dimanche 1 novembre 2026

Cor Aureum : Chapitre 1-2 : Miettes du Portugal - Toussaint 1945


Le lendemain, jeudi 1er novembre, jour saint, le Jour de Tous les Saints.

Mon grand-père travaillait les jours fériés, comme la plupart des ouvriers, mais point les jours saints. Moins par ferveur religieuse que par la simple raison qu’il œuvrait encore au sanctuaire du Mont de Santa Luzia. Mon grand-père, Manuel Ribeiro Fernandes, faisait partie de l’équipe de tailleurs de pierre qui acheva les travaux extérieurs du temple. Il avait vu la dernière pierre, la croix couronnant le dôme, être posée le 24 décembre 1943, et poursuivait des travaux de maçonnerie autour du sanctuaire, tandis que de nouvelles équipes de sculpteurs s’attelaient aux aménagements intérieurs. Ce jeudi saint, point de chantier au temple.

Il profite de ce jour de repos pour continuer de peaufiner sa maisonnette, aidé en cela d’Avelino, qui déjà « donnait du ciment » dans la construction.

La maison de mon grand-père avait des airs de demeure des vieux « castros », nos antiques forteresses, bâtie avec la même science architecturale des Celtes d’antan.

De plain-pied, rectangulaire, dix mètres de long sur cinq de large, un mur épais de granit au nord pour parer le froid et la bise ; portes et fenêtres tournées vers le sud et le soleil, s’ouvrant sur le jardin. Légèrement surélevée, son plancher à soixante centimètres du sol abrite un cellier, accessible par des trappes qui laissaient s’évacuer l’humidité l’hiver et rafraîchissaient la maison l’été, tout en offrant refuge à des chats errants, des poules et des lapins domestiques. Une porte vitrée mène au salon, une autre à la cuisine. Trois marches devant chaque porte. Le toit, traditionnel, est fait de tuiles mauresques rouges aux angles relevés à la chinoise. Coté intérieur, trois chambres – une pour les parents, une pour les filles, une pour les garçons –, un salon, une cuisine et, désormais, des « latrines à la mode » entre la maison et l’étable des bêtes. Deux chèvres et un cochon occupaient l’étable.

Cette demeure avait été érigée sur un lopin des « Bosquets de la Tia Camula », moitié acheté, moitié offert par Tante Camula, une veuve sans enfants, riche et généreuse, propriétaire d’une partie du « Mont de la Ola », lieu-dit où se dressait la maison. Elle avait vendu, « à prix d’amie », plusieurs parcelles à ceux qui voulaient bâtir leur foyer. Le granit venait de la carrière voisine, juste à côté de la maison. Avec moult labeur et l’aide de compagnons, la demeure de mon grand-père s’était élevée, pierre après pierre.

Le jardin était un Éden en miniature : un pommier offrant trois variétés de pommes, un poirier, un prunier, le figuier chéri de mon grand-père, et une vigne en treille à la minhote, ombrageant une partie du jardin où s’épanouissaient les fleurs préférées de ma grand-mère : œillets, roses, maries et plantes pour les bouquets du cimetière. Il ne manquait qu’un puits. « P’têt bien un jour », disait mon grand-père.

Le voilà donc, en ce saint matin, avec Avelino, achevant les « latrines pour gens de haut rang », dont la fosse alimenterait l’amas de fumier entassé dans un coin du jardin.

Ma grand-mère Belmira, assise sur les marches de la porte du salon avec Odete, Mirinha et Alcinda, brode des mouchoirs, fredonnant doucement la chanson à succès « Ma petite maison », révélée l’an passé par la charmante Milú dans le film « O Costa do Castelo », et que tout le monde chantait, en couvrant les haut-parleurs grésillants de Viana lors des Fêtes d’Agonia l’été dernier :

 « Les regrets que j’avais déjà ‘ De ma petite maison si gaie ‘

Si modeste, comme moi,


Mon Dieu, qu’il fait bon vivre ‘ Dans un humble premier étage ‘

En comptant depuis le ciel… »


Mon père, lui, ne va pas à l’école ce jeudi. Il se lève deux heures plus tard que les autres, l’estomac criant famine. Odete lui prépare un déjeuner. Il est neuf heures.

« Dépêche, p’tit frère », ordonne Odete, « faut qu’on aille au catéchisme à onze heures, avant la messe de midi. Ensuite, faudra arranger les tombes avant la procession et la prière à quinze heures. »

Mon père préparait sa première communion et ma tante Odete sa communion solennelle, prévues pour le samedi 8 décembre, jour saint de l’Immaculée Conception. Le catéchisme avait lieu le samedi, mais également aujourd’hui.

En chemin vers le catéchisme, à l’église paroissiale située un kilomètre plus bas, Nélinho et Odete croisent des groupes d’enfants, un petit sac de toile à la main, quémandant du « pain-pour-Dieu ». « Pain pour Dieu ! Pain pour Dieu ! Qui donnera du pain aux fidèles de Dieu ? » pépiaient-ils, frappant aux portes, insistant davantage devant les maisons réputées généreuses, comme celles de la Tia Formiga, du Tio Araújo Velho ou de la Tia Camula. Aux cris de « Pain-pour-Dieu », Tia Camula sortait toujours avec des biscuits, des gâteaux, des châtaignes, des fruits ou même quelques sous, et donnait à chaque fois.

Tous les minots ne mendiaient pas ainsi. Dans notre « riche » bourg d’Anha, seuls les enfants des familles les plus pauvres couraient le « pain-pour-Dieu ». Or, la pauvreté était la plus grande abondance au sortir de la guerre. Les bandes de marmots ne manquaient donc pas ce jour-là. Les deux règles de cette tradition du 1er novembre étaient : n’avoir pas plus de dix ans et mendier seulement jusqu’à midi.

Dix minutes avant onze heures. En descendant la Rue de São Tiago, qui mène à l’église, un peu avant celle-ci, Nélinho et Odete trouvent la Tia Camula, son sac d’aumônes grand ouvert, entourée d’enfants à l’estomac vide. En contrebas, le Père Goutinho, curé d’Anha, vieil homme sévère et austère, vient à leur rencontre. À quelques mètres, pointant du doigt la marmaille, il lance : « Ne leur donnez pas tant, vous allez les gâter ! »

« Bien, bien ! » concède Tia Camula, refermant sa généreuse corne d’abondance.

 « Vite, vite ! Allons ! Dépêchez-vous ! C’est l’heure du catéchisme ! » ordonne le Père Goutinho aux enfants, ainsi qu’à Nélinho et Odete. Le visage lumineux et souriant de la jeune Alice Couto Viana, restée en retrait, qui enseignait le catéchisme avec le curé, attire les petits, autour d’elle. Apprendre les prières, la morale catholique, la vie et les vertus des saints : tel est le programme de cette heure à l’église.


Midi moins le quart, venait d’annoncer le carillon des quarts d’heure. Ma grand-mère Belmira, avec ses filles Mirinha et Alcinda, ainsi que ses sœurs Ana et Maria, surnommée Quinhas par tous, descendent prestement la rue de São Tiago, pour ne pas rater l’office. Les derniers groupes d’enfants courent encore de porte en porte, tels des moineaux égarés en quête de miettes.

Elles se trouvent au niveau de la boutique du vieux Quim Cidade. « Pain pour Dieu ! Pain pour Dieu ! Du pain pour les fidèles de Dieu ! » Le vieux Quim Cidade sort dans la rue, mais en guise de pain, il envoie une taloche au gamin le plus proche, le tout accompagné d’un : « C’est plus l’heure, face de vaurien ! »

 « Ch’est pas encore midi ! » proteste l’enfant giflé.

 « Tais-toi, face de gitan ! Dégage, ou t’en manges une autre, face de juif ! » rétorque Quim Cidade.

Ma grand-mère et ses sœurs, Ana et Quinhas, d’une même voix, blâment cette méchanceté : « Oh ! Monsieur Joaquim ! Ça n’se fait point, ça ! »

 « Qu’ils aillent bosser ! Ils ont l’corps pour ! Moi, à leur âge, j’usais déjà mes mains à gagner mon pain ! » grogne Quim Cidade de sa voix rauque.

 « Dans le coffre de l’avare, le Diable se cache dedans », rétorque vivement Tia Quinhas. Quim Cidade tourne les talons, et l’altercation s’achève ainsi.

La Journée de Tous les Saints puis celle des Défunts le lendemain s’écoulent entre prières, oraisons, échanges au cimetière avec des femmes au visage fermé, pourtant l’uniforme noir des jours de deuil, qui veillent les tombes tout en posant la question rituelle de cette saison : « Tu sais pas qui est mort ? ». Le tout jusqu’à ce que le brouillard épais, accompagné de sa bruine glaçante, vienne éteindre le jour et empêcher les étoiles de luire.

Les autres journées de cette fin de semaine resteront empreintes de la même gravité lugubre, alourdie par la pluie d’automne.



vendredi 30 octobre 2026

Cor Aureum : Chapitre 1-1 : La Procession des Défunts


« Je vous ai préservés de la guerre,  mais saurai-je vous préserver de la faim ? »

António de Oliveira Salazar


Mercredi 31 octobre 1945. Après deux années de fortes chaleurs et de sécheresse, le manteau humide de l’automne s’abattait, telle une laine épaisse, sous la forme d’une brume des plus denses, poussée par la bise du nord et glissant des épaules de la Galice, de colline en colline.

Le glas des angelots avait retenti ce matin encore, à la veille du Jour de Tous les Saints, pour annoncer le décès poignant d’un nourrisson. Au son du carillon, les anciens du village traçaient sur leur poitrine un signe de croix ou mimaient la figue, coinçant leur pouce entre deux doigts, pour conjurer la maudite peste de la mort, tout en jetant un regard inquiet sur leurs propres petits ou murmurant cette vieille complainte minhote :

 « Qui a des p’tits, a des soucis,
Pas toujours forts, pas toujours sains,
Sauvez nos p’tits bouts chéris,

Ô Notre-Dame des Remèdes ! » 

« V’là déjà trois lunes que ça pousse », soufflait ma grand-mère Belmira, caressant son ventre où grandissait mon oncle Rogério, conçu en juillet dernier, dans la nuit où les feux pyrotechniques des Fêtes d’Anha célébraient la fin de la guerre et le retour de la vie. La dernière-née de la famille était ma tante Alcinda, venue au monde le 13 avril 1941. Femme de grande foi, mais sujette à l’anxiété, ma grand-mère voyait dans cette Seconde Guerre mondiale un présage de la fin des temps. Ce n’était plus l’heure d’amener des âmes en ce monde. Du moins, jusqu’au 8 mai 1945, lorsque tous les clochers de la péninsule ibérique sonnèrent la fin du conflit. Malgré l’effroi planétaire causé par la bombe atomique larguée par les Américains sur le Japon, le Seigneur paraissait disposé à offrir une nouvelle chance à l’humanité.

Mais le glas de l’église, annonçant ce nouveau décès, rappelait à tous que la vieille Libitine, la Mort, rôdait toujours, chevauchant les ombres de la misère, de la maladie et de la faim. Tous, hormis les plus jeunes, dont le sang bouillonnait d’une tout autre flamme. Le seul carillon qui vibrait dans leurs veines était celui de la joie de vivre.

Mon oncle Avelino, âgé de 14 ans, avec son regard espiègle et son éternel sourire, rentre chez son père, mon grand-père Manuel, une malice en tête.

« Attendez là, les gars, j’reviens d’un coup ! » lance-t-il à ses amis Zinho, Freitas et Salgueiro, avant d’ouvrir la porte du jardin.

Sa sœur Odete, 12 ans, qui donnait à manger aux poules dans la basse-cour aménagée au sous-sol, sous le plancher de la maison, sursaute en le voyant surgir du brouillard : « Où qu’t’étais ? L’père t’attend, fais gaffe ! »

 « Je jouais à la balle après le boulot, et alors ? » répond Avelino.

 « Toujours la balle ! L’père est rentré plus tôt de son chantier pour bricoler un nouveau cabinet près de l’étable, et il a besoin de toi. Nélinho est avec lui, mais il est trop p’tiot pour ça », explique Odete.

Nélinho, c’est mon père, Manuel, prénommé comme mon grand-père, alors âgé de 7 ans, surnommé ainsi par tendresse en accolant le diminutif-affectueux « inho » (prononcez igno) à la contraction de son prénom « Nél ».

Avelino gratifie sa sœur d’un sourire malicieux : « Nélinho, y s’débrouille déjà, va ! Dis-moi plutôt, où qu’il est, le vieux grelot des moutons ? »

 « Là, dans le cellier », répond Odete. « C’est pour quoi faire ? »

 « Parle doucement, sœurette, y s’met à sonner cinq heures et d’mi, le soleil va pas tarder à s’coucher ; et c’est l’temps parfait pour une procession des défunts.»

Odete, perplexe, n’a pas le temps de comprendre. Elle n’entend qu’un : « n’dis rien à père ! » tandis qu’Avelino s’évanouit dans la brume, tout en lançant à ses amis : « Allez, flanquons une frousse atomique à la bande de Vila Fria ! » 

Et les voilà partis, ranimant une tradition millénaire. En ce temps-là, on croyait encore qu’à cette période de l’année, les esprits des défunts revenaient visiter les vivants, dans une procession de onze nuits. Trois mille ans plus tôt, les Celtes d’Europe, y compris les Galaïques, partageaient cette croyance : les portes du Sid, l’autre monde, s’ouvraient pendant douze jours. La christianisation avait tenté de muer cette foi en un culte des Saints, mais ce temps demeurait lié à la mémoire des ancêtres, à l’entretien des tombes et au souvenir des disparus.

La légende disait aussi que, durant cette procession, les défunts, une torche ou une chandelle à la main, s’arrêtaient devant la maison de celui qui devait décéder l’année suivante, frappant un coup de cloche pour annoncer le funeste présage ou jetant des pierres sur les toits. Beaucoup en avaient peur, et les jeunes espiègles en profitaient pour effrayer les plus superstitieux.

Par ce brouillard froid et humide à en chatouiller les os, presque personne n’irait à la messe vespérale de 18 heures. De fait tout le monde demeura au chaud, près des braseros.

Ainsi, Avelino et ses compères, dissimulés par l’obscurité brumeuse, sillonnent Vila Fria jusqu’à 19h30, armés d’une chandelle et d’un grelot. Les fumerolles au-dessus des toits accentuaient l'ambiance fantasmagorique.


Huit heures sonnent l’heure du souper, et, comme le disait mon grand-père : « En retard, même pas pour le diner ! »

Sauf qu’en rentrant, pris dans l’excitation des facéties, Zinho, qui portait le grelot d’Avelino, donne un coup de cloche devant le portail de la maison de mon grand-père. Celui-ci, avec mon père, fixait une planche pour le nouveau cabinet à la lueur des chandelles. Ma grand-mère, quant à elle, préparait un « caldo verde » (une soupe traditionnelle minhote à base de choux) avec sa minutie coutumière, chantant des cantiques, entourée de ses filles Odete (12 ans), Belmira, dite Mirinha (10), et Alcinda (4), réchauffées par son affection et la lueur de l’âtre.

Au son du grelot, ma grand-mère cesse de chanter, saisie d’effroi, son visage blêmissant comme les murs chaulés du cimetière.

Avelino entre, le grelot à la main, un peu penaud. « Ne t’affole pas, mère, c’est moi et les copains qui avons joué avec le grelot. »

Mon grand-père, l’air sévère, avec Nélinho à ses côtés, toise Avelino : « T’as fait la Procession des Défunts, mon fils ? Où es-tu allé flanquer des frousses ? » 

« À Vila Fria, père », répond Avelino.

 « Vila Fria ! Viens à table et raconte-nous ça », ordonne mon grand-père. Autour du « caldo » fumant, Avelino raconte comment ils ont fait tinter le grelot devant les maisons de quelques « gredins » de Vila Fria, surtout celle de Carrones, un riche arrogant qui se donne des airs de maître du bourg. Avelino jubilait encore des cris de frayeur s’échappant de la demeure, sous les coups de cloche et d’une pluie de graviers sur le toit.

Ma grand-mère, embarrassée par ces facéties, sermonne : « Faut pas faire ça ! C’est pas bien, mon fils ! La frousse, ça peut faire du mal, et ça peut aussi t’attirer un châtiment !»

Enchaînant, elle demande : « Qui connaît l’histoire de la femme curieuse ? Manuel, raconte, toi qui sais si bien narrer. » Mon grand-père, devant la famille attentive, les visages penchés au-dessus des bols de soupe embaumant l’air, conte cette vieille légende. 


Une femme, trop curieuse, toujours à l’affût, entendit, en ce même jour de l’année, à minuit, des pas légers qui semblaient nombreux, dans la rue. En chemise, elle se posta au guichet. Elle vit une procession silencieuse, jusqu’alors jamais vue de sa vie. Tous portaient une torche. Cherchant à reconnaître quelqu’un, elle crut voir un voisin mort des années auparavant. Pour en avoir le cœur net, elle lança alors : « Hé, compère, prêtez-moi vot’ feu, comme dans l’temps, pour rallumer ma chandelle qui s’est éteinte ! » Sans un mot, le visage spectral lui tendit sa torche. À demi stupéfaite, et à moitié endormie, elle la posa machinalement dans l’âtre. Au matin, elle vit que la torche brûlait encore.

Horrifiée, elle hurla en découvrant que c’était le bras du défunt. Terrorisée, elle courut se confesser au curé, qui dit : « C’est le châtiment de la curiosité ; attends onze jours, la procession repassera, tu rendras alors le bras à ton compère. » Ainsi fit-elle, guettant à trois heures du matin pour rendre le bras. Mais au lever du jour, on trouva la femme, décédée à sa fenêtre. Tout le village murmura : « C’est l’châtiment ! C’est l’châtiment !»

« Mon Dieu ! Par tous les Saints ! » s’exclame toute la tablée effrayée. Mon grand-père esquisse un sourire discret.

Pour détendre l’atmosphère, Avelino interpelle son père : « Et ces nouvelles latrines, comment qu’elles sont ? Sont-elles pour des gens de haut rang ? »

« Qué qu’c’est ? » demande Nélinho.

 « Une autre histoire, mais celle-là, elle est plus rigolote », répond mon grand-père : « C’est une farce de Bocage. »

Manuel Maria Barbosa l’Hedois du Bocage, poète fulgurant de « l’arcadisme lusitanien », mais aussi, dans la légende populaire, un mélange de sage des Lumières, de philosophe satirique, de moraliste absurde, quintessence du génie portugais, malgré ses origines françaises. Notre Bocage, un cocktail, ou plutôt un « caldo » de Socrate, Diogène, Nasreddin Hodja et Voltaire.

« Raconte-la, Avelino, toi qui la connais bien », demande mon grand-père.

« Dans le temps où Bocage n’avait pas encore été chassé d’la Cour Royale », commence Avelino, « le Roi fit venir sa cour pour admirer ses nouveaux cabinets pour gens de haut rang. » C’étaient des latrines qui nettoyaient le derrière après usage. Toute la cour s’extasia. Bocage proposa alors que le marquis le plus huppé les inaugure. Ce marquis, curieux comme pas deux, se prévalu du rang et de l’âge pour être effectivement le premier à les honorer. « Bien trop curieux, même », poursuit Avelino. « Après son affaire, l’marquis sent qu’on lui nettoie l’derrière, et, curieux de voir comment, il se penche, les fesses tournées vers la Cour Royale, pour zieuter c’qui l’avait frotté. Mais le serviteur caché dans le sanitaire lui essuie la figure avec le même papier qu’ses fesses ».

« C’est l’châtiment ! C’est l’châtiment ! » s’écrient-ils, tout en riant, les bols de soupe à la main, autour de la chaleureuse tablée.


mercredi 28 octobre 2026

Cor Aureum : Prologue


Dans ses «Voyages dans ma Terre», Almeida Garrett confesse ceci :

« Lecteur bienveillant, à cette occasion je vais t’expliquer comment, de nos jours, nous faisons notre littérature. Il ne m’importe plus de garder le secret (…) Tu sauras donc, ô lecteur, comment nous autres faisons ce que nous te faisons lire.

S’agit-il d’un roman, d’un drame - crois-tu que nous allons étudier l’histoire, la nature, les monuments, les peintures, les sépulcres, les édifices, les mémoires de l’époque ? Ne sois pas niais, monsieur le lecteur, et ne t’imagine pas que nous le soyons. Dessiner des caractères et des situations d’après le vif de la nature, les colorer des vraies couleurs de l’histoire… cela est un travail difficile, long, délicat, qui exige une étude, un talent, et surtout du tact !… Non, monsieur : la chose se fait beaucoup plus facilement. Je te l’explique… »

Chère lectrice et cher lecteur, j’ai passé cinquante ans à écouter et à observer, et presque les mêmes cinquante années à étudier pour comprendre ce que j’observais. Histoire, nature, monuments, peintures, édifices, traditions, mémoires, psychologie… j’ai étudié tout ce que j’ai pu afin de pouvoir expliquer ce que je vais décrire au sujet de «Ma Terre».

J’espère seulement avoir fait preuve de tact suffisant.

Vous me le direz. En attendant, voici le résultat.


lundi 26 octobre 2026

Cor Aureum - 1 : Mon Minho Contrée Où Le Sel Se Fait Miel



Mon Minho, contrée où le sel se fait miel.

Terre de légendes, de magie, de foi, de labeur et d’espérance.

Anha, au sommet de la colline qui domine la pente méridionale où l’estuaire du Lima s’abandonne aux étreintes de la mer, se trouve un foyer. Une maisonnette de granit, érigée des propres mains de mon grand-père, Manuel Fernandes Ribeiro, maître tailleur de pierre qui œuvra aux derniers élans de l’édification du sanctuaire de Santa Luzia.

Dans le quartier du Monte, une placette. Tout autour, deux échoppes : celle de Zé Carvalho, blottie à l’angle de la rue du Barroco, et la taverne de l’oncle Alexandre Barros, couturier de son état, tisseur de solidarités sur le métier de la vie.

Nous sommes dans les années 1940, dans un Portugal épargné par les ravages de la seconde guerre mondiale, mais prisonnier des chaînes de la dictature et de la faim.

Pendant vingt ans, nous cheminerons sur une terre du Nord du Portugal, le Minho, où chacun, à sa manière, s’efforcera de tracer son sillon, d’échapper aux griffes du sort et d’offrir, à lui-même comme aux siens, l’avenir le plus fertile possible.

Âpres réalités, joies fugaces, fêtes éclatantes, amour, devoir, exils, histoires grandes ou petites, traditions, secrets enfouis, un monde presque évanoui, peuplé de figures et de souvenirs qui méritent l’éternité…



mercredi 21 octobre 2026

GenZ « désenchantée »

 


Koro SenSIL


lundi 19 octobre 2026

"Moins de RN - Plus de BN"


🩷 Princesse Fraisy Chouquette

L'image la plus choupi de la manif du 17 Octobre contrastant avec tout ce stupide Chaos.

J'ai croisé cette fillette non loin de la Place de la République aux mains des émeutiers qui se vidait d'une partie des manifestants à la fois inquiets pour leur sécurité comme pour leur avenir.

Je l'ai prise en photo. J'ai demandé à ChatGPT de la ghibliser, afin d'en sublimer le souvenir (poroporo), tout en préservant son anonymat, avant de la rendre publique avec le commentaire suivant:

Poupette Chérie,

Malheureusement, au vu des images cataclysmiques de ce weekend, faute d'un candidat capable d'incarner l'espoir et le redressement, loin des différentes impasses politiques de tout bord qui nous ont mené là où nous en sommes,

Le risque c'est soit le RN dès le premier tour, soit la pénurie de BN si c'est l'autre extrême qui passe...

Force à vous tous nos enfants chéris
Bisous

#17Octobre #NotreAvenirEtaitDansLaRue



dimanche 18 octobre 2026

Paris 18 Octobre 2026

Le Jour d'Après 17 Octobre
Paris Ville Lumière & Ténèbres
Neuf kilomètres d'un parcours tout en contrastes, Rive droite, de la Place de la République à l'Avenue Montaigne.
Une Place de la République à 17 heures, particulièrement électrique avec des flics épuisés mis sous tension par des apaches et des cliques de collégiens venus jouer au chat et à la souris. A peine le temps de prendre une photo de Marianne sous gilet-jaune que les grenades lacrymogènes s'abattent à nouveau sur mon passage. Me voici "gazé" ou plutôt ~ poivré ~ pour la deuxième fois du weekend #LacrymCount
J'exfiltre ma ganache assaisonnée aux épices policières vers le Canal Saint-Martin où les véhicules calcinés parsèment la voirie. Près du quai, des flammes s'élèvent. Des pompiers cherchent à y accéder mais une barricade de Vélib' détruits leur barre la route. Une mamie Titi-parisienne, aux jolies boucles grises, se jette sur le barrage pour dégager les vélos, suivie de minots, de lascars et bibi, pour l'aider. Les pomplards passent sous les applaudissements. Le feu s'éteint.
Des grappes de gosses se retrouvent autour des pontons du canal, attendant de pouvoir retourner jouer aux révolutionnaires Tiktok. Hamza Ladouane ne doit pas être bien loin. Des caisses cramées, des tags, une fresque "Lycéens Déter". "Déter" à perdre l'œil dans lequel ils se sont fourrés le doigt du vieux pervers qui les manipule ?
Ambiance musette au Jardin Villemin. Les sirènes retentissent non loin mais ne couvrent pas la musique dont profitent les Bobos.
Je redescends le Boulevard Magenta. Les stigmates de la canaillocratie sont partout. L'émotion des gérants bangladais, devant leur boutique Lycamobile dévastée du 27 Bd Magenta, coupe toute envie de leur voler un cliché. Non loin de là, je numérise le texte qui suit : "De New Delhi ' Jusqu'à Paris ' Tout le Monde ' A peur de la GenZ ' Pourvu que la GenZ ' N'aie peur de rien ! ". "Pourvu". En somme, ils ne sont pas si sûr d'eux que ça.
En tendant l'oreille, j'écoute des gens se lamenter le visage stupéfait mais aussi de vieux narvalos alcooliques du quartier célébrer la casse: "Génial, ils ont tout maravé, je voulais pas le croire mais si !". #ConvergenceDesBrutes
Des collégiens et lycéens wallah-wesh continuent de se diriger vers République. Des petits renois viennent pour casser pendant que des travailleurs noirs nettoient les sombres dégâts en ce dimanche ensoleillé.
Des enfants de bourgeois, étudiants, aussi bêtes qu'ils en ont l'air, avec leurs têtes rouges, violettes ou bleues, criblées d'un regard aussi fanatique qu'arrogant, ramènent leur fraise pour faire les malins et coller des stickers LFI et Cie.
Strasbourg-St-Denis. D'un côté, une portion de la façade de la Société Générale a été réduite à l'état de gravats destinés à servir de projectiles "anticapitalistes". De l'autre, devant le KFC, une grande hétaïre asiatique me lance: "tu veux faire l'amour". Je réponds: non Madame, merci Madame, bonne soirée Madame. #AhhhLAmour
Plus loin, un kiosque détruit, graffé du slogan suivant: "A ceux qui vivent ' A ceux qui luttent ' A ceux qui résistent". Le kiosquier qui a perdu son gagne pain appréciera. Détail notable: La seule affiche qui demeure intacte dans cet édicule vandalisé, est celle du JDNews consacré à David Lisnard. Dois-je croire qu' #IlSePasseQuelqueChose ?
Je poursuis sur les Grands Boulevards : Terrasses bondées ; Boomers cherchant leur Uber ; Bourgeois sortant des salles de spectacle ; Touristes déambulant et Parisiens commentant les faits "hallucinants" de la veille.
Régulièrement, des traces de merde nihiliste accrochent le regard. Visiblement la Place Vendôme a eu chaud. Un Arc'teryx pillé porte le slogan: "Arc'teryx pour tous.tes Cheh". Le McDo de la Madeleine s'est fait caillasser.
Je pousse jusqu'à l'Avenue Montaigne qui porte des marques d'assaut. Christian Dior se barricade derrière des grilles avec des golgoths d'élite prêts à monter la garde jusqu'à pas d'heure.
Je termine mon périple vers 20 heures aux Invalides où une unité mobile des "Restos du Coeur" distribue vivres, soupe chaude et réconfort à des démunis. Le temps se refroidit. La nuit est là. Une demi-douzaine de Vélib' conduits par des cailleras noires en survêts bruns, portant des petits choufs à l'arrière, foncent en direction du Pont Alexandre III, afin de rejoindre de toute évidence, les zones de pillage.
Ce n'est que le début des vacances scolaires...

ClemenSIL

#MaisQuelBordel #LaPurge #FrenchNightmare



Les abords de République 


Quai de Valmy


Fresque de la Placette de la Fontaine Arceau


"De Delhi jusqu'à Paris" signé GenZ


Le kiosquier sans kiosque appréciera 
cette poésie insurrectionnelle à deux balles



Arc'teryx pillé par Nihilix 


Vendôme a eu chaud


Dior sous cotte de mailles


Attention ! Le prochain rdv est déjà pris


Le Sheytan 7mer manipulant nos enfants
Pour en faire de la chair à canon politique


LFI C'est les Ténèbres 

samedi 17 octobre 2026

Le RDV du 17 octobre 2026


Contre la Calvitie, ✊
Et la gérontocratrie qui étouffe l'avenir de notre jeunesse !
Plus sérieusement et très franchement:
Je ne m'attendais pas, en arrivant à 14h30 du côté de Strasbourg-St-Denis, à une telle marée de jeunes dans toute leur diversité, inquiets pour leur avenir mais défilant de façon bon enfant.
Les "acab", bêlés régulièrement et mécaniquement, sont leur seul débordement puéril.
L'accès à la Place de la République est bouchonné par des unités de police du fait des émeutes en cours. Les volutes de fumée brune et le violent tumulte font fuir une partie des 90% qui voulaient manifester tranquillement, pendant que des grappes de casseurs, des milieux nihilistes ou délinquants, se dirigent dans le sens inverse en ameutant les premiers: "où allez-vous, c'est par là-bas la guerre".
Faute d'accès à République, aux mains des émeutiers, moult manifestants déambulent autour de La Porte Saint-Martin.
En espérant rejoindre le cortège plus au sud, on se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment. La police cherchait à nettoyer le secteur du CNAM où des vandales amoncelaient des vélos électriques pour constituer des barrages inflammables. Des grenades lacrymogènes se mettent à pleuvoir. Pour peu, l'une d'entre elles finissait dans ma capuche. Le temps de se mettre à l'abri, les yeux en feu et les sinus débouchés comme jamais, on goûte le changement d'ambiance au cœur du Marais où les touristes lèchent les vitrines et dégustent leur matcha-latte anti-stress.
Rue des Francs-Bourgeois, une Parisienne d'un doux âge, joue de l'accordéon sous les claquements des mortiers d'artifice et des bombes CS qui explosent au loin.
La Bastille pointe enfin sa colonne de Juillet avec une foule qui arrive par petites vagues. Visiblement les émeutes ont explosé un cortège qui s'annonçait historique...
Pause rafraîchissements chez Marcounet sur les quais. La musique lounge de la péniche contraste avec les vrombissements des motos de la brav-m qui filent dans la ville. Une brume inhabituelle plane au-dessus de la Seine, mêlant odeurs de poubelles brûlées et gaz poivrés.
Bilan de tout ce zbeul.

Énormément de gamins, sans accompagnement syndical ou autre, dépossédés de leur manif par la frange la plus chaotique de leur génération, spoliés d'une partie de leur avenir par une gérontocratrie égoïste, et qui manifestaient souvent au nom et au bénéfice de politicards et d'idéologies responsables de la situation dans laquelle ils se trouvent.
Bref, nos enfants chéris n'ont pas le séant sorti des ronces...

Koro SenSil

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