Outre l’intérêt propre à ce livre autobiographique de la
passionnante journaliste Christine Garnier, il m’aura surtout permis de mieux
cerner l’esprit malade de Salazar.
Cette femme libre, spontanée, vivante, empathique, perspicace, en quête d’absolu, qu’était Christine Garnier, ne dit pas tout, cache certaines choses sans doute par « fidélité », mais elle dit suffisamment de son époque, sur elle-même et surtout sur Salazar pour comprendre bien des choses.
Toute la vie et aspirations pas toujours cohérentes de Christine Garnier, ne pouvaient que l’amener à sa passion pour Salazar. Et des éléments de la vie comme de la personnalité de Salazar ne pouvaient que l’amener à fendre un peu l’armure suite au coup de foudre.
Ce livre ainsi que d’autres lectures permettent d’établir un profil enkysté autour des symptômes du « Trouble de la personnalitéobsessionnelle-compulsive » (TPOC, à ne pas confondre avec le TOC) : la ritualisation de ses journées ; les troubles de l’humeur ; la préoccupation excessive pour les détails, les règles et la hiérarchie ; le souci excessif de l’ordre et de la perfection ; un puritanisme aux prises avec des pulsions sexuelles fortes ; le contrôle et l'exigence que les autres se soumettent à ses volontés et à sa façon de faire (seule condition pour qu’il accepte de déléguer) ; le dévouement quasi exclusif au travail ; la croyance selon laquelle il est le seul à pouvoir faire ce qu’il fait ; l'expression restreinte des émotions ou alors théâtralisées ; l’entêtement et la rigidité ; l’avarice (pour ses proches comme pour le pays) ; le tout accompagné de comorbidités telle que l’anxiété, la mélancolie et la dépression mais aussi du caractère égosyntonique du trouble.
Christine Garnier, la femme libre qui a aimé un Dictateur…
La grille de Millon permet même d’affiner l’analyse :
J’hésite entre « puritain compulsif » et « bureaucrate compulsif » qui a ma préférence au vu des tendance narcissiques de Salazar. (voir par ici)
« Puritain compulsif » : Ils éprouvent de fortes pulsions internes qu'ils contrecarrent avec véhémence par le recours à la religion. Ils luttent constamment contre leurs pulsions et leurs désirs sexuels, qu'ils jugent irrationnels. Ils tentent de purifier et d'apaiser ces pulsions en adoptant un mode de vie froid et détaché. Ils se créent un ennemi, comme les « non-croyants » ou les « fainéants », sur lequel ils déversent leur hostilité. Ils se montrent condescendants, sectaires et zélés envers autrui. Leurs croyances sont polarisées entre « bien » et « mal ».
« Bureaucrate compulsif » : Le bureaucrate compulsif présente des traits narcissiques en plus de sa compulsion. Il défend avec ferveur la tradition, les valeurs et la bureaucratie. Il chérit les organisations hiérarchisées et se sent rassuré par la définition claire des rôles entre subordonnés et supérieurs, ainsi que par la connaissance précise des attentes et des responsabilités. Son identité est liée au travail ; il projette une image de diligence, de fiabilité et d’engagement envers son institution. Il conçoit le travail et la productivité de manière binaire : soit c’est fait, soit ce n’est pas fait. Il peut user de son pouvoir et de son statut pour inspirer la peur et imposer l’obéissance à ses subordonnés si ceux-ci ne respectent pas scrupuleusement les règles et les procédures, et tire une satisfaction personnelle du sentiment de contrôle et de pouvoir ainsi acquis.
:) En passant, lorsque tu comprends pourquoi pas mal d’observateurs
parlaient des aspects « féminins » ou maniérés de Salazar, pourquoi une
partie du peuple l’appelait « A Senhora » voire même pourquoi des
rumeurs courraient sur son homosexualité et le couple qu’il aurait formé avec
le Cardinal Cerejeira : « La personnalité obsessionnelle »
