jeudi 30 juillet 2026

Lucrèce de Lacanau : “Suaue, mari magno”


« Il est doux, quand sur la vaste mer les vents soulèvent les flots,
de contempler depuis la terre les rudes épreuves d’autrui ;
non que l’on trouve grand plaisir aux tourments de personne,
mais parce qu’il est doux de voir les maux auxquels soi-même on échappe ; »
“Suaue, mari magno turbantibus aequora uentis
E terra magnum alterius spectare laborem ;
Non quia uexari quemquamst iucunda uoluptas,
Sed quibus ipse malis careas quia cernere suauest ; »
Lucrèce, De Rerum Natura, II, 1-36.
Photo de Maximilien Lamy pour l’AFP retravaillée par bibi avec Grok


mercredi 29 juillet 2026

« Que faire des pyromanes ? »


A l’heure où d’aucuns s’interrogent sur le traitement le plus adapté aux incendiaires, voici ma proposition :

En matière de peines et de réinsertion, je serais favorable au TIG pour les pyromanes.
Largage au-dessus des incendies qu'ils devront éteindre "avec leur bite et leur couteau".
Après la destruction d’une partie du doux et riant « domaine des sylvains » qu’est ma tant aimée Forêt de Bière,
A l’instant où ma rage devant d’aussi cruelles destructions éteint la moindre fascination pour le feu sorti de son foyer,
Qu’on me laisse user de cette « politesse du désespoir » qu’est l’humour plutôt que de la hache qui me démange…

SILvestre

#MerciCharlie #ToujoursCharlieHebdo


lundi 27 juillet 2026

L'Odyssée 2026 de Nolan


L’Odyssée 26 faute d’Ulysse 31 ;)
Attention film culte !
On ne va pas se mentir. Nolan aurait pu nous épargner le coup du Dark Vador Agamemnon. Quant au casting sino-pakistano-congolais qui fait d’Ithaque et de la Grèce une Ile Britannique battue par des vagues de migrants, il pique un peu les yeux. Notamment par la présence de la médiocre Helen of Detroit, aux bras tout sauf « d’albâtre » (Iliade 3:119), qui pour peu manque de nous livrer son « chant » en rap. Quitte à faire dans le «whiteface, les acteurs auraient pu se poudrer la tronche.
Perso j’aurais préféré Sydney Sweeney dans le rôle d’Hélène et Gal Gadot dans celui d’Athéna. Encore que Zendaya ne dénote pas en fille de Zeus meurtrie par le manque de sagesse des hommes. Mais je suppose que l’on ne pouvait pas tout avoir. On nous offre déjà les sublimes Charlize Theron et Anne Hathaway, donc…
Blague à part, m’est avis que ce choix répond non seulement à la « xenia » (loi de l’hospitalité grecque ) qui est au cœur de l’œuvre mais surtout explique le succès du film. Ma salle de banlieue était remplie d’un public d’âges et origines très variées pour une séance en VO. Je suppose que les polémiques prévisibles participent de ce très bon coup marketing.
Sur le fond, le film est très bien écrit, le tout éclairé par des apports historiques récents. Mais surtout cette Odyssée 2026 est fidèle à cette bible indo-européenne occidentale qu’est l’Iliade et l’Odyssée. Nolan démontre qu’il a non seulement compris « Homère » mais aussi les piliers de notre civilisation. Le caractère initiatique et expiatoire du voyage d’Ulysse est très bien rendu. La loi de Zeus est un extraordinaire fil conducteur qui parle au passé comme au présent : "accueille le mendiant comme l'étranger avec dignité car il est peut-être un dieu déguisé" mais malheur à celui qui s'assoit à la table de son hôte avec une arme ou qui abuse de cette hospitalité car il brise ainsi la loi de Zeus. Les adieux de Calypso sont merveilleux. Et le monologue d’Ulysse aux pieds de Pénélope est d’une puissance rare. Il donne envie de se rendre en pèlerinage sur l’ile d’Ithaque, chose que j’espère faire un jour.
Un film culte, à plus d'un titre, donc, à voir et à revoir…

Les Cahiers du SILnéma


jeudi 4 juin 2026

Christine Garnier, le Dictateur Salazar et son Trouble de la personnalité anankastique

 


"Jusqu'où voient mes yeux" Christine Garnier 

Outre l’intérêt propre à ce livre autobiographique de la passionnante journaliste Christine Garnier, il m’aura surtout permis de mieux cerner l’esprit malade de Salazar.

Cette femme libre, spontanée, vivante, empathique, perspicace, en quête d’absolu, qu’était Christine Garnier, ne dit pas tout, cache certaines choses sans doute par « fidélité », mais elle dit suffisamment de son époque, sur elle-même et  surtout sur Salazar pour comprendre bien des choses.

Toute la vie et aspirations pas toujours cohérentes de Christine Garnier, ne pouvaient que l’amener à sa passion pour Salazar. Et des éléments de la vie comme de la personnalité de Salazar ne pouvaient que l’amener à fendre un peu l’armure suite au coup de foudre.

Ce livre ainsi que d’autres lectures permettent d’établir un profil enkysté autour des symptômes du « Trouble de la personnalitéobsessionnelle-compulsive » (TPOC, à ne pas confondre avec le TOC) : la ritualisation de ses journées ;  les troubles de l’humeur ; la préoccupation excessive pour les détails, les règles et la hiérarchie ; le souci excessif de l’ordre et de la perfection ; un puritanisme aux prises avec des pulsions sexuelles fortes ; le contrôle et l'exigence que les autres se soumettent à ses volontés et à sa façon de faire (seule condition pour qu’il accepte de déléguer) ; le dévouement quasi exclusif au travail ; la croyance selon laquelle il est le seul à pouvoir faire ce qu’il fait ; l'expression restreinte des émotions ou alors théâtralisées ; l’entêtement et la rigidité ; l’avarice (pour ses proches comme pour le pays) ; le tout accompagné de comorbidités telle que l’anxiété, la mélancolie et la dépression mais aussi du caractère égosyntonique du trouble.

Christine Garnier, la femme libre qui a aimé un Dictateur…

La grille de Millon permet même d’affiner l’analyse :

J’hésite entre « puritain compulsif » et « bureaucrate compulsif » qui a ma préférence au vu des tendance narcissiques de Salazar. (voir par ici)

« Puritain compulsif » : Ils éprouvent de fortes pulsions internes qu'ils contrecarrent avec véhémence par le recours à la religion. Ils luttent constamment contre leurs pulsions et leurs désirs sexuels, qu'ils jugent irrationnels. Ils tentent de purifier et d'apaiser ces pulsions en adoptant un mode de vie froid et détaché. Ils se créent un ennemi, comme les « non-croyants » ou les « fainéants », sur lequel ils déversent leur hostilité. Ils se montrent condescendants, sectaires et zélés envers autrui. Leurs croyances sont polarisées entre « bien » et « mal ».

« Bureaucrate compulsif » : Le bureaucrate compulsif présente des traits narcissiques en plus de sa compulsion. Il défend avec ferveur la tradition, les valeurs et la bureaucratie. Il chérit les organisations hiérarchisées et se sent rassuré par la définition claire des rôles entre subordonnés et supérieurs, ainsi que par la connaissance précise des attentes et des responsabilités. Son identité est liée au travail ; il projette une image de diligence, de fiabilité et d’engagement envers son institution. Il conçoit le travail et la productivité de manière binaire : soit c’est fait, soit ce n’est pas fait. Il peut user de son pouvoir et de son statut pour inspirer la peur et imposer l’obéissance à ses subordonnés si ceux-ci ne respectent pas scrupuleusement les règles et les procédures, et tire une satisfaction personnelle du sentiment de contrôle et de pouvoir ainsi acquis.

:) En passant, lorsque tu comprends pourquoi pas mal d’observateurs parlaient des aspects « féminins » ou maniérés de Salazar, pourquoi une partie du peuple l’appelait « A Senhora » voire même pourquoi des rumeurs courraient sur son homosexualité et le couple qu’il aurait formé avec le Cardinal Cerejeira : « La personnalité obsessionnelle »

SILgmund Freud  


vendredi 22 mai 2026

Charivari et Présomption d'Innocence

 


Gérard Depardieu : 20 accusatrices, 6 plaintes
Gérard Miller : 27 accusatrices, 6 plaintes
Patrick Bruel : 30 accusatrices, 9 plaintes
PPDA : 28 plaintes
C’est moi où il y aurait comme une sorte d’ignoble défi téléthon dans le milieu germanoporcin ?
La « présomption d’innocence » ayant bon dos, je rappellerai, à l’instar d’Emile : On peut présumer innocent une fois 1000 personnes, mais on ne peut pas présumer innocent une personne 1000 fois
PS: En attendant la vérité judiciaire (agresseur, violeur, ou pas), la civilisatrice morale sociétale, l'entrepôt de casseroles et le pouvoir médiatique des mis en cause, appellent un indispensable bon vieux Charivari...

lundi 18 mai 2026

Samuel Paty : L’Abandon

 


Plus qu’un film, un document historique
Tous ceux qui connaissent l’affaire et les sujets traités, sauront à quel point ce film, factuel, raconté avec la rigueur et la lucidité d’un médecin légiste mais également une profondeur et une sensibilité des plus humaines, est juste. A la fin, je suis resté dix bonnes minutes, dans le noir, à pleurer de peine et de révolte, pendant que des souvenirs me revenaient en mémoire.
Courant 2002, au cours d’un diner avec trois des co-auteurs du livre « lanceur d’alerte », « Les Territoires Perdus de la République », nous parvenons à la conclusion que la condescendance et la lâcheté mèneront l’Education Nationale à la catastrophe.
Eté 2003, je quitte l’Education Nationale. Marre de la très hypocrite lâcheté institutionnelle, de la bienpensante démagogie ou de la condescendance bourgeoise dont une partie de la salle des profs affuble les gamins des quartiers populaires. Marre de prendre des risques et des coups à la place des bureaucrates pleutres et des politicards couards. Marre de faire partie des rares « hussards noirs » qui tiennent à poser un cadre, qui sont aussi exigeants avec les gamins de cité qu’avec nos chères « têtes blondes », qui les aime assez pour les engueuler et espérer les voir grandir et réussir. Marre au final de me sentir de moins en moins utile aux « miens », les enfants du peuple.
Je disais alors que ‘je partais car je ne voulais pas finir par assister aux funérailles de cette école exigeante et émancipatrice qui m’avait fait, de cette école républicaine chérie dont j’étais l’enfant’. En voyant ce film, je me suis rendu compte, que l’assassinat de Samuel Paty par des fanatiques symbolisait ces funérailles auxquelles je ne voulais pas assister. D’où mon émotion. D’où ma rage. D’où ma révolte car rien n’a changé…

SILmuel Paty