dimanche 13 novembre 2016

Mon 13 Novembre 2015 en Israël (2/4)


Vendredi 13 novembre 2015. 6 heures du matin. Je suis à Ben Gourion. Après avoir quitté l’avion et avoir répondu à deux trois questions de l’officier de l’immigration, reçu mon visa d’entrée, je suis l'un des premiers passagers devant le tapis de réception des bagages. Je suis pressé.

Surprise ! Mon sac à dos est le premier bagage à se retrouver gerbé sur le tapis. Je le réceptionne et l’ouvre pour voir si tout est OK à l’intérieur. Je pense comprendre, alors, un peu mieux certaines réactions de David et Salomon. Mon sac a été intégralement fouillé. Passé ce constat, j’imagine la tête qu’ils ont dû faire devant mon pingouin Ulis en peluche et la petite fée Clochette que mes filles glissent toujours dans la plus petite poche de mon sac, histoire de me porter chance lors de mes voyages.

Je me dirige, toujours aussi pressé, vers l’aire de stationnement des « sherout », les taxis collectifs. Je dois me rendre à Jérusalem et j’ai une heure de retard sur le programme initial. D’autant plus pressé qu’il me faudra quitter Jérusalem pour Tel Aviv par l’un des derniers bus avant que le service routier ne s’interrompe pour Shabbat. Un sherout est sur le point de partir. Je règle les 60 shekels (12 euros) pour la course. Et c’est parti mon kiki… 

Je suis assis au deuxième rang derrière le chauffeur. Devant moi, un couple de touristes américains et une française juive d’une cinquantaine d’années ayant tout de la bourgeoise parisienne faisant le saut à Jérusalem pour le weekend. Le sherout avale l’asphalte des infrastructures routières en croissance permanente. Des massifs forestiers défilent sur les côtés. Puis nous voilà arrivant dans la banlieue de Jérusalem. Le taxi dépose les premiers passagers dans un quartier où des pancartes d’accueil en espagnol, visiblement adressées à la communauté juive sud-américaine, ponctuent le paysage urbain.

Au tour de la bourgeoise parisienne maintenant. Avant de déposer tous les autres passagers à la gare routière, le sherout doit en effet laisser notre Géraldine au pied d’un hôtel. Mais il y a un problème. Du fait de travaux de voirie, le chauffeur signifie à notre parisienne qu’il ne va pas pouvoir la déposer en bas de l’hôtel, faute de se trouver dans le sens de la marche du taxi, mais sur le trottoir en face de son hôtel. Madame manifeste son mécontentement. Elle ne veut pas traverser l’avenue avec ses bagages. Le conducteur lui signifie qu’il lui faudrait effectuer un grand détour pour la déposer au pied de l’hôtel. Oubliant toutes ses bonnes manières parisiennes, vociférant dans un mélange d’hébreu et de français, la Géraldine pète un scandale. Le couple de touristes américains rigole discrètement en se disant « ah les Françaises ». Le chauffeur du sherout explique impassible qu’il ne peut pas faire autrement et s’arrête face à l’hôtel, de l’autre côté de l’avenue. Géraldine vocifère de plus belle, telle une môme dont on n’aurait pas satisfait le tout dernier caprice. Un malaise s’installe dans le sherout. Un jeune homme, à l’arrière du sherout se propose d’aider notre Géraldine à porter ses affaires jusqu’au pied de l’hôtel. Géraldine se calme immédiatement.  Ravie, elle suit ce brave jeune David qui l’aide à porter ses bagages. David revient en courant. Nous pouvons repartir. Quelques minutes plus tard, nous voilà à la gare routière de Jérusalem.

Je remonte l’avenue de Jaffa à pied en direction de la vieille ville. Il fait particulièrement beau et doux en ce mois de novembre. Le ciel est d'un bleu flamboyant. En marchant, je reconnais la vitrine du salon de coiffure devant lequel une tentative d’attentat au couteau avait eu lieu sur des passants quelques jours auparavant. Le gérant était sorti de son salon et avait neutralisé l’un des assaillants avec une chaise, pendant que l’autre jeune terroriste arabe, sacrifié lui aussi sur l’autel du nationalisme antisémite arabo-islamique, se faisait abattre par un israélien armé.

Avant de faire un crochet par le marché « Mahane Yehouda »,  je passe sous les lampadaires coquelicots de la place Valero. Les pétales se soulèvent sous mon passage. Ça me fait rire. Je file derechef. Après plusieurs centaines de mètres, je rentre dans la vieille ville de Jérusalem par la Porte de Jaffa et me dirige vers les pavés de la rue de David, direction l’esplanade du Mur Occidental du Mont du Temple, mieux connu en France sous l’appellation de l’esplanade du Mur des Lamentations. C’est là que failli se terminer mon périple. A peine j'emprunte les premiers pavés de la rue de David, jalonnée d’échoppes tenues par des arabes israéliens, que je dérape. Les pavés sont particulièrement glissants. Heureusement que je me rattrape à temps. L’idée de finir la tête dans la vitrine d’un magasin de souvenirs ne me plaisait pas plus que ça, sans oublier les titres des journaux que cela n’aurait pas manqué de produire : « sioniste intégriste français vandalise une échoppe palestinienne dans la vieille ville de Jérusalem AFP ».

Je dévale donc la rue de David, en faisant un peu plus attention, pas tant aux terroristes éventuels, qu’aux pavés glissants. Je croise quelques soldats en faction et je remarque que les marchands arabes semblent bien plus inquiets par l’absence de touristes générée par la récente vague d’attaques au couteau que par « l’oppression sioniste ».

Je m’emmêle un peu les pinceaux routiers dans les dédales du vieux souk, où des marchands désœuvrés devisent entre eux,  mais je finis par trouver l’entrée de l’esplanade du Mur Occidental. Il y a un portique de sécurité. Le soldat est un peu surpris de me voir avec un gros sac à dos, m’examine attentivement, passe mon sac aux rayons X, puis me laisse passer.

Séquence émotion. Me voilà au Kotel, sur l’esplanade du Mur Occidental du Mont du Temple. J’observe la foule présente. Il y a de tout, du juif, du chrétien, comme du musulman. Une très grande tolérance règne en ce lieu. Toute personne peut s’approcher du Saint des saints du monde spirituel juif. Chacun peut y célébrer sa foi comme il l’entend. Aussi bien en silence qu’en chantant. Personne ne juge qui que ce soit. Chacun est pris dans son dialogue personnel avec le Sacré. Nulle part ailleurs je n’ai perçu cela. Ce lieu est réellement unique.

Je quitte le Kotel particulièrement ému. « L’an prochain à Jérusalem », pour moi, c’est fait. J’effectue un passage par le Saint-Sépulcre quasi déserté par le tourisme, puis par le siège du patriarcat arménien. Je quitte la vieille ville, dépose ma très attendue carte postale dans la boite aux lettres, et reprends fissa l’avenue de Jaffa dans l’autre sens direction la gare routière. Il faut que je me presse avant que les rideaux ne tombent pour shabbat.

La Gare routière se situe, en fait, dans un centre commercial de 7 étages. Au rez-de-chaussée se trouvent deux portes d’entrées munies de portiques à rayon X. Ces systèmes n’empêchent pas la fluidité des allées et venues dans le complexe, ce qui me fait dire qu’ils sont donc facilement adaptables à toutes gares et autres sites sensibles. Je prends la mesure du complexe tout en gravissant les escalators vers le 4e étage.

Il est 13 heures. Dans une heure, les services de transports devraient cesser de fonctionner. Je me dirige vers un guichet et demande un trajet pour Tel Aviv. La guichetière m’annonce le prix : 19 shekels soit 5 euros. Le faible coût des transports publics en Israël m’étonnera toujours. Je prends mon billet et me dirige vers la plateforme numéro 15, d’où partent les bus pour Tel Aviv. Je fais la queue comme tous ces jeunes gens qui souhaitent quitter Jérusalem la religieuse pour Tel Aviv la fêtarde. Un bus part toutes les dix minutes. Je finis par prendre place à bord du mien. Un vieux bus qui fonce sur Tel Aviv.

Une heure plus tard, j’y suis. Changement de décor. Autant Jérusalem sent la prière. Autant Tel Aviv transpire la vie. Celle d’une ville au niveau de vie ibérique mais au dynamisme et au développement  économique beaucoup plus appuyé. Je suis bien là !

Je contacte Dod Z pour lui dire que je suis bien arrivé à Tel Aviv et que je me dirige du côté de chez lui, dans la banlieue tranquille de Ramat Gan. J’y arrive enfin vers 15 heures. Ce que je peux être content de les voir, lui et tante Belle. Après les embrassades d’usage, la remise du ballotin de chocolats demeuré intact, je dépose mon paquetage, prends une bonne douche et me prépare pour une première sortie. Histoire de laisser tante Belle préparer tranquillement le repas de shabbat, Dod Z m’emmène du côté de la vieille gare ferroviaire de Jaffa. L’endroit est absolument charmant. Des petits bars ou restaurants sont l’un des cadres idéaux de la dolce vita Telavivienne.

Repas de shabbat. Nous discutons de choses et d’autres. Puis la conversation se fait plus politique. Paradoxalement, la situation en France les inquiète plus que celle en Israël. Je suis bien d’accord avec eux. Je leur dis qu’étonnamment, je me sentais bien plus en sécurité à Jérusalem, malgré les dizaines d’attaques, entouré de gens calmes en mesure de réagir, qu’en France, entouré de lapins aux yeux pris dans les phares du 4x4 de l’Histoire, n’ayant toujours pas pris la mesure de la lame de fond qui menace nos sociétés. Ils voient parfaitement ce que je veux dire. Je leur fait part de mon pessimisme. Au vu de la fatigue du voyage et du périple de la journée, je décide de me coucher assez tôt.

Nous sommes le 13 novembre 2015. Il est 22 heures à Tel Aviv,  21 heures à Paris. Dans 20 minutes, les attentats du 13 novembre auront lieu.

samedi 12 novembre 2016

Mon 13 Novembre 2015 en Israël (1/4)


Jeudi 12 novembre 2015. Il est 20h30. Mon vol pour Ben Gourion est à 23h10. J’arrive suffisamment à  l’avance au Terminal 3 de Roissy en me disant que les contrôles de sécurité seront particulièrement longs par ces temps de folie terroriste. En cherchant les informations sur mon vol, je remarque qu’il n’est pas affiché. Je demande aux charmantes hôtesses du comptoir « informations » s’il est normal que le vol de la compagnie Arkia ne figure pas sur le panneau d’affichage. Celles-ci, très aimablement, vérifient l'état de ma réservation effectuée via Last-minute. Tout leur semble établi en bonne et due forme. Après des recherches complémentaires, elles apprennent que mon vol aurait décollé en début d’après-midi. Je découvre donc que mon vol est parti sans que la compagnie Arkia ni l’agence Last-Minute m’en informent.

Me voilà tout contrarié. Je suis attendu à Tel-Aviv et je dois passer avant ça par Jérusalem. Je leur demande s’il y a d’autres vols de prévus ce soir pour Ben Gourion. Toujours aussi aimablement, elles se renseignent et m’indiquent qu’il y a un vol Air France et un vol El Al pour Ben Gourion ce soir autour de 23h30, et qu’il y a des places disponibles. Le Terminal Air France est le plus proche. Je fonce avec mon sac à dos vers celui-ci. Une fois devant le comptoir, je demande le prix du vol. Il est exorbitant. Je décline l’offre en souriant. Me voilà courant de nouveau avec mon sac à dos dans les couloirs de Roissy direction le Terminal 2A. Je croise des militaires que ma course, sac-à-dos, n’inquiète pas plus que ça. A leur place j’aurais sans doute été sur le qui-vive.

Au bout du Terminal 2, j’arrive enfin au comptoir d’El Al. Je pose mon sac à terre. Je suis en sueur. L’un des membres de la gendarmerie mobile en faction à l’entrée de la zone El Al me scanne du regard. Quoi de plus normal. J’explique ma mésaventure à l’hôtesse d’El Al. Celle-ci m’indique que je ne suis pas le seul dans ce cas et que d’autre passagers Arkia sont pris en charge par El Al. Voilà une bonne nouvelle. Elle se renseigne auprès du siège pour vérifier si je fais partie de la liste. Après 30 minutes d’attente elle m’indique que ce n’est pas le cas. Zut ! Je lui demande le prix de l’aller pour Israël. Il est autrement plus raisonnable que celui d’Air France. Je prends un aller vu que le retour d’Arkia que je dois prendre est confirmé sur les fichiers de l’aéroport. Me voilà rassuré. Je vais pouvoir partir comme prévu. Or c’est là que l’aventure commence.

Un employé d’El Al, pas très grand, gaillard, à la mine sympathique, et que l’on appellera David, me demande mon passeport pour vérifications. Je lui tends bien volontiers et attends un peu en retrait. Je remarque que le président du consistoire israélite fait partie des passagers. David revient quelques minutes plus tard et me rend mon passeport.

Une femme, que l’on appellera Rachel, s’approche alors de moi et me dit en anglais qu’elle va devoir me poser un certain nombre de questions pour des raisons de sécurité. Rien d’étonnant. Je connais la procédure. Par contre, par tous les dieux, ce qu’elle est belle. Grande, brune, élancée, le type plutôt slave, elle me demande l’objet de mon voyage, pourquoi je n’ai pas de réservation d’hôtel, chez qui je vais, d’où je le connais, etc. Puis de façon plus surprenante, mon métier, de quelle origine est mon nom et ce que pensent mes parents de mon voyage en Israël. Une fraction de seconde, je rigole intérieurement en me disant que mon nom germano-ibérique est plus antisémite que juif même s’il cache des racines hébraïques. Quant à mes parents, surtout ma mère, il ne vaudrait mieux pas qu’ils sachent que je vais en Israël en plein intifada des couteaux. Je réponds à ses questions de manière très factuelle tout en me perdant de plus en plus sur les magnifiques traits du visage de Rachel. Je me marre de nouveau intérieurement. Je me dis qu’elle est forcément formée en psychologie comportementale, en synergologie et en analyse des réactions corporelles. Par conséquent, au vu de mes pupilles dilatées et autres manifestations d’émotivité esthético-erotiques, elle doit se rendre compte que se tient devant elle, non seulement tout le contraire d’un antisémite mais plutôt un garçon de plus en plus sensible à son charme ashkénaze. Elle s’en rend compte. Quelques versets du cantique des cantiques me viennent à l’esprit. « Ô mon amie, tes joues sont belles au milieu des colliers, ton cou est beau au milieu des rangées de perles ». Je sens poindre comme une légère rougeur pourpre au niveau de ses très jolies pommettes. 

Elle termine son interrogatoire et va rejoindre un homme en retrait sur la gauche que je n’avais pas remarqué, à qui elle semble résumer notre entretien. Grand, la quarantaine finissante, mais surtout, absolument tout de l’ancien officier d’un service de sécurité, type Shin Beth ou autre, et que l’on appellera Salomon. Tout en écoutant le rapport de Rachel, Salomon me scanne de la tête aux pieds. Cette très gênante impression de mis à nu par un professionnel me parcourt un bref instant l’esprit.

Je me rends alors subitement compte que je suis chez El Al, la compagnie la plus sûre au monde, que j’ai un profil pas forcément rassurant, encore moins dans le contexte actuel, et qu’ils sont là pour tout sauf rigoler. Je perçois d’ailleurs une certaine tension que ma présence suscite et que mon ravissement de pouvoir embarquer dans cet avion pour Israël avait jusqu’alors camouflé.

Rachel revient, avec une autre collègue au type séfarade particulièrement prononcé que l’on appellera Deborah. Elles me demandent où sont mes bagages. Je leur indique que je n’ai qu’un sac à dos, que je prévoyais d’emmener avec moi, comme d’habitude, en cabine. Elle me dit que mon sac devra aller en soute. Je lui indique que j’ai à l’intérieur du sac un appareil photo que je souhaiterais embarquer avec moi en cabine. Rachel et sa collègue examinent mon DSC-HX300, retournent voir Salomon, puis reviennent me dire que mon appareil photo ne pourra pas monter avec moi du fait d’une panne de leur scanner spécialisé dans l’analyse des appareils photo. Voilà une nouvelle qui m’agace. Je le leur signifie. Elles m’indiquent que le temps que j’enregistre mon bagage, elles vont voir ce qui peut être fait. J’enregistre mon sac qui part sur le tapis direction les soutes puis je reste là, devant le comptoir plusieurs minutes, avec mon appareil photo. On m’expliquera plus tard qu’il s’agissait non pas de voir ce qui pouvait être fait pour mon appareil mais d’analyser mes réactions filmées et retransmises dans une pièce à côté.

Je suis le dernier passager au comptoir enregistrement des bagages. Au bout de dix minutes, je plaisante avec l’hôtesse du comptoir en lui disant « j’espère que le vol ne partira pas sans moi ». Elle prend ma remarque au premier degré et se charge de me rassurer en me précisant que le vol partira avec 45 minutes de retard.

Sur ce, reviennent Deborah et Salomon qui m’expliquent qu’il n’y a rien à faire pour mon appareil photo. Celui-ci devra rester dans l’armoire du comptoir El Al de l’aéroport. Je manifeste mon désappointement. Sur un ton calme, Déborah m’explique de nouveau le sens de cette nécessité. Je le dépose au comptoir en me disant que je ferai des photos avec mon iPhone. Cela fait, on me remet ma carte d’embarquement et je me dirige enfin, mi-heureux, mi-agacé pour mon appareil photo, vers la zone d’embarquement. Un bref instant perdu dans mon agacement, j’hésite sur l’escalier à prendre et me retourne pour voir si j’ai pris le bon chemin. Je remarque en faisant cela que Salomon marche une vingtaine de mètres derrière moi. Je me dis « la vache, ça ne rigole pas ; s’il savait à quel point je cherche à être tout sauf un danger pour les Juifs et Israël »…

J’arrive devant la zone de contrôle avec mon seul billet, passeport et une sacoche type « banane » comportant mon portefeuille et deux smartphones. Je passe les différents détecteurs et me dirige vers la zone d’embarquement. Soudainement, je souris. Quelle bonne surprise ! Dans la galerie marchande se trouve une boutique de « la Maison du Chocolat » encore ouverte. Je me dis que cela fera plaisir à Dod Z et tante Belle. Je sors de la boutique tout heureux avec mon ballotin de chocolats. Et là, nouvelle surprise. David, l’agent de sécurité d’El Al qui avait contrôlé mon passeport vient vers moi et me demande ce que j’ai dans le sac. Un peu surpris, mais finalement de moins en moins, je lui tends mon sac et lui indique qu’il s’agit de chocolats. Il me demande de le suivre.

Je lui demande très tranquillement pourquoi. Tout aussi calmement, il me précise qu’il s’agit de faire deux trois vérifications supplémentaires. Je l’accompagne. En passant devant tous les passagers assis dans la zone d’embarquement, j’ai du mal à réprimer une question. « Quelles sont les raisons de ces contrôles supplémentaires ?». Il me répond que ce sont là des contrôles habituels chez El Al. Je me dis « habituels ou pas, mon petit David, je suis le seul à te suivre je ne sais où ? ».

Nous prenons une porte puis un escalier qui descend vers le tarmac. Nous rentrons dans une petite pièce où Salomon nous attend. Sur un ton respectueux et en mettant toujours les formes de politesse, ils vont me demander d’enlever mon blouson, qu’ils analyseront aux rayons alpha, mes chaussures qui passeront également à la radio, mais aussi de déboutonner mon pantalon afin qu’ils puissent passer le détecteur de métaux au plus près de ma matraque télescopique. « Je suis désolé de vous demander cela, mais vous serait-il possible de déboutonner votre pantalon ? ».  Il est certain que les formules de politesse sont respectées. Je lâche alors, un peu goguenard, en imaginant comiquement que l’étape suivante sera une non moins polie fouille rectale, « à l’évidence, j’ai droit à la totale ». Ils passent le détecteur de métaux, puis me remercient en m’invitant à me rhabiller. Pendant que je me ressape, Salomon quitte la salle de fouilles. David me demande de vider ma petite sacoche ventrale. Portefeuille, ok ! Smartphone 1, je l’allume, ok ! Smartphone 2, je l’allume également, c’est ok !

Dans ma banane, il remarque alors une toute petite sacoche. Il me demande ce qu’il y a dedans. Je lui explique qu’il s’agit de mes bijoux de baptême que je compte emmener avec moi en Israël. Il me demande d’ouvrir la sacoche. Là, c’est moi que veux voir sa réaction. Face à ma croix de Jérusalem et mon étoile de David, bijoux du rejeton d’une vieille famille aussi croisée que marrane, il a un léger mouvement de recul. Je range mes bijoux de famille.

Si humainement, il voit très bien à qui il a affaire, professionnellement il n’en a pas moins un strict protocole à respecter. Je commence à admirer le professionnalisme de l’équipe.

Il m’indique, toujours sur le même ton poli, que nous allons rejoindre la zone d’embarquement, que cependant je resterai assis à l’écart des autres passagers, puis que je monterai à bord en premier afin que l’on m’installe à l’arrière de l’appareil en compagnie d’un agent de sécurité. Il conclue en me demandant si avant ça, je souhaite me rendre aux toilettes. J’avoue que j’ai l’impression de me trouver dans un film ou une émission de camera-cachée, mais vu qu’en même temps je me prends de plus en plus au jeu,  je lui réponds tranquillement que j’irais bien aux toilettes. Comme dans un film d’espionnage, il passe devant moi, me demande de choisir l’un des cabinets, ouvre la porte choisie et inspecte l’intérieur de celui-ci. Coup de bol, je choisis le bon. Il n’y a pas d’arme de planquée mais deux passeports qu’un passager a dû faire tomber de sa poche en remontant son froc. Grâce à moi, il va pouvoir les retrouver. David récupère les deux passeports et me laisse faire mes petites affaires. Il m’attend dehors. Puis m’accompagne à un siège situé une vingtaine de mètres des autres passagers. Je m’assois un peu impressionné par toute cette scène de film que je refais tourner dans ma tête.

Le magnéto-cérébral une fois arrêté, je constate qu’au comptoir de la zone d’embarquement, se trouve la magnifique Rachel qui chahute gentiment avec Déborah et David. Ce qu’elle est belle ! Visiblement, un tel niveau de rigueur professionnelle n’empêche pas des petits moments de détente. C’est alors que je remarque qu’à côté de nos joyeux drilles se tient un autre membre du personnel. Celui-ci me regarde. Après quelques instants, je me rends compte que non seulement, il me regarde, mais qu’il ne me lâche pas du regard. De toute évidence il est chargé de surveiller mes réactions.

Me voilà de nouveau parti dans l’analyse de leurs procédures très intéressantes mais également dans ma goguenardise. Je me dis que la plupart des gens de mon entourage n’auraient pas compris toutes ces procédures, auraient sévèrement psychoté ou carrément pété un plomb devant un tel traitement, finissant par hurler « vive la Palestine » ou tout autre connerie franchouillarde anti-israélienne. Je me dis également que leur système de sécurité présente au moins une faille, qui m’apparaitra d’autant plus évidente après mon retour d’Israël.

Après une bonne quarantaine de minutes, David revient vers moi, plus souriant. Il me sert chaleureusement la main, me remercie pour ma coopération et m’invite à le suivre à bord de l’appareil. Je le suis tout en jetant un dernier regard enamouré en direction de Rachel. Il m’installe au fond de l’appareil avant de disparaitre tout en me souhaitant un excellent voyage. Il est minuit et demi. Un quinquagénaire corpulent s’installe à côté de moi. Sans doute l’un des anges gardiens de l’avion.

Je suis heureux, particulièrement heureux. Je suis dans l’avion pour Israël…

mercredi 9 novembre 2016

The Obama Legacy


Voilà ce qui arrive lorsque la bobocratie abandonne le peuple et ses préoccupations aux démagogues…

Maintenant que l’on se rassure. Les USA survivront à Trump comme ils ont survécu à Obama car la Force des États-Unis réside avant tout dans ses institutions. 

Par contre pour le reste du Monde, ce sera sans doute encore un peu plus de bordel que sous Obama…
 

mardi 1 novembre 2016

vendredi 21 octobre 2016

Pays-Basque : un Pingouin à l'assaut de La Rhune


Saint-Jean-de-Luz, La Rhune,
Taïaut ! Taïaut ! Le dernier là-haut est un Bolos :-) 

#LePetitTrainDeLaRhuneCEstPourLesTouristes :-) 


mercredi 12 octobre 2016

Mission Accomplished


"I'm here because in the East, 
Everything can be as bright and clear 
Between two people."

#RomanticQuotes #MagicOfTheEast #ArmeniaMyLove

samedi 8 octobre 2016

L’Arménie, un très joli futur à portée de mains #AraratMonAmour


Erevan. Mémorial du génocide des Arméniens de Tsitsernakaberd. Je contemple la carte de la grande Arménie prévue par le Traité de Sèvres de 1920. Sevan s’approche de moi. Je lui dis que j’aime beaucoup cette carte. Il ne partage pas mon enthousiasme. « Que voudrais-tu que l’on fasse d’une si grande Arménie » me dit-il en soupirant avant de poursuivre. « Nous sommes à peine assez nombreux pour peupler et défendre celle que nous avons ; nous sommes même obligés de truquer un peu les statistiques pour tenter d’impressionner nos ennemis ; et je ne parle pas de la diaspora, malgré tout son cinéma, elle ne viendra jamais nous rejoindre, petite ou grande Arménie ». Je médite ses paroles. Il a raison. 

En quittant le mémorial, ce jeune arménien, fraichement débarqué du front du Haut-Karabagh, me parle sur un ton goguenard d’une diaspora trop lointaine, finalement plus turque qu’arménienne, aussi bien par sa langue que par ses mœurs ; d’une Arménie aux mains d’une vieille oligarchie mafieuse qui tient les clefs politiques et économiques du pays et qui, par sa corruption et ses monopoles, empêche la jeunesse de participer à la modernisation du pays, vendant en passant tous les intérêts de l'Arménie à la Russie. « Nous sommes devenus les locataires de notre propre pays ; tout, depuis les murs jusqu’à la gazinière appartient aux Russes ».

Il enchaine sur la guerre avec les Azéris qui sert finalement, là aussi, bien plus, les intérêts russes, que ceux des deux pays stupidement ennemis. « La paix n’est pas pour demain. De toute façon, même si on leur donnait le Haut-Karabagh, le gouvernement azéri réclamerait le sud de l’Arménie, puisque leur objectif est de pouvoir relier un jour l’Azerbaïdjan à leur enclave du Nakhitchevan située à l’ouest de l’Arménie ». 

Chose peu connue, en effet, l’ethnie turque Azérie se trouve partagée entre l’Azerbaïdjan, le Nakhitchevan, mais aussi le nord de l’Iran où ils sont plusieurs millions. 

Sur le même ton goguenard, je lui dis que l'Azerbaïdjan n’a qu’à annexer le nord de l’Iran ; ça lui fera un beau couloir ; ou alors de manière moins débile, les Azéris n’ont qu’à arrêter leurs conneries, signer la paix avec l’Arménie en renonçant au Haut-Karabagh arménien, puis utiliser tout simplement les routes arméniennes pour relier l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan, ce qui sera très bon pour le commerce régional. Il rigole en me lançant « faudrait-il encore que les Russes le veuillent ; si jamais on faisait la paix, ils perdraient deux gros clients pour leurs armes et ça ils n’en veulent pas ». Vu comme ça, en effet, ce n’est pas gagné. 

Je me dis que l’Europe aurait peut-être une carte à jouer mais peut-on seulement compter sur le ventre mou bruxellois pour pacifier une région qui ne demande qu’à être un merveilleux pont entre l’occident et l’orient. 

En effet, le poids des dépenses militaires est un boulet qui freine le développement. « L’armée et la police sont les deux principaux employeurs du pays » me dit-il. Un développement entravé alors que l’Arménie a tous les atouts géographiques et culturels pour devenir une véritable petite Suisse du Caucase. 

Il me parle également des relations commerciales qui s’améliorent avec la Turquie. Il pense que les relations politiques suivront  le jour où les Turcs comprendront que la reconnaissance du génocide arménien ne sera pas couplée avec des revendications territoriales. « On n’en veut plus de l’Arménie occidentale de toute façons. Elle n’est plus à nous. Elle n’est même pas aux Turcs. Elle est aux Kurdes maintenant ». Il rigole. Je le taquine en disant. « T’as raison, mais on ne va pas leur abandonner le Mont Ararat tout de même ».  Il acquiesce en souriant. 

En faisant mine de réfléchir je lui dis « et si on proposait le deal suivant aux Turcs. Vous reconnaissez le génocide des Arméniens et nous renonçons à toute revendication territoriale, à deux  exceptions près. Le Haut-Karabagh arménien ce qui suppose que vous convainquiez vos cousins azéris d’arrêter leurs âneries. Mais aussi le versant Est du Mont Ararat. On fait moitié-moitié. Et ça ne fait que quelques dizaines de kilomètres d’offerts pour solder le passé ». 

Il éclate de rire. Ce passionné de montagne me dit « ce n’est pas idiot ! Après tout, vous vous partagez bien le Mont Blanc avec les Italiens. Il doit bien y avoir un moyen de convaincre les Turcs de  partager le Mont Ararat. En plus le versant le plus beau est celui tourné vers l’Arménie. On leur laisse l’autre bien volontiers. Tiens ! Histoire de fêter cette idée de résolution de conflit, et si on allait boire un verre ». Guénats !

mardi 4 octobre 2016

Erevan : parmi mes surprises arméniennes, l'iranienne #AraratMonAmour


Lorsque l’écrivain-voyageur Colin Thubron écrit ce qui suit, il ne croit pas si bien dire : "Cent raisons réclament le départ. On part pour entrer en contact avec d'autres identités humaines, pour remplir une carte vide. On a la sensation que c'est le cœur du monde. On part pour rencontrer les multiples formes de la foi. On part parce qu'on est encore jeune et que l'on souhaite ardemment être imprégné de l'excitation, entendre le craquement des bottes dans la poussière. On y va parce qu'on est vieux et que l'on ressent le besoin de comprendre quelque chose avant qu'il ne soit trop tard. On part pour voir ce qui va arriver."

Bien des choses me sont arrivées en Arménie.

En Arménie, j’ai compris que ceux de là-bas sont bien différents de ceux d’ici en diaspora. Ils n’ont pas de temps pour les lamentations ou la morbidité. Il leur a fallu se battre pour préserver leurs ultimes forteresses. Il leur faut se battre encore et toujours, aussi bien face aux Turcs-azéris qu’au pseudo-protecteur russe. Mais aussi relever continuellement les murs qui s’effondrent à chaque violente secousse. Sans oublier de trouver les moyens de se frayer un chemin dans la course au développement. Leur courage et énergie sont bien plus tournés vers  la recherche de solutions concrètes que vers le ressassement stérile. J’ai adoré effectuer ce constat.

J’ai arpenté les sentiers d’un pays merveilleux, depuis ses cimes jusqu’aux gorges les plus anciennes, plongé aux sources de ses mythes et de sa foi, connu bien des émerveillements auxquels, franchement, je ne m’y attendais pas. Pour tout dire j’ai découvert un oasis fabuleux, en même temps que je découvrais que je n’étais pas le seul à faire cette découverte.

Car apprenez que le meilleur endroit pour échanger avec des Iranien(ne)s ne se trouve pas en Iran mais en Arménie...

Ce soir-là, je rentre de randonnée à mon hôtel d’Erevan. Je me dirige vers l’accueil afin de récupérer mes clefs. Devant moi, un groupe fait de même. J'attends. Au sein de celui-ci, je remarque une très jolie jeune femme, de type oriental mais assez indéterminé. Une plastique superbe moulée dans un jean serré. Un maquillage certes un peu marqué ma non troppo. De beaux cheveux longs visiblement teintés au henné. Nos yeux finissent par se croiser. Elle détourne le regard puis le retourne de nouveau quelques instants plus tard dans ma direction. Je lui souris. Elle m’offre le sien avant de s’en retourner à la conversation entre la chargée de l’accueil et son groupe. Mon regard est alors attiré par un très beau plan d’Erevan situé à ma droite. Je l’examine. Quelques secondes passent avant qu’une voix dans un anglais d’assez bonne qualité ne s’adresse à moi. Celle de la jeune femme en question.

«Excusez-moi Monsieur. Puis-je vous importuner quelques instants. Je souhaiterais savoir d’où vous venez ». Passée la surprise, je lui réponds. Je remarque que le mot Paris produit toujours le même effet stupéfiant à l’étranger. Je lui demande à mon tour d’où elle vient. Elle me répond avec une pointe de gêne qu’elle est originaire d’Iran. J'efface cette gêne en lui disant « quel pays magnifique ; j’aimerais tant pouvoir le visiter un jour ». Elle semble stupéfaite. Je lui demande d’où plus précisément. Elle m’indique « Shiraz ». Mon visage marque l’émerveillement, chose qu’elle remarque dans un mélange de plaisir et d’étonnement. Je lui dis « Ah ! Shiraz ! Le site de Persépolis ! Les jardins d’Eram ! ». Ses yeux s’écarquillent. Je marque une légère pause. D’instinct j’hésite avant de prononcer le nom qui suit, mais finalement, justement, je suis curieux de voir sa réaction. « Les vitraux de la sublime mosquée de Nasir-ol-Molk ». Au mot mosquée, les traits de son visage se figent. Je comprends instantanément qu’elle est tout sauf là pour entendre parler de religion, pour rentrer d’une façon ou d’une autre dans la geôle théocratique d’où elle sort pour quelques jours. Je change vite de sujet. Elle veut parler, sentir l’air frais d’ailleurs. Son groupe semble avoir réglé tous ses soucis avec la réception. Elle doit partir mais me demande combien de temps je reste à Erevan. J’accompagne ma réponse de la même question. Elle me répond, le visage marquant un peu de tristesse, « deux jours ». Je lui dis « à plus tard ». Cette magnifique jeune femme, aux mœurs si délicates, a terriblement envie de parler…

Après cette rencontre, je remarquerai d’autres Iraniennes « à l’envie de parler », parfois même en français. Je remarquerai tous ces cars déversant à Erevan des cohortes entières d’Iraniens venus là pour quelques jours de Liberté. On m’expliquera le rituel du dévoilement à la frontière jusqu’à la fin de leur permission. J’observerai également  ces groupes de jeunes Iraniens, dans l’hôtel ou dans les rues d’Erevan, avec leurs looks un tantinet pédé (ne le dites pas à Ahmadinejad) de Justin Bieber super-maniérés, venus boire et baiser au point de se faire remarquer  dans les couloirs de l’hôtel. Comme quoi, les torrents de la vie trouvent toujours leurs chemins, en attendant de ruiner les barrages idéologiques qui ne servent à rien, et c’est très bien ainsi.

« Excusez-moi Monsieur. Puis-je vous importuner quelques instants ? Je souhaiterais savoir d’où vous venez ». Quelle merveilleuse surprise, en effet, dans le merveilleux oasis arménien…