé » au petit-déjeuner. Mes yeux n’ont rien perdu des balades sur les digues de la Mer du Nord, et de ces autres joyeux moments passés avec cette famille que j’adore, et avec qui j’ai maintenu le contact en dépit du temps et de la distance. 

Malgré leur amour de l’Europe, l’appel de l’Amérique fut en effet le plus fort. Mon Alexa part après son Bac aux USA puis devient hôtesse de l’air dans une compagnie américaine. Et moi je me revois, comme si c’était hier, angoissé comme jamais, lui adressant un courriel pour lui demander de ses nouvelles, tout en priant tous les dieux du ciel comme des enfers pour qu’elle ne soit pas à bord de l’un des avions qui vient de s’encastrer ce jeudi 11 septembre 2001 dans les tours du World Trade Center.

Un an après le départ de « la fille de ma vie », comme elle le disait, je fais la rencontre d’une femme extraordinaire, de ces rencontres que je qualifie d’initiatiques. J’ai 19 ans, elle en a 35. Je suis là, en Norvège, du fait de l’un de mes premiers très nordiques appels. Elle s’y trouve afin de préparer son prochain rôle dans une pièce de théâtre écrite par le grand dramaturge norvégien Henrik Ibsen. Ce sera sa deuxième pièce ibsénienne après « une maison de poupée », mais la première fois qu’elle montera s’imprégner du Nord.

C’est le soir. Après avoir passé la journée à faire le troll dans les Alpes de Romsdal, je suis à table avec la dalle, au milieu d’un groupe composé en grande partie de professeurs passablement ennuyeux, exceptée Magali dont je goute chaque parole portée par sa voix magnétique et suave, mais pas seulement. J'ai du mal à la quitter du regard. Outre le fait de ressembler à Madeleine Stowe qui vient de me subjuguer cette même année au cinéma dans « le dernier des Mohicans », cette très jolie petite brune au charme délicieusement français me rappelle décidément quelqu’un. 

Lorsqu’elle me dira, plus tard, dans quel film je l’ai vue, je me taperai le front d’un « bon sang c’est ça ! » tout en rigolant au souvenir de sa tirade culte "il a mangé mamour !" dans cette comédie non moins culte pour toute une génération de bacheliers. 

Là, en me disant, « j’ai déjà vu cette femme quelque part », je n’imagine pas une seule seconde que quoi que ce soit d’aventureux puisse se produire. Par contre j’aime de plus en plus la regarder, l’écouter, mais aussi la taquiner de temps en temps, chose qui semble lui plaire. Or c’est ainsi que l’inattendu va advenir tel un coup de marteau du dieu Thor.

Quelques jours après, nous sommes dans le bus retour de Norvège. Nous traversons ma douce Allemagne. Je me trouve tout au fond du car. Magali occupe la rangée devant moi. En ce mois de juillet 1993, il fait chaud. Les femmes du fond se mettent à discuter de la chaleur et de la moiteur ambiante. Magali me demande mon avis. Je réponds je ne sais plus quelle bêtise. Elle sourit avant de lâcher « vivement Paris que je prenne une bonne douche ». Sur ce je rebondis avec une bêtise dont je me souviens parfaitement de chaque mot, et que j’avais lancée le plus innocemment du monde. « Moiteur pour moiteur, avant de te doucher, nous ferons l’amour ». Les filles rigolent. Magali sourit. La discussion se poursuit tranquillement dans la nuit. 

Subitement les filles de poupe demandent au conducteur, avec qui elles avaient sympathisé, et qui venait de mettre de la musique, s’il peut faire jouer quelque chose d’un peu plus dansant. Le chauffeur nous met une cassette de titres "dance" en vogue au début des années 90, nous demande de tirer les rideaux du bus et nous accorde 10 minutes de dancing compte tenu du fait qu’il est interdit de danser dans un bus en marche. 

On n’en demandait pas tant. Nous autres joyeux lurons de l'étambot, nous dandinons quelques instants dans la travée centrale de l’arrière car, notamment sur le "what is love" de Haddaway. 

Enfin, histoire de nous faire redescendre tranquillement, le conducteur met un slow, le « just around the corner » du groupe Cock Robin. D'humeur légère, je demande à Magali, si elle veut bien m'accorder cette balade. Elle me dit oui et colle son adorable visage contre mon poitrail. Celle-là je ne l’avais pas vu venir. Me voilà beaucoup moins détendu tout d’un coup.

La musique s’arrête. Non sans une pointe d'émotion, je la remercie. Elle me sourit et nous retournons à nos places respectives. Il ne doit pas être loin de minuit. La fatigue se fait ressentir. Magali, devant moi, incline légèrement son siège vers l’arrière. Je suis juste derrière. Je finis par caler mes genoux dans l’espace offert entre l’inclinaison de son siège et celui à sa gauche resté droit. Je mets les écouteurs de mon walkman et enclenche la cassette audio compilant mes titres sentimentaux préférés. 

Alors que je regarde par la fenêtre, soudainement je sens que la main de Magali vient de se poser sur mon genou placé dans l’interstice des sièges. Patatras ! Le marteau de Thor vient de s'abattre sur moi.  Et comme frappé par la foudre, le temps s'étire indéfiniment.

Reprenant mes esprits, je vois dans le reflet de la vitre que Magali semble dormir. Par conséquent je me dis qu’il s’agit certainement d’un geste involontaire. Et puis je pense au slow d’il y a plusieurs minutes. Et puis je me redis que ça ne peut pas être volontaire. Cette femme est beaucoup trop extraordinaire. Je ne suis rien, rien d’autre qu’un gamin. Je suis, je suis surtout totalement tétanisé par cette main posée sur mon genou, le front perlant à grosses gouttes. Putain de moment de solitude!

Mon instinct finit par envoyer au diable mon Surmoi. Je pose ma main sur la sienne et commence tout doucement à en caresser les contours. Je me rends compte très vite qu’elle ne dort pas, contrairement au reste du bus. Très discrètement elle se lève et vient me rejoindre. Avec sa voix délicatement posée et un doux sourire, elle me dit « j’ai cru que tu ne poserais jamais ta main sur la mienne » puis elle m’embrasse. Elle a des lèvres aussi douces que passionnées. Plus de vingt ans après, j'en ai encore le goût en bouche

Elle me demande ce que j’écoutais. Je lui mets l’un de mes écouteurs dans l'oreille et appuis sur le bouton "lecture". Elle me regarde surprise et sourit en découvrant qu'il s'agit de « strangers in the night » de Franck Sinatra. Tout en gardant l’écouteur, somnolente, elle se recroqueville sur la banquette et pose sa tête sur mes cuisses. 

J’ai l’impression d’être dans un film tant c’est irréel. Je caresse son merveilleux visage et m’attarde longuement sur ses longs cheveux châtains. Les lignes de ses épaules, de sa nuque et celles de sa poitrine sont beaucoup trop tentantes pour que je n’entame pas leur exploration du bout des doigts. J’ai dû passer une heure à la câliner puis à veiller sur son sommeil afin qu’elle ne tombe pas de la banquette arrière de ce bus béni par Freyja.

A l’approche de Paris, elle se réveillera dans la même position en souriant, et m'embrassera avant de rejoindre discrètement sa place. Nous nous reverrons le soir même. 

Et trois mois durant, j’apprendrai comme jamais, au contact de cette grande dame : sur la vie ; sur les femmes ; sur les hommes vieux ou jeunes ; l'amour, l'amitié et le sexe ; sur les névroses, les turpitudes destructrices et l’entre-soi du milieu du spectacle parisien. 

Trois mois où elle me marquera au fer tendre, avec ses attentions classieuses et bienveillantes à mon égard ; avec sa fougue de femme française libre, et ses attendrissants miaulements de plaisir ; nos sorties au théâtre ; les fois où je la contemplerai donnant tout son être sur les planches ; ces choses qu’elle me dira, et que je mettrai, pour certaines, des années à comprendre ; tout ce qu'elle m'offrira en si peu de temps ; sans oublier son fabuleux sourire.

Sa vie de saltimbanque l’entrainera, elle aussi, de l’autre côté de l’Atlantique, au Canada. Elle doit approcher maintenant, la soixantaine d’étés, et vous n’imaginez pas ce que je donnerais pour pouvoir serrer contre moi, avec toute la tendresse que j’ai, son doux visage que j'imagine toujours aussi souriant.

Moralité, la vie comme l’amour étant mouvement, il ne faut surtout pas que j’arrête de marcher. Ça m'a plutôt bien réussi. Et puis sait-on jamais, je pourrais enfin trouver la bonne, celle à côté de qui il fera bon vagabonder le restant de mes années. Alors en route !



mercredi 12 juillet 2017

Seu Jorge - Changes


Pause musicale-mercuriale-sentimentale avec Seu Jorge

Il y a comme ça des textes qui vous parlent à la virgule près, des textes que seuls les frangins Brésiliens savent composer. Petite traduction maison :








vendredi 7 juillet 2017

Wonder Woman pour les Nuls


"Zeus a créé l'humanité à son image, 
juste et sage, forte et passionnée" Hippolyte

Entre les pays qui boycottent Wonder Woman par Judéophobie ou antiféminisme-islamique (Liban, Qatar, Algérie, Tunisie), et les publics qui la boudent par antiaméricanisme-bouffon (public bobo-parigot), quand ce n'est pas par jalousie ou effondrement psychologique face à la beauté de l'actrice, il m'est apparu nécessaire d'intervenir comme il se doit, soit avec toute l'arrogance intellectuelle testostéronée dont je peux faire montre :-) C'est qu'au bout de l'énième "comment apprécier un film débile américain sur les Amazones", je deviens d'humeur joueuse. 

Premièrement, je suis toujours amusé  devant l'expression de la beauferie pédantesque franchouillarde. Oui ! Entendre accoler le mot "débile" à un pays qui produit le plus grand nombre de brevets, de prix Nobel et d'excellence universitaire ou artistique, me divertit. 

Deuxièmement, outre le fait que j'aime la réalisation de ce film par Patty Jenkins (réalisatrice du célèbre "Monster" en 2003), et tout particulièrement l'interprétation de la magnifique Gal Gadot (Miss Israel 2004 et ancien officier instructeur dans les Forces de Défense Israéliennes), Wonder Woman est l'un de mes super-héros sinon mon super-héros préféré depuis l'enfance. Sans doute pour la bonne raison qu'elle est, pour parler comme Carl Gustav Jung, une sublime figure archétypale (figuration psychique idéale) de Liberté et de Justice. A plus forte raison que dans cette nouvelle mouture, la figure de l'Amazone est en paix avec son pôle masculin (animus), plus tournée vers le principe de vie (libido) que vers celui de mort (destrudo), toujours selon la grille psychanalytique. 

Troisièmement, les amateurs d'art savent que Delacroix s'est inspiré de la figure de l'Amazone (celle de Sosiclès) pour peindre "la Liberté" en armes guidant le peuple. Tableau qui m'est venu à l'esprit lorsque j'ai assisté à la scène où Wonder Woman entraine avec elle  les soldats des tranchées françaises libérer un village belge réduit en esclavage. Scène d'où est tirée l'affiche du film ci-dessus. Or quand on connait l'excellente formation artistique dont bénéficient bon nombre d'auteurs des studios américains, on se dit que le clin d’œil est certainement volontaire. 

Vous voilà très chers cuistres armés de quelques outils intellectuels supplémentaires qui vont permettront d’apprécier un peu mieux cette  œuvre "débile américaine". Ne me remerciez pas (gros soupir)...


lundi 3 juillet 2017

Jupiter-cosplay : Macron joue-t-il avec la foudre ?


Puisque la tendance est à se prendre pour un dieu gréco-latin, je vous avouerai bien volontiers que face à Emmanuel Macron, je me trouve un peu Janus voyant double ou plutôt pris un tantinet entre deux feux. C’est que je l’admire autant qu’il me fait du souci.

Il est en effet admirable de voir un gamin de mon âge parvenir au top de façon foudroyante, nous débarrassant au passage des faces décaties de tous ces vieux Titans du sérail politique. C’est du grand art ! Tellement grand que ses petites erreurs ont ceci de bienvenues qu’il en deviendrait presque inquiétant sans elles. Admirable également d’offrir au monde un beau visage français dont nous pourrons être fiers, au lieu des photos grand-guignolesques de vieux Satyres politiques casque de scooter à la main et quéquette coincée dans la braguette. Vraiment très jolie, la photo officielle ! Tel OSS117 je vais pouvoir la montrer à l’étranger en disant « c’est Minou notre Raïs à nous ».

Par contre certains des mêmes motifs d’admiration me font du souci. Tout d’abord, pour connaitre assez bien le très bouillonnant bain endocrinien dans lequel on nage à cet âge, et avoir parcouru les études qui soulignent les similitudes hormonales entre hommes politiques et acteurs de films pornos, j’espère qu’il a ce qu’il faut en pharmacie pour l’aider à gérer. Ne rigolez pas ! Un tel shoot de pouvoir à 40 ans est un coup à tringler violemment les six prochains mois tout ce qui passe le seuil du bureau présidentiel. Vu qu’en plus il a décidé de s’identifier à la divinité la plus infidèle et queutarde qui soit, j’espère que Brigitte Junon veillera au grain. Je ne voudrais pas que notre bel empereur-dieu chope la chtouille lors d'orgies bachiques, mais aussi qu’il trahisse toutes les promesses qu’il a faites au peuple dans l’espoir de se faire porter à l’Élysée. Enfin j’espère surtout qu’il ne finira pas comme Icare. Les déguisements de dieux ayant ceci de commun avec ceux des oiseaux qu'ils fondent au Soleil.

Sinon, heureusement que les militants LREM sont là pour me détendre. Depuis l’élection de leur « maitre des horloges », ils n’ont pas cessé de me faire rire. Un coup en condamnant la liberté de la presse qui leur avait pourtant si bien servi lorsqu’elle révélait les turpitudes de François Fillon, presse qui malgré ses défauts est bien la seule institution de notre pays qui œuvre actuellement à la moralisation de la vie politique. Celui d’après, en nous jouant le grand air du complot depuis que les affaires Ferrand, Modem, Pénicaud, etc font  surface. Mais surtout en tenant à faire preuve de cette cécité et de ces petits arrangements avec la vérité et morale bien de chez nous, tout en se faisant les chantres d’icelles.

Toutes choses qui, histoire de conclure sur une note gréco-latine, faisaient déjà bien rire Jules César lorsqu’il rédigeait « La guerre des Gaules », et qui malgré le mythe en vogue du « renouveau », me font finalement dire « Nihil nove sub sole ».



PS : extrait de "la guerre des Gaule" : « Les décisions des Gaulois sont soudaines et impulsives ». César souligne « la pusillanimité [la fuite devant les responsabilités, le défaut de caractère et de force morale] des Gaulois, car ils changent facilement d'avis et sont presque toujours séduits par ce qui est nouveau ». « Dans les villes, la foule entoure les marchands et les oblige à dire de quel pays ils viennent et ce qu'ils y ont appris. Sous le coup de l'émotion que provoquent ces nouvelles ou ces bavardages, il leur arrive souvent de prendre sur les affaires les plus importantes des décisions dont il leur faut incontinent se repentir, car ils accueillent en aveugles des bruits mal fondés et la plupart de leurs informateurs inventent des réponses conformes à ce qu'ils désirent. ». « Leur emportement naturel et (...) la légèreté (...) [sont] le trait dominant de la race, (...) [ce] qui leur fait prendre un bruit sans consistance pour un fait certain. ». (source)


vendredi 30 juin 2017

Syndrome de Caïn : la jalousie la maladie la plus meutrière de l’humanité


Lorsque je vois ressurgir l’affaire Gregory Villemin, écoute les logorrhées aussi criardes que crevardes des marxistes à la Mélenchon ou des nationalistes à la Le Pen, je me dis que finalement nous n’avons toujours pas tiré toutes les leçons que s’efforçaient de nous enseigner les premiers philosophes juifs à travers le mythe de Caïn et Abel.

La jalousie, individuelle, sociale ou ethnique, est certainement la maladie infantile du développement humain la plus meurtrière qui soit depuis les origines de notre espèce. Le XXe siècle étant le mausolée le plus frappant de cette folie sous toutes ses formes les plus extrêmes, de gauche comme de droite, religieuses ou athées.



Pire, après des centaines de milliers d’années d’existence et d’évolution, la jalousie, individuelle, sociale ou ethnique, demeure une maladie que s’efforcent de justifier bien des idéologues, et qui trouve pas mal de justifications chez de prétendus esprits hautement évolués, alors qu’ils ne sont, tous, que les vecteurs d’une très mortifère  corruption intellectuelle et morale.

Pauvres bougres ! Seule l’indifférence bienveillante aux réussites des autres peut nous permettre de nous concentrer sur nos accomplissements, tout simplement parce que la jalousie est le fait de rester emprisonné à la vie d’autrui, au lieu de nous focaliser sur la nôtre…


jeudi 29 juin 2017

Run You Fools !


Tout en nous montrant cette photo d'une activiste américaine pseudo-féministe mais vraie-casse-couilles-gauchiste, ma Zaza toute dépitée, nous livre le commentaire suivant "avec ma génération c'était 'no...(mais oui, insiste !)', aujourd'hui c'est 'vi...(mais non ! n'insiste pas !)". 

S'en suit une discussion au cours de laquelle les jeune mâles sentimentaux du groupe se lancent dans un concours de lamentations sur les relations hommes-femmes, l'époque, la triste dégénérescence du féminisme petit bourgeois actuel etc.

Jérémiades fatigantes auxquelles le vieux sentimental que je suis met un terme comme suit :

Ouh la la ! Faut surtout pas se prendre la tête les gars... tu proposes, la fille dispose... si c'est "non", c'est "non" (surtout ne pas insister, à minima par respect pour la personne et pour soi mais aussi pour le sens des mots)... si c'est "oui mais non" et bien on s'en tient au "non" final et on se casse voir si on trouve moins chiante et plus équilibrée ailleurs... car toutes les femmes sont loin d'être des gamines tordues immatures et capricieuses ne sachant pas ce qu'elles veulent ; pataugeant dans le très malsain rapport de force dominant-dominé ; allant au bal des sentiments comme on va à une vulgaire négociation syndicale ; prenant l'homme pour un jouet, une option ou un moyen... ce faisant, que cette pauvre fille névrosée se démerde avec son psy et sa secte de tarées, et surtout qu'elle devienne une impasse biologique et culturelle... 
bref, soyons sélectifs nous aussi !

Ceci étant dit, n'écartons pas la possibilité voulant qu'après le "oui", le déballage de la trop petite surprise ne lui plaise pas et l'incite à dire, dans un cri non pas du cœur mais des lèvres inférieures, "euh ! finalement ce sera non"... (une tendre amie m'avait raconté une expérience de ce genre - j'étais mort de rire tout en imaginant très bien son embarras-)...



mardi 27 juin 2017

Mission Accomplished


En parlant de pompiers, de mon côté,
je ne suis pas mécontent d'être parvenu à éteindre, 
de façon assez maîtrisée, l’un de mes plus beaux incendies.

Ne me reste plus qu’à traiter les braises fumantes à l’azote liquide,
histoire d’éviter toute reprise de flamme intempestive,
et pouvoir replanter sous peu mes rosiers d'été.

On ne décide pas de tomber amoureux ;
par contre un homme libre,
se doit d’être capable de décider s’il le reste ou pas.


lundi 26 juin 2017

Portugal Wonder Woman


Combater a destruição, proteger a população, sempre pronta...

Très émouvante photo, chargée d'émotion, de fatigue, 
de cette souriante pudeur typiquement portugaise, 
et de l'impérieuse nécessité de reprendre quelques forces 
afin de retourner au combat...


samedi 24 juin 2017

Qingdao Food Style à Paris !

 

Petit message pour la diaspora restauratrice chinoise 

 

Débrouillez-vous comme vous voulez mais j'exige, 
à commencer par Paris, une "rue du boucher" comme à Qingdao, 
avec des brochettes à la mode Qingdao : 
de légumes, de viandes, de fruits de mer, d’insectes, etc.

C’est trop bon ! Arrrrrgh !! Vite !!! Please !!!!


vendredi 23 juin 2017

Mon éveil chinois : le dimanche à Qingdao c’est jour de mariage (3/3)



« Mais où est la fille ? » me demanderont mes lecteurs les plus assidus, ceux-ci n’ayant pas manqué de remarquer qu’une femme se glisse souvent dans mes virées. Ils ont raison. Car autant Eros semble vouloir se montrer contrariant à domicile, autant ce coquin trouve toujours le moyen de m’adresser de merveilleux clins d’œil à l’étranger. Sans doute sa façon de me motiver à partir. Comme souvent, elle arrivera de la façon la plus impromptue et magique qui soit, notamment dans une journée où tout s’annonçait réglé comme du papier à musique, celle du mariage de mon pote.

La journée commence de bonne heure. Notre joyeux groupe monte dans le minibus, en tenue de mariage, direction le domicile des mariés, qui se trouve dans une tour de standing des quartiers résidentiels. Au pied de l’immeuble nous attendons l’arrivée de nos tourtereaux. La voiture arrive. Ils s’en extirpent. Mon Tranx est tout beau. La mariée est des plus ravissantes. Elle me fait penser à ce que nous disait mon grand-père maternel lorsqu’il nous racontait que nous avions un peu de sang Made in Macao revenu de Chine il y a quelques générations : « les Chinoises ne sont pas toutes belles, mais la beauté de celles qui le sont en éclipserait l’éclat du jour ».

Devant la voiture, s’en suit, en musique, une danse traditionnelle avec tigres et dragons. Le marié prend sa dulcinée dans ses bras et passe ainsi le perron de l’immeuble. Nous le suivons et nous rendons tous dans l’appartement du couple où se prépare la cérémonie du thé que doit offrir l’épouse à ses beaux-parents, puis celle du bol de nouilles que nos amoureux partageront jusqu'au baiser final comme dans "la Belle et le Clochard".

Le temps de goûter à l’émotion du moment, qu’il nous faut repartir vers la cathédrale Saint-Michel de Qingdao pour la cérémonie de mariage. A part la présence de Chinois, rien de bien exotique. C’est on ne peut plus catholique. Les voilà donc mariés devant les dieux de Chine et celui d’Israël. Le Monde est un village. L’amour est ce qui nous lie.

Après la cérémonie religieuse et en attendant le festin du soir, nous passons un après-midi particulièrement agréable à nous promener avec le marié dans les jardins du somptueux quartier de Badaguan. Un quartier boisé en bord de mer, constitué de jardins, parsemé de villas particulièrement cossues, et de restaurants. Dans l’un d’entre eux se tiendra le banquet de mariage, l’exercice ayant ceci de particulier en Chine qu’il consiste principalement à se remplir le ventre le plus possible en trois heures de temps. En attendant ce moment nous profitons de la fraicheur des jardins de Badaguan.

Les jambes finissant par me démanger, je m’en vais vagabonder un peu sur la promenade du front de mer. Grand bien m’a pris. Le spectacle est des plus truculents. En rang d'oignon, des dizaines de couples se font tirer le portrait sur la plage. Avec ou sans cheval, de la plus classique à la plus légère, toutes les poses sont visiblement possibles. Certains couples poussent le jeu jusqu’à s’amuser avec l’objectif des passants, notamment cette épouse assise sur son mari qui m’adresse un très jovial signe de victoire.

C’est là que sur un air de Amadou et Mariam, je me mets à fredonner « le dimanche à Qingdao c’est jour de mariage », tout en rejoignant mes amis.

C’est bientôt l’heure de la noce. Nous nous dirigeons vers le restaurant de plage. Le soleil décline sur la baie de Fushan, embrasant les tours de verre et d’acier qui longent le front de mer. La plage de sable blanc accueille encore maintes familles chinoises tenant à profiter jusqu’au bout de ce dimanche ensoleillé.


Vient le moment de prendre place. Les convives affluent dans le restaurant. Je suis à la table d’honneur, à côté des frères et sœur de Tranx et d’un vieil ami à lui on ne peut plus sympathique. Des sièges restent inoccupés. Ils sont destinés à des amies de la mariée. Deux d’entre elles arrivent. Une jeune femme un peu timide qui restera quasiment muette toute la soirée du fait de son absence de maitrise de l’anglais ; et une princesse chinoise aussi resplendissante dans sa robe rouge qu’elle s’avèrera peu avenante. Demeure une chaise vide à ma droite.

Alors que nous procédons aux premiers échanges d’amabilités, ma tête se tourne subitement sur la droite. Une jolie jeune femme s’installe subrepticement sur le siège resté vide, en s’excusant pour le retard. A l’instant même où elle prend place, un frisson me parcourt la colonne vertébrale. Elle se présente et échange quelques mots avec nous. Je suis déjà sous le charme de ce mélange de simplicité et d’élégance discrète.

La conversation s’engage assez vite, d’abord sur nos parcours, puis sur des considérations plus générales. On m’avait pourtant dit que les Chinois n’aiment pas trop parler politique. Là du fait de son ouverture intellectuelle et professionnelle sur le monde, ce n’est pas le cas. Nous discutons à bâtons rompus. Elle a une merveilleuse façon de parler, directe, sans chichis, mais toujours de façon mesurée et appropriée. Cette fille transpire la classe et l’intelligence.

Nous en oublions de manger. Le temps de s’en rappeler ; de passer devant un buffet qui se vide à toute vitesse ; puis d’amuser les autres jeunes femmes chinoises de la table en leur dépiautant leurs crevettes avec couteau et fourchettes tout en leur disant que j’ai appris cette technique, non pas à Paris mais au temple de Shaolin ; que nous voilà  repartis de plus belle dans notre conversation au cours de laquelle elle aborde trois questions intéressantes : « pourquoi le monde entier nous déteste ? Quel futur sera le nôtre alors que nous sommes si nombreux en Chine ? Comment vivre avec autant de pollution ? »

S’agissant de sa première question, sans lui dire qu’elle sent  un peu le contrecoup de la propagande du régime, je lui réponds que le monde entier ne déteste pas les Chinois, loin s’en faut. De par leurs valeurs et réalisations, les Chinois inspirent bien plus le respect que le rejet. Maintenant, il faut placer les tensions actuelles dans un contexte mondial particulier. Celui où les anciennes puissances européennes stagnent et vieillissent après avoir pas mal perdu de leur superbe, et une Chine continuant de connaitre une phase de croissance spectaculaire et les ambitions qui vont avec. Il est vrai qu’un tel contexte impose aux autorités chinoises de ne pas trop se montrer agressives et de ménager nos susceptibilités de vieilles nations bousculées par la mondialisation, sans renoncer à leurs intérêts vitaux pour autant.

Elle me regarde un peu surprise avant de me parler démographie. Je lui rappelle avec bienveillance que la Chine est une très grande et ancienne nation, et que de ce fait, un milliard trois cent millions d’habitants ce n’est pas tant que ça. Ils ont même, non seulement de la marge, mais surtout intérêt à comprendre que la démographie est bien moins un souci qu’une richesse.

La surprise s’accentue d’autant plus qu’intelligente comme elle est, elle doit certainement sentir dans mes propos, bien plus de sincérité que de volonté de la caresser dans le sens poil, que j’imagine fort doux au demeurant.

C’est là qu’elle me dit qu’une augmentation de la population ne manquerait pas de générer encore plus de pollution. J’accueille de nouveau son inquiétude avec optimisme, en lui répondant que je suis certain que les Chinois trouveront les moyens de régler, comme en Europe, leurs soucis de pollution à moyen terme. Elle me demande de préciser la durée de ce « moyen terme ». Je lui réponds, une vingtaine d’années. Ça ne la rassure pas trop. Elle estime tout d’abord que c’est trop long avant de se dire d’elle-même que c’est finalement une durée tout à fait raisonnable. Passionnée, angoissée, et raisonnable, j’adore cette fille.

De retour au pays, l’un de mes plus vieux compères me taquinera en me disant « rassurer une Chinoise en Chine, voilà qui ressemble à de la drague catégorie légende ». Je lui répondrai en rigolant que ce n’était même pas de la drague et qu’en répondant à ses interrogations, je me rendais surtout compte à quel point la classe moyenne de toute la planète connait finalement les mêmes préoccupations.

Les parents de mon Tranx étant parvenus à négocier une parenthèse musicale, les mariés décident d’ouvrir le bal, suivi par les parents du marié qui nous offrent une très belle démonstration de rock versaillais. Voilà très longtemps que je ne l’ai plus pratiqué mais l’envie de me dégourdir les jambes est beaucoup trop forte. Je demande à ma voisine si ça lui dit de faire partie de la demi-douzaine d’hurluberlus qui se trémoussent sur la piste sous le regard spectateur des Chinois. Elle me répond « je danse comme un animal ». Je me dis « décidément, le naturel de cette fille me tue », avant de lui répondre « moi aussi ». Je lui prends la main et on s’en va danser un brin, le temps que le contact visuel et digital se fasse si brûlant que je me sente perdre le rythme. La musique cesse assez vite. On s’en retourne à table.

La noce touche à sa fin. Les convives sont repus. Les travées commencent à se vider. Nous restons encore là, à discuter. Quelques jours plus tard, JP m’enverra une série de photos, dont une prise à ce moment-là, accompagné de ce commentaire « non seulement elle est mignonne mais en plus elle semble avoir de très jolis seins ». Au-delà de ses jolis seins, l’expression de nos visages est on ne peut plus parlante. Nous aurions pu rester là encore des heures.

Des heures au gout d’éternité, de celles qui nous font cogiter et rêver ; qui nous font relire les romans mystico-sentimentaux de Marc Levy d’un œil moins moqueur ; qui nous donnent l’impression que certaines rencontres ont le gout de retrouvailles entre de vieilles âmes amies prenant des nouvelles l’une de l’autre, tant tout se passe on ne peut plus merveilleusement, naturellement, sainement, sans faux semblants…

Il a bien fallu que l’on se lâche. Les lumières s’éteignent. Celle dont le prénom signifie en chinois « flocon de neige », et qui m’a fait fondre toute la soirée, doit rentrer chez elle. Elle me demande quand est-ce que je dois quitter Qingdao. Je lui réponds « demain ». Au mot « demain » nous affichons la même mimique de frustration. Nous décidons tout de même d’échanger nos adresses courriel et nous nous promettons de rester en contact.

Ce sera chose faite dès le lendemain, au réveil, avec des mails qui se croiseront, envoyés comme pour vérifier que l’adresse est aussi réelle que la féérique soirée de la veille. Ceux qui suivront donneront lieu à un petit rituel mignon, de part et d’autre. Soit je lui dis « je pensais à toi et je prends de tes nouvelles », soit c’est elle qui me contacte avec son pudique mais direct « you just jumped into my mind ».

A chaque reprise s’enclenche dans ma tête la vidéo de ces heures au goût d’éternité, avec pour bande sonore, non pas le trop morbide titre « China girl » de David Bowie, mais la chanson qui a rendue mondialement célèbre la chanteuse chinoise Faye Wong « Eyes on me », sans oublier une touche de rock versaillais.

Quand j’y repense, grands dieux ce que j’ai pu aimer me réveiller dans les draps de la Chine, le corps parcouru de doux frémissement rêveurs



mercredi 21 juin 2017

Mon éveil chinois : les cinq jours fabuleux de ma "parenthèse enchantée" 2/3


Une heure et demie après avoir quitté Shanghai, mon avion est en phase d’approche de Qingdao. De superbes vues de la Baie de Jiaozhou me saisissent, notamment celle du pont qui la traverse de part en part. Plus de 42 km d’ouvrage d’art pour le plus long pont maritime du monde. Le paysage pris dans la brume de chaleur me fait quant à lui saliver. J’imagine déjà les balades que je ferai sur ce qui semble s’annoncer comme étant un magnifique spot balnéaire. J’ai hâte également de voir mon Tranx, mon plus vieil ami du Net, qui doit m’attendre à l’aéroport. C’est le cas mais il n’est pas tout seul.

Dans le salon d’attente de l’aéroport, à côté de lui, se trouvent de doux visages blonds, ceux des rares Occidentaux que j’avais remarqué dans le premier vol Paris-Shanghai. Comme ils m’avaient remarqué également, nous sommes frappés de la même surprise. En fait, il s’agit des parents et de la fratrie de mon pote, que je n’avais jamais rencontrés auparavant, qui étaient sur le même premier vol que moi mais qui avaient opté pour l’escale plus courte à Shanghai-Pudong. Ils m’attendaient donc tous là depuis deux heures. Cette surprise est l’occasion de présentations amusées tournant autour de nos choix d’escale, et qui donnera le « la » de l’ambiance de ce séjour. Du coup, il faut que je vous les présente :

Une sœur magnifique, une mère sublime, un père impérial, des frangins hauts en couleur, une tante et son amie des plus attachantes, et un oncle exceptionnel, JP, qui deviendra très vite mon camarade de poilades. Des barres de rire pendant cinq jours. Mais pas seulement. Bouffes, balades, discussions et découvertes. On a parfaitement su allier le tout dans cette "parenthèse enchantée" comme l'a si bien résumé une amie de la famille.

Le premier soir, on s’en est allé manger dans le quartier des brochettes, la fameuse « rue du boucher ». Des petites échoppes signalées par des néons style « Blade Runner » dans lesquelles à l’évidence tout se mange depuis les produits de la mer jusqu’aux insectes les plus divers, les sauterelles et les scorpions se croquant finalement comme des chips. Après tout comme on me l’a dit là-bas « en Chine on mange tout ce qui tient sur pied sauf les tables et les chaises, et tout ce qui vole excepté les avions ». Vraiment tout en effet. Je crois que ce qui m’aura le plus surpris fut, non pas les insectes, mais cette petite salade de méduses dégustée deux jours après dans un restaurant constitué d’une succession de petits salons privatifs où vous vous sentez comme à la maison.

Ces repas comme les balades qui s’en suivirent furent l’occasion de discussions passionnantes où Tranx nous régalait de ses observations au sujet de la société chinoise.

Un soir, en longeant les buildings du quartier d’affaires, il nous expliqua comment un atelier dessin fut l’occasion d’un échange intéressant avec un jeune Chinois.  Alors que Tranx se laisse aller à projeter sur feuille tout l’univers « heroic fantasy » peuplant son esprit, un étudiant aussi curieux qu’éberlué par ce qu’il voit, lui demande s’il peut lui emprunter le livre ou bien l’original du dessin, afin qu’il puisse le copier, lui aussi. Tranx lui explique que ce dessin n’est pas une reproduction mais le fruit de son imagination. L’étudiant Chinois le regarde un peu perdu, en se lamentant de parvenir à bien copier ce qu’il voit mais pas à produire de façon imaginaire. Puis il se ressaisit et demande à Tranx de l’aider à développer sa créativité en lui donnant des thèmes à travailler. Une conclusion très intéressante.  

Lorsque je raconte cette histoire, la plupart de mes interlocuteurs y voient le stéréotype du Chinois copieur incapable de créer. Avec Tranx, nous y voyons autre chose. Certes un travail de copie s’inscrivant dans une volonté de rattrapage tous azimuts. Mais surtout une extraordinaire aptitude de remise en cause, d’analyse des lacunes, et de capacité à se donner les moyens pour y palier. De quoi permettre de mieux saisir à quel point tout parait aller si vite en Chine. Là où il nous faut dix ans pour passer un cap, on a l’impression qu’en Chine deux-trois ans suffisent.

En parlant de balades et découvertes, ma soif d’icelles étant quasi inextinguible, mes virées plus personnelles furent également l’occasion de remettre à jour pas mal d’informations et clichés.

Tout d’abord, je m’attendais à côtoyer une population méfiante et peu communicative du fait des verrouillages effectués par le régime chinois. En fait je les ai trouvés bien plus détendus que nos Chinois de Paris, c’est dire. Certes, peu d’entre eux parlent anglais mais lorsque c’est le cas et qu’ils croisent un Occidental, ils sont tout contents de pouvoir échanger quelques mots avec vous. Je pense notamment à cette adolescente chinoise qui, sans doute, en réponse à un défi lancé par ses copines restées un peu en retrait, vient me demander d’où je viens. J’ai souris. D’une part parce qu’elle était toute mignonne mais aussi parce que j’aime tout particulièrement ce moment à l’étranger où je réponds que je viens de « Paris » et où la jeune femme en face inonde subrepticement sa petite culotte de fluides joyeux. Ne m’en veuillez pas. Je ne fais qu'exercer mon devoir d’œuvrer de cette manière au soft-power de mon pays. Bien évidemment, la môme veut une photo de notre rencontre dans les « jardins de Badaguan » avant de repartir toute joyeuse impressionner ses copines avec son trophée.

Parfois, même quand ils ne parlent pas anglais, outre les sourires facilement échangés, des contacts se créent. Je me rappelle encore de ce midi où je croise des marchands chinois montant leur stand du côté du port, en pleine pause déjeuner, et qui me voyant passer m’invitent aussi vivement que joyeusement à les rejoindre partager un bol de nouilles avec eux. Instants magiques où tout ce qui peut rapprocher les membres de notre espèce s’échange en silence.

Ce sentiment de pouvoir aller où bon me semble fut l’autre chose qui me frappa. J’ai pu me déplacer partout où je voulais, de jour comme de nuit, sans me sentir surveillé ou oppressé. Certes j’ai bien remarqué l’officier du renseignement qui stationnait régulièrement au rez-de-chaussée de l’hôtel international où nous étions, histoire de surveiller un peu les allées et venues des étrangers, mais pour le reste la présence policière reste des plus discrètes. Ajouter à cela le sentiment d’absence de criminalité, et vous voilà à déambuler au grès des courants d’air, absolument partout.

Mes observations de leur niveau vie furent également très intéressantes, qui plus est à Qingdao, station balnéaire accueillant des populations diverses que ce soit côté résidents ou touristes. Petit retour en arrière.

Alors simple bourgade de pécheurs, en cette fin de XIXe siècle, une flottille germanique accoste dans les parages, soi-disant pour punir l’assassinat de missionnaires allemands. Une version officielle à laquelle je n’adhère pas. Connaissant nos cousins Germains, je suis persuadé qu’ils cherchaient plutôt une agréable station balnéaire en Extrême-Orient qui ne soit pas déjà occupée par les empires concurrents. C’est qu’ils adorent ça, les stations balnéaires, et ce depuis des millénaires, les fameuses « invasions barbares » étant déjà l’une de leurs plus spectaculaires ruées vers l’or solaire. Les autorités chinoises, comprenant qu’il y avait peut-être quelque chose à tirer de ces casques à pointes, accorderont une concession aux Allemands qui commenceront par bâtir une jolie cathédrale qui deviendra une usine à mariages ; une brasserie d’où sortira l’une des bières les plus connues au monde, à savoir la Tsingtao ; et tout un chapelet de bâtiments de style et solidité bavaroise qui donne de son côté, encore aujourd’hui, les plus grandes peines aux ingénieurs chinois chaque fois qu’ils cherchent à détruire, pour des raisons liées à l’urbanisation, l’un de ces blockhaus teutons.

Nos cousins avaient raison. Un siècle après, nous voilà avec une magnifique station balnéaire aux 40 km de promenade côtières aménagées, aux plages de sable blanc parfois envahies d’algues vertes, inondée de soleil, offrant l’un des plus beaux lieux de villégiature estivale et surtout hivernale aux Pékinois se trouvant à 500 km de là et pouvant s’y rendre en TGV, et aux autres populations de l’intérieur. Car en effet, le tourisme en Chine est surtout une affaire intérieure. Ça m’a d’ailleurs quelque peu amusé de voir des Chinois des terres, issus de la classe moyenne laborieuse, négocier l’achat des souvenirs de Qingdao sans doute fabriqués dans les usines de leurs régions.

A ces touristes « de masse », s’ajoutent ceux bien plus fortunés que l’on croise dans des voitures de luxe ou dans leurs magnifiques villas des quartiers boisés du front de mer. Cela s’inscrit d’ailleurs dans cet autre constat qui m’a frappé. Si l’on croise au grès des quartiers ou de la circulation, pas mal de disparités en matière de richesses, ce que je n’ai pas croisé, c’est de la misère, cette indigence de trottoir qui doit choquer nombre de touristes qui visitent Paris. Cette misère doit certainement exister, mais où que je sois allé, j’ai surtout rencontré une masse d’individus qui semblaient trouver les moyens de suivre leur petit bonhomme de chemin. L’offre en matière d’emplois demeurant de toute façons particulièrement vaste, depuis la construction civile jusqu’au commerce et la révolution tertiaire en marche.

D’ailleurs le fait d’entrer dans un centre commercial du quartier animé de Taidong fut l’occasion de dégommer deux-trois clichés supplémentaires.  Dans un magasin de prêt-à-porter, les tee-shirts de marque locale coutaient dans les 10 euros. J’en suis resté bouche bée et me suis posé des questions sur les salaires. On m’a répondu qu’un manager de magasin vestimentaire pouvait gagner dans les 700 euros par mois. Certes, la réalité qui est celle de l’ouvrier à 150 euros mensuels demeure un fait, mais au moins autant que celui du rattrapage galopant qui s’opère dans pas mal de régions chinoises.

De quoi permettre de comprendre, en conclusion, pourquoi les autorités chinoises demeurent attachées à la vague mondiale de libre-échange qui a permis le fulgurant décollage du pays, et sous peu sa propulsion spatiale, pendant que beaucoup d’analystes à la mords-moi-le-nœud, bien de chez nous, préfèrent se bercer d’illusions déclinistes-proctectionnistes-misérabilistes-etc. 

Aussi, vive la Chine et vive les Chinois !