jeudi 5 novembre 2026

Cor Aureum : Chapitre 1-3 : énigme à l'école


Lundi 5 novembre, jour d’école et de labeur, temps de joie.

Toute la maisonnée s’éveille à six heures, comme presque tous les jours. À cet instant, le clocher de l’église sonne le premier des trois Angelus de la journée. Ma grand-mère Belmira récite ses trois « Je vous salue Marie » tout en préparant le petit-déjeuner, aidée d’Odete : du lait de chèvre chaud, une chicorée d’orge avec de la « broa », notre pain rustique de maïs, tartiné de beurre.

Mon grand-père Manuel est le premier à quitter la maison. Il lui faut une heure pour rejoindre son chantier, au temple de Santa Luzia. En partant, il enfourche sa bicyclette, une Raleigh anglaise, comme il les aime tant, et file, sous le soleil naissant, par la route nationale jusqu’au pont Eiffel, qui enjambe l’ample estuaire du Lima, afin d’atteindre Viana do Castelo, « la Princesse du Lima ». De là, depuis les bas quartiers de la ville, il lui reste à gravir, à la force des mollets, la rampe glissante de Santa Luzia. Après cet effort de grimpeur, bien échauffé malgré la rosée, il peut enfin jouer du xylophone, en martelant le granit de ses ciseaux, de huit heures du matin à cinq heures du soir, ceci tous les jours de la semaine, hormis les dimanches, quelques jours fériés ou saints. De vacances, point.

Avelino est le suivant à partir travailler dans les chantiers des environs, afin d’apprendre « l’art » de son futur métier.

Nélinho suit enfin, quittant la maison pour la leçon. L’école courait de huit heures du matin à quatre heures de l’après-midi, avec une pause à midi pour le déjeuner. Le voilà donc, en culottes trouées et pieds dénudés, zigzaguant entre les flaques d’eau des chemins.

Les cours ont lieu dans la « Casa dos Lopes », une magnifique demeure minhote flanquée d’une charmante chapelle pleine de mystère, située dans la rue qui mène à l’église. L’État louait une partie de cette demeure pour les classes. C’est le Professeur Souto Maior, du village voisin de Mazarefes, qui dispense l’enseignement dans cette école improvisée. Deux rangées de quatre pupitres, un tableau noir, le drapeau portugais, les portraits de Salazar et du Président de la République accrochés au mur, et « un crucifix derrière et au-dessus de la chaise du professeur, symbole de l’éducation chrétienne prescrite par la Constitution », comme le stipulait le décret de 1936.

Chaque pupitre, constitué d’un banc et d’une table en bois massif, assez robuste pour résister à un bombardement ou un tremblement de terre, accueille deux élèves. Seize écoliers au total. Mon père occupe le troisième pupitre de la rangée de gauche, à côté de Manuel Barros, fils du Tio Alexandre Barros, tenancier d’une boutique située sur la Place du Monte. Au premier pupitre, celui des meilleurs élèves, Coutinho et Couto Viana ; au deuxième, devant mon père, Lavarinhas et Zé Carvalho ; au quatrième, derrière lui, Fagundes et Gusto do Sofia, le champion des calculs mentaux, un brin dissipé.


À la fin des cours, ces amis d’école ont pour coutume de remonter la rue en courant et riant, direction le Largo do Calvário, la Place du Calvaire, deux cents mètres plus haut, pour jouer au ballon.

À la maison restent ma grand-mère, secondée par Odete, Alcinda, toute petite avec ses quatre ans, et Mirinha qui, malgré ses dix ans, sort très peu. Mirinha souffre de problèmes de santé, se fatigue assez vite et parfois même manque d’air. Mais elle adore coudre, confectionnant des poupées de chiffon, souriant et chantonnant. S’occuper du foyer, du jardin et des champs est le quotidien des femmes du foyer.


Ce lundi, après les cours, mon père et ses amis se dirigent vers la grande entrée du « Paço de Anha », sur la Place du Calvaire, où ils tombent sur un homme à cheval, inconnu d’eux. Le destrier, à la robe brune, ligne élancée, oreilles courtes, crinière abondante et légèrement bouclée, membres secs et robustes, avançant d’un pas énergique, semble être un pur-sang lusitanien. L’homme, brun, de noble prestance, barbu et coiffé d’un chapeau, a tout l’air d’un gitan de pure souche également. Ainsi entre-t-il dans la « Quinta do Paço de Anha », propriété d’une ancienne et noble famille portugaise, enracinée dans notre village depuis plus de cinq siècles. D’aucuns racontaient qu’un roi portugais y avait trouvé refuge.

Au moment où le cavalier disparait dans le Domaine, Nélinho croise Odete, portant sur la tête une grande jarre d’eau. Elle venait de puiser « d’la bonn’iau » au puits de la Tia Quinhas, la sœur Maria de ma grand-mère, que tous appelaient Quinhas. « Alors, mano (frérot) ? Qu’est-c’qu’on t’a appris à l’école aujourd’hui ? » demande Odete.

« L’professeur a causé des anciens cavaliers portugais ; d’la race lusitanienne des chevaux ; on a fait des calculs mentaux ; et y’nous a donné des devinettes à résoudre », répond le frérot. « Chacun d’nous en a une à toper d’ici vendredi ; la mienne, est : quelle est la chose, quelle est-elle, qu’est sourde et muette, mais qui raconte tout ? »

« Creuse-toi la caboche mano ! Moi aussi j’devais m’débrouiller toute seule ! » dit Odete en souriant.

 « En parlant d’cavaliers, tu sais qui c’est, l’cavalier qu’est entré dans l’Paço ? » questionne Nélinho.

« Je n’le connais pas, mais ça doit être l’gitan qui s’occupe des chevaux des seigneurs du Paço », répond Odete. 


Le petit Nélinho rentre à la maison. Avant le coucher du soleil, il doit aller chercher du bois dans les bosquets et mener paître les deux chèvres de la maison. Ce sont là ses principales tâches domestiques. Tout en ramassant des bûches pour l’âtre, il rumine : « Quelle est la chose, quelle est-elle, qu’est sourde et muette, mais qui raconte tout ? » Sans trouver la réponse.

Le lendemain, Nélinho confie la devinette à Avelino. « Creuse-toi la caboche, mano ! » répond celui-ci à son frérot. Le mercredi, il demande de l’aide à son père. « Creuse-toi la caboche, Manuel ! » rétorque mon grand-père. Le jeudi, après l’école, il se rend à la « Venda do Tio Lexandre ».

C’était l’une des deux boutiques de la Place du Monte. L’autre, la « Venda do Carvalho », à l’angle de la Rue do Barroco, tenue par le Tio Zé Carvalho, était moins fréquentée par la famille ; le pain y était bon, mais l’ambiance bien moins chaleureuse.

« Tia » par-ci, « Tio » par-là. Tantes (Tias) et oncles (Tios) n’étaient pas toujours des parents proches. A vrai dire, tous ceux du voisinage, ou vaguement apparentés, ce qui est le cas dans un village, ayant l’âge des parents, étaient appelés ainsi, par  Tia (tante) ou Tio (oncle) un peu comme, à la fois, une marque familière mêlant affection et  respect.

La « Venda do Tio Lexandre » fait office de taverne et d’épicerie, avec deux comptoirs distincts. Ouverte tous les jours jusqu’à 22 heures, elle accueille continuellement du monde pour causer, écouter la radio, jouer aux cartes, notamment à la « sueca », boire un coup, grignoter ou faire des emplettes. Elle occupe le rez-de-chaussée d’une imposante maison de granit à deux étages, une partie pour la boutique-taverne, l’autre pour un atelier de couture, étant donné que Tio Alexandre était tailleur de métier. La boutique est tenue par le « Senhor Alexandre Barros », que beaucoup appelaient, avec cette contraction si caractéristique du portugais du Minho, « Tio’Lexandre », et sa femme, la Tia Custódia.

Tio Alexandre, cheveux châtains, yeux bienveillants, sourire solaire, toujours en costume de flanelle marron à la mode d’un lord anglais, était un « homme de respect », de peu de mots, mais affable et accueillant. Il ne s’emportait que lorsqu’il jouait à la sueca. Réputé et estimé de tous, il ne manquait ni de clients ni d’amis.

Tia Custódia, au visage rond et à la peau claire, avec des cheveux noirs coupés court, dont les boucles soulignaient des yeux perçants et vifs, est plus bavarde. Elle accueille toujours mon père et les enfants du coin d’un « Salut, mon p’tit ! Salut, ma p’tite ! »

En entrant dans la « venda », elle accueille donc mon père d’un : « Tiens, v’là l’Nélinho ! Salut, min p’tiot ! ».

« Bien le bonsoir, Tia Custódia ! Mère m’a dit hier d’passer à la boutique après l’école, qu’y’avait quéqu’chose pour tante Quinhas », dit Nélinho.

 « J’ai bien quéqu’chose en effet ! Vas-tu pouvoir porter un sac d’cinq kilos d’châtaignes jusqu’à chez ta tante Quinhas ? C’est pour la fête du Magusto qu’votre catéchiste organise c’dimanche, dans la place d’l’entrée du Paço », questionne Tia Custódia.

« Bien sûr qu’oui ! » répond-il, tout en bombant le torse.

« Alors, dans c’cas là,  attends là, j’reviens d’suite ! », dit-elle.

Patientant devant le comptoir vitré, Nélinho remarque, sur une étagère au-dessus de la caisse à pain, une rangée de toupies aux couleurs variées. Le motif décoratif leur donne l’air de pommes de pin avec une pointe d’acier. Nélinho avait vu Manuel Barros, son voisin de pupitre et fils aîné de Tio Alexandre et Tia Custódia, jouer avec l’une de ces toupies. La plus belle, d’un jaune doré, brille sur l’étagère.

« Tiens, qui v’là par ici ! » s’exclame Tio Alexandre, sourire aux lèvres, arrivant avec Tia Custódia, un mètre de tailleur autour du cou et le sac de châtaignes dans les bras. « Ça va, ta vie, Nélinho ? Tu profites bien d’l’école ? » lui demande-t-il.

 « Ça va bien, Tio’Lexandre ! Sauf qu’j’arrive pas à résoudre la devinette qu’l’professeur m’a donné, et il faut la trouver pour demain », répond le gamin d’une voix tremblante.

 « Qu’elle est cette devinette ? » questionne Tio Alexandre. « Quelle est la chose, quelle est-elle, qu’est sourde et muette, mais qui raconte tout ? » répond Nélinho.

 « Vindiou ! C’te devinette, elle est vieille comme l’Roi Salomon ! » signale une voix forte derrière Nélinho. C’est la voix de Tio Quintino, le meilleur viticulteur des environs et l’un des plus fins poètes, à la langue aussi aiguisée qu’une cisaille. « J’suis boiteux, certes, mais attention, qu’j’suis un maître d’la langue », disait-il parfois, avec son esprit vif et taquin, à ceux qui se moquaient de sa jambe paresseuse. « J’te donnerai pas la réponse, mais j’te dis qu’la solution, elle est juste sous ton nez », ajoute Tio Quintino.

 « Sous mon nez », répète Nélinho. Devant lui, Tio Quintino était assis, un verre de « vinho verde » et un recueil de poésie, posés sur la table.

L’enfant observe, fronçant les sourcils, répétant la phrase dans sa tête, puis soudain : « J’ai trouvé ! Sourde et muette, mais qui raconte tout, c’est le livre ! »

« Eurêka ! » s’écrie le vigneron tout en riant.


Voilà Nélinho, ravi et soulagé, malgré le sac de cinq kilos de châtaignes sur l’épaule, en route vers la maison. « N’oublie pas d’l’apporter demain à ta tante Quinhas », lui rappelle sa mère à son arrivée.

 « Oui, mère ! J’vais au mont avec la Bonita et la Regateira. » Les deux chèvres, qui n’avaient pas pâturé tout leur saoul aujourd’hui, l’appellent en l’entendant rentrer.

Bonita (la Jolie), une chèvre galicienne aux jolies cornes tressées caractéristiques de la race, était dodue et gracieuse. Regateira (l’Espiègle), plus maigrelette et ordinaire, mais vive et maligne, adorait taquiner Nélinho, qui prenait plaisir à s’occuper d’elles. Elles avaient faim. « Allez, filons au mont », et ils y restèrent jusqu’à l’heure du souper.

Après le repas, à la lueur de l’âtre et d’une chandelle, le petit berger fait ses devoirs de calcul sur son ardoise, sous l’œil vigilant de son père. « Puisqu’on est dans les devoirs, as-tu résolu ta devinette ? » demande mon grand-père.

« Oui, père ! » répond-il avec un sourire énigmatique. « La solution, c’est le livre.»

« Parfait, mon fils ! Maintenant, au lit », ordonne mon grand-père. 


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dimanche 1 novembre 2026

Cor Aureum : Chapitre 1-2 : Miettes du Portugal - Toussaint 1945


Le lendemain, jeudi 1er novembre, jour saint, le Jour de Tous les Saints.

Mon grand-père travaillait les jours fériés, comme la plupart des ouvriers, mais point les jours saints. Moins par ferveur religieuse que par la simple raison qu’il œuvrait encore au sanctuaire du Mont de Santa Luzia. Mon grand-père, Manuel Ribeiro Fernandes, faisait partie de l’équipe de tailleurs de pierre qui acheva les travaux extérieurs du temple. Il avait vu la dernière pierre, la croix couronnant le dôme, être posée le 24 décembre 1943, et poursuivait des travaux de maçonnerie autour du sanctuaire, tandis que de nouvelles équipes de sculpteurs s’attelaient aux aménagements intérieurs. Ce jeudi saint, point de chantier au temple.

Il profite de ce jour de repos pour continuer de peaufiner sa maisonnette, aidé en cela d’Avelino, qui déjà « donnait du ciment » dans la construction.

La maison de mon grand-père avait des airs de demeure des vieux « castros », nos antiques forteresses, bâtie avec la même science architecturale des Celtes d’antan.

De plain-pied, rectangulaire, dix mètres de long sur cinq de large, un mur épais de granit au nord pour parer le froid et la bise ; portes et fenêtres tournées vers le sud et le soleil, s’ouvrant sur le jardin. Légèrement surélevée, son plancher à soixante centimètres du sol abrite un cellier, accessible par des trappes qui laissaient s’évacuer l’humidité l’hiver et rafraîchissaient la maison l’été, tout en offrant refuge à des chats errants, des poules et des lapins domestiques. Une porte vitrée mène au salon, une autre à la cuisine. Trois marches devant chaque porte. Le toit, traditionnel, est fait de tuiles mauresques rouges aux angles relevés à la chinoise. Coté intérieur, trois chambres – une pour les parents, une pour les filles, une pour les garçons –, un salon, une cuisine et, désormais, des « latrines à la mode » entre la maison et l’étable des bêtes. Deux chèvres et un cochon occupaient l’étable.

Cette demeure avait été érigée sur un lopin des « Bosquets de la Tia Camula », moitié acheté, moitié offert par Tante Camula, une veuve sans enfants, riche et généreuse, propriétaire d’une partie du « Mont de la Ola », lieu-dit où se dressait la maison. Elle avait vendu, « à prix d’amie », plusieurs parcelles à ceux qui voulaient bâtir leur foyer. Le granit venait de la carrière voisine, juste à côté de la maison. Avec moult labeur et l’aide de compagnons, la demeure de mon grand-père s’était élevée, pierre après pierre.

Le jardin était un Éden en miniature : un pommier offrant trois variétés de pommes, un poirier, un prunier, le figuier chéri de mon grand-père, et une vigne en treille à la minhote, ombrageant une partie du jardin où s’épanouissaient les fleurs préférées de ma grand-mère : œillets, roses, maries et plantes pour les bouquets du cimetière. Il ne manquait qu’un puits. « P’têt bien un jour », disait mon grand-père.

Le voilà donc, en ce saint matin, avec Avelino, achevant les « latrines pour gens de haut rang », dont la fosse alimenterait l’amas de fumier entassé dans un coin du jardin.

Ma grand-mère Belmira, assise sur les marches de la porte du salon avec Odete, Mirinha et Alcinda, brode des mouchoirs, fredonnant doucement la chanson à succès « Ma petite maison », révélée l’an passé par la charmante Milú dans le film « O Costa do Castelo », et que tout le monde chantait, en couvrant les haut-parleurs grésillants de Viana lors des Fêtes d’Agonia l’été dernier :

 « Les regrets que j’avais déjà ‘ De ma petite maison si gaie ‘

Si modeste, comme moi,


Mon Dieu, qu’il fait bon vivre ‘ Dans un humble premier étage ‘

En comptant depuis le ciel… »


Mon père, lui, ne va pas à l’école ce jeudi. Il se lève deux heures plus tard que les autres, l’estomac criant famine. Odete lui prépare un déjeuner. Il est neuf heures.

« Dépêche, p’tit frère », ordonne Odete, « faut qu’on aille au catéchisme à onze heures, avant la messe de midi. Ensuite, faudra arranger les tombes avant la procession et la prière à quinze heures. »

Mon père préparait sa première communion et ma tante Odete sa communion solennelle, prévues pour le samedi 8 décembre, jour saint de l’Immaculée Conception. Le catéchisme avait lieu le samedi, mais également aujourd’hui.

En chemin vers le catéchisme, à l’église paroissiale située un kilomètre plus bas, Nélinho et Odete croisent des groupes d’enfants, un petit sac de toile à la main, quémandant du « pain-pour-Dieu ». « Pain pour Dieu ! Pain pour Dieu ! Qui donnera du pain aux fidèles de Dieu ? » pépiaient-ils, frappant aux portes, insistant davantage devant les maisons réputées généreuses, comme celles de la Tia Formiga, du Tio Araújo Velho ou de la Tia Camula. Aux cris de « Pain-pour-Dieu », Tia Camula sortait toujours avec des biscuits, des gâteaux, des châtaignes, des fruits ou même quelques sous, et donnait à chaque fois.

Tous les minots ne mendiaient pas ainsi. Dans notre « riche » bourg d’Anha, seuls les enfants des familles les plus pauvres couraient le « pain-pour-Dieu ». Or, la pauvreté était la plus grande abondance au sortir de la guerre. Les bandes de marmots ne manquaient donc pas ce jour-là. Les deux règles de cette tradition du 1er novembre étaient : n’avoir pas plus de dix ans et mendier seulement jusqu’à midi.

Dix minutes avant onze heures. En descendant la Rue de São Tiago, qui mène à l’église, un peu avant celle-ci, Nélinho et Odete trouvent la Tia Camula, son sac d’aumônes grand ouvert, entourée d’enfants à l’estomac vide. En contrebas, le Père Goutinho, curé d’Anha, vieil homme sévère et austère, vient à leur rencontre. À quelques mètres, pointant du doigt la marmaille, il lance : « Ne leur donnez pas tant, vous allez les gâter ! »

« Bien, bien ! » concède Tia Camula, refermant sa généreuse corne d’abondance.

 « Vite, vite ! Allons ! Dépêchez-vous ! C’est l’heure du catéchisme ! » ordonne le Père Goutinho aux enfants, ainsi qu’à Nélinho et Odete. Le visage lumineux et souriant de la jeune Alice Couto Viana, restée en retrait, qui enseignait le catéchisme avec le curé, attire les petits, autour d’elle. Apprendre les prières, la morale catholique, la vie et les vertus des saints : tel est le programme de cette heure à l’église.


Midi moins le quart, venait d’annoncer le carillon des quarts d’heure. Ma grand-mère Belmira, avec ses filles Mirinha et Alcinda, ainsi que ses sœurs Ana et Maria, surnommée Quinhas par tous, descendent prestement la rue de São Tiago, pour ne pas rater l’office. Les derniers groupes d’enfants courent encore de porte en porte, tels des moineaux égarés en quête de miettes.

Elles se trouvent au niveau de la boutique du vieux Quim Cidade. « Pain pour Dieu ! Pain pour Dieu ! Du pain pour les fidèles de Dieu ! » Le vieux Quim Cidade sort dans la rue, mais en guise de pain, il envoie une taloche au gamin le plus proche, le tout accompagné d’un : « C’est plus l’heure, face de vaurien ! »

 « Ch’est pas encore midi ! » proteste l’enfant giflé.

 « Tais-toi, face de gitan ! Dégage, ou t’en manges une autre, face de juif ! » rétorque Quim Cidade.

Ma grand-mère et ses sœurs, Ana et Quinhas, d’une même voix, blâment cette méchanceté : « Oh ! Monsieur Joaquim ! Ça n’se fait point, ça ! »

 « Qu’ils aillent bosser ! Ils ont l’corps pour ! Moi, à leur âge, j’usais déjà mes mains à gagner mon pain ! » grogne Quim Cidade de sa voix rauque.

 « Dans le coffre de l’avare, le Diable se cache dedans », rétorque vivement Tia Quinhas. Quim Cidade tourne les talons, et l’altercation s’achève ainsi.

La Journée de Tous les Saints puis celle des Défunts le lendemain s’écoulent entre prières, oraisons, échanges au cimetière avec des femmes au visage fermé, pourtant l’uniforme noir des jours de deuil, qui veillent les tombes tout en posant la question rituelle de cette saison : « Tu sais pas qui est mort ? ». Le tout jusqu’à ce que le brouillard épais, accompagné de sa bruine glaçante, vienne éteindre le jour et empêcher les étoiles de luire.

Les autres journées de cette fin de semaine resteront empreintes de la même gravité lugubre, alourdie par la pluie d’automne.



vendredi 30 octobre 2026

Cor Aureum : Chapitre 1-1 : La Procession des Défunts


« Je vous ai préservés de la guerre,  mais saurai-je vous préserver de la faim ? »

António de Oliveira Salazar


Mercredi 31 octobre 1945. Après deux années de fortes chaleurs et de sécheresse, le manteau humide de l’automne s’abattait, telle une laine épaisse, sous la forme d’une brume des plus denses, poussée par la bise du nord et glissant des épaules de la Galice, de colline en colline.

Le glas des angelots avait retenti ce matin encore, à la veille du Jour de Tous les Saints, pour annoncer le décès poignant d’un nourrisson. Au son du carillon, les anciens du village traçaient sur leur poitrine un signe de croix ou mimaient la figue, coinçant leur pouce entre deux doigts, pour conjurer la maudite peste de la mort, tout en jetant un regard inquiet sur leurs propres petits ou murmurant cette vieille complainte minhote :

 « Qui a des p’tits, a des soucis,
Pas toujours forts, pas toujours sains,
Sauvez nos p’tits bouts chéris,

Ô Notre-Dame des Remèdes ! » 

« V’là déjà trois lunes que ça pousse », soufflait ma grand-mère Belmira, caressant son ventre où grandissait mon oncle Rogério, conçu en juillet dernier, dans la nuit où les feux pyrotechniques des Fêtes d’Anha célébraient la fin de la guerre et le retour de la vie. La dernière-née de la famille était ma tante Alcinda, venue au monde le 13 avril 1941. Femme de grande foi, mais sujette à l’anxiété, ma grand-mère voyait dans cette Seconde Guerre mondiale un présage de la fin des temps. Ce n’était plus l’heure d’amener des âmes en ce monde. Du moins, jusqu’au 8 mai 1945, lorsque tous les clochers de la péninsule ibérique sonnèrent la fin du conflit. Malgré l’effroi planétaire causé par la bombe atomique larguée par les Américains sur le Japon, le Seigneur paraissait disposé à offrir une nouvelle chance à l’humanité.

Mais le glas de l’église, annonçant ce nouveau décès, rappelait à tous que la vieille Libitine, la Mort, rôdait toujours, chevauchant les ombres de la misère, de la maladie et de la faim. Tous, hormis les plus jeunes, dont le sang bouillonnait d’une tout autre flamme. Le seul carillon qui vibrait dans leurs veines était celui de la joie de vivre.

Mon oncle Avelino, âgé de 14 ans, avec son regard espiègle et son éternel sourire, rentre chez son père, mon grand-père Manuel, une malice en tête.

« Attendez là, les gars, j’reviens d’un coup ! » lance-t-il à ses amis Zinho, Freitas et Salgueiro, avant d’ouvrir la porte du jardin.

Sa sœur Odete, 12 ans, qui donnait à manger aux poules dans la basse-cour aménagée au sous-sol, sous le plancher de la maison, sursaute en le voyant surgir du brouillard : « Où qu’t’étais ? L’père t’attend, fais gaffe ! »

 « Je jouais à la balle après le boulot, et alors ? » répond Avelino.

 « Toujours la balle ! L’père est rentré plus tôt de son chantier pour bricoler un nouveau cabinet près de l’étable, et il a besoin de toi. Nélinho est avec lui, mais il est trop p’tiot pour ça », explique Odete.

Nélinho, c’est mon père, Manuel, prénommé comme mon grand-père, alors âgé de 7 ans, surnommé ainsi par tendresse en accolant le diminutif-affectueux « inho » (prononcez igno) à la contraction de son prénom « Nél ».

Avelino gratifie sa sœur d’un sourire malicieux : « Nélinho, y s’débrouille déjà, va ! Dis-moi plutôt, où qu’il est, le vieux grelot des moutons ? »

 « Là, dans le cellier », répond Odete. « C’est pour quoi faire ? »

 « Parle doucement, sœurette, y s’met à sonner cinq heures et d’mi, le soleil va pas tarder à s’coucher ; et c’est l’temps parfait pour une procession des défunts.»

Odete, perplexe, n’a pas le temps de comprendre. Elle n’entend qu’un : « n’dis rien à père ! » tandis qu’Avelino s’évanouit dans la brume, tout en lançant à ses amis : « Allez, flanquons une frousse atomique à la bande de Vila Fria ! » 

Et les voilà partis, ranimant une tradition millénaire. En ce temps-là, on croyait encore qu’à cette période de l’année, les esprits des défunts revenaient visiter les vivants, dans une procession de onze nuits. Trois mille ans plus tôt, les Celtes d’Europe, y compris les Galaïques, partageaient cette croyance : les portes du Sid, l’autre monde, s’ouvraient pendant douze jours. La christianisation avait tenté de muer cette foi en un culte des Saints, mais ce temps demeurait lié à la mémoire des ancêtres, à l’entretien des tombes et au souvenir des disparus.

La légende disait aussi que, durant cette procession, les défunts, une torche ou une chandelle à la main, s’arrêtaient devant la maison de celui qui devait décéder l’année suivante, frappant un coup de cloche pour annoncer le funeste présage ou jetant des pierres sur les toits. Beaucoup en avaient peur, et les jeunes espiègles en profitaient pour effrayer les plus superstitieux.

Par ce brouillard froid et humide à en chatouiller les os, presque personne n’irait à la messe vespérale de 18 heures. De fait tout le monde demeura au chaud, près des braseros.

Ainsi, Avelino et ses compères, dissimulés par l’obscurité brumeuse, sillonnent Vila Fria jusqu’à 19h30, armés d’une chandelle et d’un grelot. Les fumerolles au-dessus des toits accentuaient l'ambiance fantasmagorique.


Huit heures sonnent l’heure du souper, et, comme le disait mon grand-père : « En retard, même pas pour le diner ! »

Sauf qu’en rentrant, pris dans l’excitation des facéties, Zinho, qui portait le grelot d’Avelino, donne un coup de cloche devant le portail de la maison de mon grand-père. Celui-ci, avec mon père, fixait une planche pour le nouveau cabinet à la lueur des chandelles. Ma grand-mère, quant à elle, préparait un « caldo verde » (une soupe traditionnelle minhote à base de choux) avec sa minutie coutumière, chantant des cantiques, entourée de ses filles Odete (12 ans), Belmira, dite Mirinha (10), et Alcinda (4), réchauffées par son affection et la lueur de l’âtre.

Au son du grelot, ma grand-mère cesse de chanter, saisie d’effroi, son visage blêmissant comme les murs chaulés du cimetière.

Avelino entre, le grelot à la main, un peu penaud. « Ne t’affole pas, mère, c’est moi et les copains qui avons joué avec le grelot. »

Mon grand-père, l’air sévère, avec Nélinho à ses côtés, toise Avelino : « T’as fait la Procession des Défunts, mon fils ? Où es-tu allé flanquer des frousses ? » 

« À Vila Fria, père », répond Avelino.

 « Vila Fria ! Viens à table et raconte-nous ça », ordonne mon grand-père. Autour du « caldo » fumant, Avelino raconte comment ils ont fait tinter le grelot devant les maisons de quelques « gredins » de Vila Fria, surtout celle de Carrones, un riche arrogant qui se donne des airs de maître du bourg. Avelino jubilait encore des cris de frayeur s’échappant de la demeure, sous les coups de cloche et d’une pluie de graviers sur le toit.

Ma grand-mère, embarrassée par ces facéties, sermonne : « Faut pas faire ça ! C’est pas bien, mon fils ! La frousse, ça peut faire du mal, et ça peut aussi t’attirer un châtiment !»

Enchaînant, elle demande : « Qui connaît l’histoire de la femme curieuse ? Manuel, raconte, toi qui sais si bien narrer. » Mon grand-père, devant la famille attentive, les visages penchés au-dessus des bols de soupe embaumant l’air, conte cette vieille légende. 


Une femme, trop curieuse, toujours à l’affût, entendit, en ce même jour de l’année, à minuit, des pas légers qui semblaient nombreux, dans la rue. En chemise, elle se posta au guichet. Elle vit une procession silencieuse, jusqu’alors jamais vue de sa vie. Tous portaient une torche. Cherchant à reconnaître quelqu’un, elle crut voir un voisin mort des années auparavant. Pour en avoir le cœur net, elle lança alors : « Hé, compère, prêtez-moi vot’ feu, comme dans l’temps, pour rallumer ma chandelle qui s’est éteinte ! » Sans un mot, le visage spectral lui tendit sa torche. À demi stupéfaite, et à moitié endormie, elle la posa machinalement dans l’âtre. Au matin, elle vit que la torche brûlait encore.

Horrifiée, elle hurla en découvrant que c’était le bras du défunt. Terrorisée, elle courut se confesser au curé, qui dit : « C’est le châtiment de la curiosité ; attends onze jours, la procession repassera, tu rendras alors le bras à ton compère. » Ainsi fit-elle, guettant à trois heures du matin pour rendre le bras. Mais au lever du jour, on trouva la femme, décédée à sa fenêtre. Tout le village murmura : « C’est l’châtiment ! C’est l’châtiment !»

« Mon Dieu ! Par tous les Saints ! » s’exclame toute la tablée effrayée. Mon grand-père esquisse un sourire discret.

Pour détendre l’atmosphère, Avelino interpelle son père : « Et ces nouvelles latrines, comment qu’elles sont ? Sont-elles pour des gens de haut rang ? »

« Qué qu’c’est ? » demande Nélinho.

 « Une autre histoire, mais celle-là, elle est plus rigolote », répond mon grand-père : « C’est une farce de Bocage. »

Manuel Maria Barbosa l’Hedois du Bocage, poète fulgurant de « l’arcadisme lusitanien », mais aussi, dans la légende populaire, un mélange de sage des Lumières, de philosophe satirique, de moraliste absurde, quintessence du génie portugais, malgré ses origines françaises. Notre Bocage, un cocktail, ou plutôt un « caldo » de Socrate, Diogène, Nasreddin Hodja et Voltaire.

« Raconte-la, Avelino, toi qui la connais bien », demande mon grand-père.

« Dans le temps où Bocage n’avait pas encore été chassé d’la Cour Royale », commence Avelino, « le Roi fit venir sa cour pour admirer ses nouveaux cabinets pour gens de haut rang. » C’étaient des latrines qui nettoyaient le derrière après usage. Toute la cour s’extasia. Bocage proposa alors que le marquis le plus huppé les inaugure. Ce marquis, curieux comme pas deux, se prévalu du rang et de l’âge pour être effectivement le premier à les honorer. « Bien trop curieux, même », poursuit Avelino. « Après son affaire, l’marquis sent qu’on lui nettoie l’derrière, et, curieux de voir comment, il se penche, les fesses tournées vers la Cour Royale, pour zieuter c’qui l’avait frotté. Mais le serviteur caché dans le sanitaire lui essuie la figure avec le même papier qu’ses fesses ».

« C’est l’châtiment ! C’est l’châtiment ! » s’écrient-ils, tout en riant, les bols de soupe à la main, autour de la chaleureuse tablée.


mercredi 28 octobre 2026

Cor Aureum : Prologue


Dans ses «Voyages dans ma Terre», Almeida Garrett confesse ceci :

« Lecteur bienveillant, à cette occasion je vais t’expliquer comment, de nos jours, nous faisons notre littérature. Il ne m’importe plus de garder le secret (…) Tu sauras donc, ô lecteur, comment nous autres faisons ce que nous te faisons lire.

S’agit-il d’un roman, d’un drame - crois-tu que nous allons étudier l’histoire, la nature, les monuments, les peintures, les sépulcres, les édifices, les mémoires de l’époque ? Ne sois pas niais, monsieur le lecteur, et ne t’imagine pas que nous le soyons. Dessiner des caractères et des situations d’après le vif de la nature, les colorer des vraies couleurs de l’histoire… cela est un travail difficile, long, délicat, qui exige une étude, un talent, et surtout du tact !… Non, monsieur : la chose se fait beaucoup plus facilement. Je te l’explique… »

Chère lectrice et cher lecteur, j’ai passé cinquante ans à écouter et à observer, et presque les mêmes cinquante années à étudier pour comprendre ce que j’observais. Histoire, nature, monuments, peintures, édifices, traditions, mémoires, psychologie… j’ai étudié tout ce que j’ai pu afin de pouvoir expliquer ce que je vais décrire au sujet de «Ma Terre».

J’espère seulement avoir fait preuve de tact suffisant.

Vous me le direz. En attendant, voici le résultat.


lundi 26 octobre 2026

Cor Aureum - 1 : Mon Minho Contrée Où Le Sel Se Fait Miel



Mon Minho, contrée où le sel se fait miel.

Terre de légendes, de magie, de foi, de labeur et d’espérance.

Anha, au sommet de la colline qui domine la pente méridionale où l’estuaire du Lima s’abandonne aux étreintes de la mer, se trouve un foyer. Une maisonnette de granit, érigée des propres mains de mon grand-père, Manuel Fernandes Ribeiro, maître tailleur de pierre qui œuvra aux derniers élans de l’édification du sanctuaire de Santa Luzia.

Dans le quartier du Monte, une placette. Tout autour, deux échoppes : celle de Zé Carvalho, blottie à l’angle de la rue du Barroco, et la taverne de l’oncle Alexandre Barros, couturier de son état, tisseur de solidarités sur le métier de la vie.

Nous sommes dans les années 1940, dans un Portugal épargné par les ravages de la seconde guerre mondiale, mais prisonnier des chaînes de la dictature et de la faim.

Pendant vingt ans, nous cheminerons sur une terre du Nord du Portugal, le Minho, où chacun, à sa manière, s’efforcera de tracer son sillon, d’échapper aux griffes du sort et d’offrir, à lui-même comme aux siens, l’avenir le plus fertile possible.

Âpres réalités, joies fugaces, fêtes éclatantes, amour, devoir, exils, histoires grandes ou petites, traditions, secrets enfouis, un monde presque évanoui, peuplé de figures et de souvenirs qui méritent l’éternité…



mercredi 21 octobre 2026

GenZ « désenchantée »

 


Koro SenSIL


lundi 19 octobre 2026

"Moins de RN - Plus de BN"


🩷 Princesse Fraisy Chouquette

L'image la plus choupi de la manif du 17 Octobre contrastant avec tout ce stupide Chaos.

J'ai croisé cette fillette non loin de la Place de la République aux mains des émeutiers qui se vidait d'une partie des manifestants à la fois inquiets pour leur sécurité comme pour leur avenir.

Je l'ai prise en photo. J'ai demandé à ChatGPT de la ghibliser, afin d'en sublimer le souvenir (poroporo), tout en préservant son anonymat, avant de la rendre publique avec le commentaire suivant:

Poupette Chérie,

Malheureusement, au vu des images cataclysmiques de ce weekend, faute d'un candidat capable d'incarner l'espoir et le redressement, loin des différentes impasses politiques de tout bord qui nous ont mené là où nous en sommes,

Le risque c'est soit le RN dès le premier tour, soit la pénurie de BN si c'est l'autre extrême qui passe...

Force à vous tous nos enfants chéris
Bisous

#17Octobre #NotreAvenirEtaitDansLaRue



dimanche 18 octobre 2026

Paris 18 Octobre 2026

Le Jour d'Après 17 Octobre
Paris Ville Lumière & Ténèbres
Neuf kilomètres d'un parcours tout en contrastes, Rive droite, de la Place de la République à l'Avenue Montaigne.
Une Place de la République à 17 heures, particulièrement électrique avec des flics épuisés mis sous tension par des apaches et des cliques de collégiens venus jouer au chat et à la souris. A peine le temps de prendre une photo de Marianne sous gilet-jaune que les grenades lacrymogènes s'abattent à nouveau sur mon passage. Me voici "gazé" ou plutôt ~ poivré ~ pour la deuxième fois du weekend #LacrymCount
J'exfiltre ma ganache assaisonnée aux épices policières vers le Canal Saint-Martin où les véhicules calcinés parsèment la voirie. Près du quai, des flammes s'élèvent. Des pompiers cherchent à y accéder mais une barricade de Vélib' détruits leur barre la route. Une mamie Titi-parisienne, aux jolies boucles grises, se jette sur le barrage pour dégager les vélos, suivie de minots, de lascars et bibi, pour l'aider. Les pomplards passent sous les applaudissements. Le feu s'éteint.
Des grappes de gosses se retrouvent autour des pontons du canal, attendant de pouvoir retourner jouer aux révolutionnaires Tiktok. Hamza Ladouane ne doit pas être bien loin. Des caisses cramées, des tags, une fresque "Lycéens Déter". "Déter" à perdre l'œil dans lequel ils se sont fourrés le doigt du vieux pervers qui les manipule ?
Ambiance musette au Jardin Villemin. Les sirènes retentissent non loin mais ne couvrent pas la musique dont profitent les Bobos.
Je redescends le Boulevard Magenta. Les stigmates de la canaillocratie sont partout. L'émotion des gérants bangladais, devant leur boutique Lycamobile dévastée du 27 Bd Magenta, coupe toute envie de leur voler un cliché. Non loin de là, je numérise le texte qui suit : "De New Delhi ' Jusqu'à Paris ' Tout le Monde ' A peur de la GenZ ' Pourvu que la GenZ ' N'aie peur de rien ! ". "Pourvu". En somme, ils ne sont pas si sûr d'eux que ça.
En tendant l'oreille, j'écoute des gens se lamenter le visage stupéfait mais aussi de vieux narvalos alcooliques du quartier célébrer la casse: "Génial, ils ont tout maravé, je voulais pas le croire mais si !". #ConvergenceDesBrutes
Des collégiens et lycéens wallah-wesh continuent de se diriger vers République. Des petits renois viennent pour casser pendant que des travailleurs noirs nettoient les sombres dégâts en ce dimanche ensoleillé.
Des enfants de bourgeois, étudiants, aussi bêtes qu'ils en ont l'air, avec leurs têtes rouges, violettes ou bleues, criblées d'un regard aussi fanatique qu'arrogant, ramènent leur fraise pour faire les malins et coller des stickers LFI et Cie.
Strasbourg-St-Denis. D'un côté, une portion de la façade de la Société Générale a été réduite à l'état de gravats destinés à servir de projectiles "anticapitalistes". De l'autre, devant le KFC, une grande hétaïre asiatique me lance: "tu veux faire l'amour". Je réponds: non Madame, merci Madame, bonne soirée Madame. #AhhhLAmour
Plus loin, un kiosque détruit, graffé du slogan suivant: "A ceux qui vivent ' A ceux qui luttent ' A ceux qui résistent". Le kiosquier qui a perdu son gagne pain appréciera. Détail notable: La seule affiche qui demeure intacte dans cet édicule vandalisé, est celle du JDNews consacré à David Lisnard. Dois-je croire qu' #IlSePasseQuelqueChose ?
Je poursuis sur les Grands Boulevards : Terrasses bondées ; Boomers cherchant leur Uber ; Bourgeois sortant des salles de spectacle ; Touristes déambulant et Parisiens commentant les faits "hallucinants" de la veille.
Régulièrement, des traces de merde nihiliste accrochent le regard. Visiblement la Place Vendôme a eu chaud. Un Arc'teryx pillé porte le slogan: "Arc'teryx pour tous.tes Cheh". Le McDo de la Madeleine s'est fait caillasser.
Je pousse jusqu'à l'Avenue Montaigne qui porte des marques d'assaut. Christian Dior se barricade derrière des grilles avec des golgoths d'élite prêts à monter la garde jusqu'à pas d'heure.
Je termine mon périple vers 20 heures aux Invalides où une unité mobile des "Restos du Coeur" distribue vivres, soupe chaude et réconfort à des démunis. Le temps se refroidit. La nuit est là. Une demi-douzaine de Vélib' conduits par des cailleras noires en survêts bruns, portant des petits choufs à l'arrière, foncent en direction du Pont Alexandre III, afin de rejoindre de toute évidence, les zones de pillage.
Ce n'est que le début des vacances scolaires...

ClemenSIL

#MaisQuelBordel #LaPurge #FrenchNightmare



Les abords de République 


Quai de Valmy


Fresque de la Placette de la Fontaine Arceau


"De Delhi jusqu'à Paris" signé GenZ


Le kiosquier sans kiosque appréciera 
cette poésie insurrectionnelle à deux balles



Arc'teryx pillé par Nihilix 


Vendôme a eu chaud


Dior sous cotte de mailles


Attention ! Le prochain rdv est déjà pris


Le Sheytan 7mer manipulant nos enfants
Pour en faire de la chair à canon politique


LFI C'est les Ténèbres