mercredi 12 août 2020

Chroniques de Guerre Sanitaire (5/9) : la comédie des pouvoirs

« Le pouvoir, c’est l’impuissance »  Charles de Gaulle
 

(Après le  "Chapitre 1 - ça commençait pourtant bien" ... le "Chapitre 2 - Les Roses du Rhin"... le "Chapitre 3 - ça part en cacahuète"... le  "Chapitre 4 - tout est devenu flou"... au tour du chapitre 5 )  

 

Ah ça ! On peut parler de comédie voire de grand guignol à la française. C’est qu’ils nous auront bien fait marrer. A de rares exceptions près, ils ont été plus nuls les uns que les autres. Par contre ils nous auront bien fait rire. Les pouvoirs, absolument tous les pouvoirs. La réalité a même très souvent dépassé la fiction ou les fausse nouvelles humoristiques du Gorafi.

Heureusement d’ailleurs que le pathétique ne tue pas car il aurait fait certainement plus de victimes que le virus lui-même. Une série pas très Nette-flix que l’on aura baptisée « La France (et le monde) a un incroyable tas de glands ».

Aussi, tout en sirotant une bonne bière bien fraiche sur le balcon, passons ces « pouvoirs » en revue…

1) En parlant de passer en revue et puisque nous étions censés être en guerre, débutons par le militaire.

Commençons par la troupe, à plus forte raison, que nos soldats auraient ramené involontairement, les premiers, le virus de Chine.

En effet, nos médias n’en ont pas trop parlé mais au mois octobre 2019 ont eu lieu les jeux mondiaux militaires dans le Wuhan, soit en plein épicentre du Coronavirus. Or selon les propos d’un médecin de l’armée, propos rapportés par l’athlète Elodie Clouvel, beaucoup de membres de cette délégation composée de 400 athlètes, sont tombés malades après ces jeux.

Résultat ! En plus d’une belle moisson de médailles nous classant à la 4e place parmi les nations, nous aurons ramené pas mal de virus de compétition.

De quoi expliquer, peut-être, le cluster morbihannais, le coin étant truffé de casernes.

Comme si cela ne suffisait pas, le rapatriement fin janvier des civils Français du Wuhan, organisé par la base aérienne de Creil, aura été l’occasion de rapatrier de nouvelles boutures de peste pangoline.

De quoi supputer l’origine du développement du cluster de l’Oise autour de la base.

Alors, je sais bien que l’on a dans l’Armée, une certaine tolérance pour les pertes, mais enfin tout de même ! A plus forte raison que les pertes ne se retrouveront pas tant chez ces jeunes recrues en grande forme que chez leur entourage plus âgé.

Il faut dire que la grande Muette était également devenue Sourde. Nos services secrets n’ont rien vu venir, et ont gobé tous les mensonges chinois au sujet du virus, malgré les alertes de l’ambassadeur de France en Chine.

Ajoutez à cela, la perte de notre unique porte-avions, un mois après le début de la « guerre », pour des raisons de contaminations massives à bord, et vous obtenez une déroute militaire totale, aussi proche des précédents conflits à portée historique.

Toutes choses permettant d’écrire dans les annales militaires : « Mois d’avril de l’an de grâce 2020, après avoir perdu les forces terrestres d’élite en novembre pour cause de fièvre jaune, puis nos forces aériennes en janvier pour la même raison, la pièce maitresse de notre puissance aéronavale vient de hisser le drapeau de la quarantaine nous laissant désormais à la merci du premier drakkar venu ».

Certes, ces contaminations sont involontaires, surtout celles contractées lors des jeux de Wuhan, mais comme la gestion des suites sera à l’image du reste de la crise, on peut parler de grand burlesque à la française.

Par conséquent, un grand bravo aux généraux de la  « septième compagnie » !

Enfin, qu’ils se rassurent. Nos troupes auraient pu être plus ridicules encore. En faisant comme l’armée espagnole qui s’attaquait au virus au moyen de bombardiers pulvérisant du désinfectant au-dessus des grandes villes.  Enorme non ?

2) Après les victoires de la 7e compagnie, passons aux exploits des farces de l’ordre.

A défaut de leur avoir donné les moyens d’expliquer le mot « confinement » aux lascars des cités, nos forces de l’ordre se contentant d’agir à reculons, un peu comme les garnisons romaines autour du village d’irréductibles dans les aventures d’Astérix, il aura bien fallu qu’elles trouvent le moyen de démontrer  leur utilité « républicaine ».

Ce moyen aura été de jouer les petits juges administratifs de trottoir en matière d’appréciation du caractère justifié ou non du motif de sortie auto-dérogatoire.

Certes, la plupart des agents de la paix ont fait preuve de discernement, d’autant plus que les directives étaient aussi floues que la ligne directrice du gouvernement.

Cependant d’aucuns ont visiblement tenu à s’illustrer par des verbalisations allant de la plus cocasse à la plus détestable qui soit. A tel point que j’avais fini par me demander s’il n’y avait pas en sous-main un concours inter-cognes de la prune la plus stupide, avec un prix à la clef, genre le « Cruchot d’or », du nom du gendarme aussi tatillon que burlesque qu’interprétait le grand Louis de Funès dans la série de films « les gendarmes à etc ».

En conséquence, faute de réel concours, mais histoire de rendre hommage à cette forme de culture de la performance et du chiffre qui semble avoir pris corps chez les forces de l’ordre, voici les résultats du « Cruchot d’or » :

A titre liminaire indiquons que la queue de classement s’explique par le ridicule partagé entre le contrevenant et le rédacteur de la contravention ; me permettant même de soupçonner certains concitoyens de vouloir transmette à leur descendance une contravention covid-19 en guise de document historique chargé de faire rire les générations futures.

La 10e place est attribuée aux pauvres gendarmes qui le 3 mai 2020, sur la plage de Carnon dans l’Hérault, pensaient aller verbaliser une femme allongée sur le sable et se sont retrouvés face à une poupée gonflable, repartant ainsi le carnet à souche entre les jambes. Sans doute un clin d’œil farceur au film le « gendarme et les nudistes ». Bien vu !

Dans  la même veine du cul, la 9e place va à la patrouille de harengs en VTT, qui auront usé de tout leur talent de fins limiers de la justice pour retrouver et verbaliser un très effronté déconfiné qui avait montré son postérieur à l’hélicoptère de la patrouille de Rennes le 7 mai dans l’Ancenis.

Histoire de rester dans les raies et « boules », nous avons en 8e position ce brave brigadier qui aura verbalisé quatre papys boulistes à la mi-avril à Dinan. A 135 euros par tête de pipe, voilà la pétanque devenue un sport beaucoup moins populaire voire aussi élitiste que le golf.

La 7e  place va  aux grippes-coquins, tout fiers d’avoir empêché de nuire dans les Cotes d’Armor, une conductrice de 65 ans qui se trouvait stationnée à côté de l’église de Louargat. Celle-ci ayant expliqué à nos héros en bleu qu’elle chassait le Pokémon  avec son téléphone portable, elle est repartie avec une pokamende. J’aurais bien aimé lire le procès-verbal. « Chasse le Pikachu au lieu de rester chez elle » (à lire avec l’accent du sud-ouest vu que tous les pandores de France ont l’accent du sud-ouest).  J’espère qu’après une telle prise, ils auront droit à la fameuse prime de 1000 euros.

En 6e position, se retrouvent des perdreaux allergiques à la lecture. Ceux-ci avaient considéré que le fait d’aller acheter son bon vieux Canard enchaîné n’était pas indispensable. Il est vrai qu’il est tellement préférable de rester comme une oie à se gaver de bobards devant les perroquets télévisuels de la propagande d’Etat.

La 5e place exæquo pour les bleus qui ont sanctionné l’achat de soda d’une dame et celui d’une baguette pour un monsieur, ces amateurs de Ricard et de cacahuètes ayant jugé qu’il ne s’agissait pas là d’achats alimentaires de première nécessité. En même temps, comme pour la 6e place, personne n’avait eu la patience de leur expliquer l’évidence. Si quelqu’un se rend dans un commerce autorisé à ouvrir, tu n’as pas à regarder ce qu’il y a dans le cabas mais juste à constater si la personne munie de son attestation se rend dans un commerce dont l’ouverture est autorisée. Toi y’en a suivre mon raisonnement ou toujours pas…

La verbalisation par des Papa22, d’un couple de septuagénaires dans l’Orne, pour s’être arrêté discuter quelques minutes avec un voisin, vaut bien la 4e place. L’attestation avait beau être conforme et les gestes barrière respectés, les pandores ont considéré qu’il est interdit de s’arrêter pour saluer ses voisins. Sans doute une résurgence du bon vieux réflexe « circulez ! »

Passons maintenant au podium final.

L’affaire de la verbalisation de sans-domicile-fixe à Lyon étant une infox, le Cruchot de bronze est attribué aux flics qui auront verbalisé, le 19 mars dernier, du côté du Pouliguen, une gamine qui allait donner à boire à ses chevaux se trouvant dans un pré à 500 m de chez elle. Les bourres en question considéraient que « abreuver » des chevaux n’avait rien de « vital ». Visiblement, il n’y a pas que dans les cités que le niveau de français baisse. Certains roussins ont du mal à associer « abreuver » à « vital ». A moins que ce ne soit l’eau qui ne soit pas « vitale » pour ces condés.

Le Cruchot d’argent allant aux deux gendarmes qui ont verbalisé le 9 avril cette habitante du Tarn âgée de 93 ans ayant eu l’outrecuidance d’aller faire un petit coucou à son mari devant la fenêtre de l’Ehpad où il réside. Il est vrai qu’une façon aussi forcenée de tenir à garder un lien social et affectif dans une période particulièrement angoissante ne pouvait rester impunie. 

Quant au Cruchot d’or (roulement de tambours), afin de l’attribuer, j’appelle sur scène les brillants Rapetou qui se sont fait serrer pour avoir oublié leur attestation de sortie chez la victime de leur cambriolage. Voilà !

Les voilà chargés de remettre le Cruchot d’or au Marechal des logis qui a vaillamment empêché un fils d’aller faire ses adieux à son père mourant sur l’île de Ré. Je suis certain que vous vous rappelez de cette histoire. Il mérite une ovation n’est-ce pas ? Quel dommage que l’on ne connaisse pas le nom de ce héros du maintien du confinement. On aurait pu baptiser un ou deux radars autoroutiers de son nom.

Et une palme d’or pour le Préfet de police de Paris, le Lallement à la tête trop petite pour le képi, qui se sera illustré par cette déclaration aussi vive qu’un coup de LBD dans l’œil : « ceux qui sont hospitalisés, sont ceux qui n’ont pas respecté le confinement ».

Un grand tonnerre jupitérien d’applaudissements pour ces garants de l’ordre républicain en déambulateur.

Enfin, cela aurait pu être pire. Nos gens d’armes n’ont pas reçu l’ordre présidentiel, comme au Philippines, de tirer sur ceux qui bravaient le confinement.

3) Traitons maintenant du corps médical, vu qu’il s’agissait, soi-disant, d’une guerre sanitaire, et plus précisément de la tête de ce corps.

Quelle magnifique course à l’échalote là encore. Un très puéril concours d’egos démesurés qui entrera dans l’histoire. Sans doute une preuve du fait que la proximité avec le pouvoir, politique comme médiatique, corrompt tout, y compris les hommes de science.

Entre « les règlements de pontes » au sein du Conseil scientifique,  comme nous l’apprenait le Canard enchainé du 25 mars ; la manifestation de conflits d’intérêts salopant les débats ; les « expertises » antinomiques assénées à grands coups d’arguments d’autorité ; les duels au coton-tige entre les Marquis parisiens des Comités Théodule et les Barons de province à la Didier Raoult ; rien ne nous aura été épargné dans ce ridicule crêpage de nombrils.

Quand on y pense, le Conseil scientifique et les médecins de plateau télé, à l’image de professeurs Tournesol avec leur pendule, auront dit tout et son contraire, aussi bien sur la dangerosité du virus, la contamination par les enfants, l’utilité des masques, etc.

J’ai toutefois une préférence pour deux actes de cette comédie, le chapitre « les enfants et le virus » et celui des « consultations télévisées ».

·      Les enfants et le virus : nous sommes bien d’accord que le discours est passé successivement du « les enfants sont des bombes à virus » en février-mars ; à « les enfants ne portent pas le virus » en avril ; puis à « les enfants sont immunisés » en mai. J’ai craint un moment que l’on passe en juin à « les bisous des enfants soignent la maladie » ; puis en juillet « mise au point d’un vaccin à base d’extraits d’enfants ».

 

·      Ah ! Les consultations télévisées ! Je n’avais jamais vu autant de médecins sur les plateaux télé que pendant le confinement. C’était bien organisé. Chacun a pu avoir son warholien quart d’heure de gloire. Certains, apparaissant occasionnellement, étaient très bien. Je pense notamment au jeune Docteur Benjamin Davido, toujours très clair et posé. Mais la plus grande partie m’a donné la désagréable impression de skateurs de projecteurs et de déserteurs des services de réanimation. D’aucuns, tels l’aussi sympathique que télégénique professeur Gerarld Kierzek, passaient carrément d’un plateau à l’autre. Je crois d’ailleurs qu’on lui doit une nouvelle spécialité qui sera enseignée en fac de médecine, celle de ‘médecin urgentiste de plateau télé’ : un débat urgent à organiser, et hop, il déboule sur le plateau. Je me suis juste demandé si ses tarifs étaient conventionnés et si ses consultations télé étaient remboursées par la sécurité sociale. A force de les voir, je les ai également suspectés d’entretenir la peur d’une imminente deuxième vague juste pour ne pas lâcher les strapontins des chaines d’info en continu. Allez ! Allez ! Au boulot ! A l’hôpital tas de bavards !

Tout cela étant, et malgré le fait d’avoir bien cherché, je suis au regret d’annoncer que c’est notre corps médical national, qui se sera donné le plus ridiculement en spectacle. Désolé ! Même les tenants des médecines alternatives seront restés muets pendant la pandémie. D’ailleurs je crois savoir que la Confédération des homéopathes-acuponcteurs-ayurvédiques avait constitué des stocks de doliprane.

4) Au tour du politique, qui était chargé de donner le la dans tout ça, à travers le show cacophonique offert par son portevoix.

Il est vrai qu’entre les crises de nerfs de 16h du Premier ministre et les coups de menton du rantanplan de la place Beauvau, tout ça ne prêtait pas trop à rire. Mais c’était sans compter sur Dame Si-Bête, le ficus à palabres du gouvernement, désormais immortelle grâce à la merveilleuse courbe en couverture de ces chroniques ; une courbe dégotée sur Internet, à l’auteur inconnu, et qui résume si bien toute cette comédie bouffonne.

Oui ! Je sais que c’est chose fort vilaine de tirer sur l’ambulance, d’autant plus en pleine guerre sanitaire, mais comme la très hautaine Dame Si-Bête s’y prête, j’ai beau chercher à la retenir, la rafale part toute seule.

Car lorsqu’on reprend ses déclarations, Dame Si-Bête est celle qui :

·      le 26 mars, enverrait bien les professeurs aider les agriculteurs au motif « qu’ils ne travaillent pas », ou pas, selon ce que l’on peut tirer de son jus de boudin verbeux jamais bien clair ;

 

·      le 11 mars, critique les mesures italiennes de gestion de l’épidémie avant que son gouvernement ne finisse par prendre les mêmes quelques jours plus tard ; 

 

·      le 17 mars, explique que le port du masque est inutile pour le grand public tout en étant utile pour les médecins (bah oui ! un médecin c’est plus fragile que le commun des mortels) ;

 

·      le 20 mars, précise qu’elle a beau être ministre, elle « ne sait pas utiliser un masque » (bah oui ! faut au moins être médecin pour savoir le faire) ;

 

·      lors de l’annonce de la reprise des cours, explique que « à 4 ans on est capable d’appliquer les gestes barrière comme le port du masque » (bah oui ! à 4 ans, on joue déjà parfois au docteur) ;

 

·      et qui aura le culot de faire savoir le 30 avril, que « la crise du Covid favorise la propagation de fake news et que plus que jamais, il est nécessaire de se fier à des sources d’information sûres et vérifiées » (y’a pas à dire, à ce point, on peut affirmer que cette dame est une grande malade).

Cerise sur le gâteau, l’inénarrable Marlène Schiappa, la célèbre pornographe moralisatrice du gouvernement, présentera la Sibeth, le 5 mai, comme « un rôle modèle pour plein de jeunes filles ». C’est gentil de vouloir offrir des perspectives politiques aux chagasses mythomanes, mais attention tout de même au trop plein de candidatures.

En somme, à défaut d’emprunter à la pensée juive son « verbe créateur », soit « les mots pour faire », nos chefs préfèrent patauger dans le « verbeux gaulois », soit les mots pour entretenir le mythe.

Enfin, nos gouvernants, comme ceux du monde entier peuvent se rassurer ou aller se rhabiller. Aucun d’entre eux n’aura dépassé le « Great » Trump qui, avec sa grâce de bœuf aux hormones et son charme de poulet chloré n’opérant que sur les dindes de Thanksgiving, a remporté la palme de la sortie la plus débile en proposant de vaincre le virus avec des injections d’eau de javel. Ah ça c’est sûr Donald, tu les a tous javellisés !

5) Côté pouvoir judiciaire, économique et syndical, on a bien ri aussi.

Le judiciaire, qui d’ordinaire fait rire jaune les victimes et à pleines dents les malfrats, s’est retrouvé quasiment à l’arrêt, ce qui au fond ne changeait pas beaucoup de d’habitude, ce qui pose un drôle de constat.

L’économique, à de rares exceptions près, n’a pas brillé par son génie et sa réactivité. Hormis Bernard Arnaud mobilisant ses moyens pour obtenir des masques ou ces distilleurs basculant dans la fabrication de gel désinfectant, ils ont été aussi mollassons que nos ronds-de-cuir. Il est vrai que la bureaucratie a étouffé bien des initiatives, mais l’absence de réactivité de nos industriels pour fabriquer masques, respirateurs et autres, a été flagrante, quand elle n’a pas été absurde : je pense au « consortium » industriel qui a mis des mois pour se monter et fabriquer des respirateurs avant de se rendre compte qu’ils n’avaient pas fabriqué les bons modèles. On comprend mieux pourquoi le pouvoir économique a préféré palper l’argent public, parfois à raison, mais aussi en fraudant un brin sur les bords.

Côté syndical, ils m’ont fait rire par leur silence total. Il faut dire qu’ils nageaient en plein bonheur. Grace au chômage partiel, ils fichaient aussi peu que d’habitude, sans avoir à faire semblant, tout en étant payés. De quoi expliquer que leur seule action d’éclat a été de faire fermer par voie de justice l’unique usine Renault en état de fonctionnement.

6) Le pouvoir médiatique avant celui du showbiz.

J’ai failli ne pas parler du pouvoir médiatique vu qu’il aura été, dans son écrasante majorité, comme à son habitude, en dessous de tout. Mais comme je ne voudrais pas me montrer aussi biaisé qu’eux, faisons-leur un peu la fête.

Côté speakerin(es) : après  s’être extasiés sur les infos fournies par la dictature chinoise ; ne pas s’être trop attardés sur l’efficacité du model taiwanais puis allemand ;  nous avoir gonflé avec ce médecin français à Wuhan qui hurlait à l’apocalypse et appelait au même confinement manu militari en France ; s’être foutus de la gueule de nos cousins Italiens ; avoir vanté la gestion jacobine à la française ; avoir tenté d’expliquer à des médecins ce qu’est un virus ; avoir cherché à défoncer puis encenser le Professeur Raoult ; avoir répété que les masques et les test étaient inutiles ;  v’là t’y pas qu’ils nous expliquent à longueur de journée comment porter le masque aux normes françaises, ajusté bien au-dessus du nez.

Bref, ce ne sont pas les motifs de postillonner sur ces lourdauds de l’info qui manquent.

7) Heureusement que notre foldingue showbiz, était là pour apporter une note plus légère en ce printemps 2020.  

C’est ainsi que le 31 mars, l’actrice Audrey Dana, poste sur les réseaux une vidéo de sa balade en forêt du jour, dans laquelle, hystérique et en larmes, elle envoie du bois particulièrement fendard :

« Je suis partie marcher et j'ai été saisie d'une tristesse tellement immense. Qu'est-ce qu'on fait à cette Terre ? Est-ce que ce virus suffira à éveiller les consciences, à nous faire prendre conscience qu'on fait n'importe quoi ? Rien que le fait de marcher dans la nature et ressentir à quel point elle est malmenée, à quel point on la malmène depuis toujours, ça me brise le cœur (…) j'essaie d'envoyer de la lumière partout, le plus possible. Moi, j'ai personne qui meurt du coronavirus dans mon entourage. J'ai pas de famille médecin, en danger, mais j'ai mal à ma Terre. J'ai mal à ma Terre. ! J'espère que le monde va ouvrir les yeux, parce que ce qu'on fait, ce n'est pas possible ».

Encore une qui s’évertue à vouloir rendre le mot actrice synonyme de conne, vu que son « éveil des consciences » est à dormir debout, et que ses « jets de lumière » n’arrivent pas à tous ses propres étages. Ce virus a beau être un enfant de sa vénérée « Terre », l’autre païenne-de-la-ville incrimine l’humain qui essaye de s’en défendre.  Enfin faute de tête, on a mal où on peut, n’est-ce pas ?

Eh oui ! Ça commençait fort. Passer après ça, supposait de la concentration et du talent.

C’est ainsi qu’après avoir bedavé tout leur saoul, ou craint pour leurs émoluments d’intermittents du spectacle, tous nos saltimbanques subventionnés se sont mis aux chansons hommages pour personnels soignants. N’ayant écouté aucune d’entre plus de deux secondes, je ne pourrais pas faire état de leur qualité. J’ai juste craint, pour le moral du pays, que Francis Lalanne pousse lui aussi la chansonnette, mais ouf ! Le préfet Lallement lui a peut-être signifié une interdiction administrative de chanter sous peine de tir de LBD dans les cordes vocales.  

Une fois sortis de leurs léthargie, comme quoi l’herbe avait l’air bonne, début mai, à la veille du déconfinement, un certain nombre acteurs se sont lancés à l’assaut du monde d’après, ou plutôt à la reconquête de leur notoriété endormie, en vue de l’ouverture des salles obscures.

Ainsi, nous avons eu droit à l’appel « social » du sieur Lindon : Lindon le rejeton de la haute bourgeoise ; Lindon le coureur de filles de présidents de la république, d’actrices et de princesses de monarchies d’opérette ; Lindon « l’acteur social » qu’on n’a pas trop vu aider les agriculteurs, par exemple, ou se porter volontaire pour aider les équipes de soignants dans les hôpitaux, comme bien des anonymes l’ont fait. Le Lindon préfère les déclamations. « Comment ce pays si riche… ». Ta gueule l’acteur !

Suivi de l’appel « pour la nature » et « contre le consumérisme » de Miss Marion Dior Cottilard ; Vanessa Chanel Paradis ; Isabelle L’Oréal Poiray Adjani ; Juliette Lancôme Crédit Agricole Binoche… rejoins par de grands camelots de l’industrie musicale ou cinématographique américaine comme  Robert de Kia American Express Niro ; Cate Armani Blanchett ; Pénélope Lancôme Costa Croisières Cruz ; ou encore Madonna Versace Dolce&Gabanna… 

Mouais ! Appels contre le « retour à la normale », mon œil ! Quelle troupe de comiques ! Tout cela fait plutôt produit d’appel au service du dieu Projecteur. De la comédie d’acteurs narcissiques pour public crédule quoi !

Enfin malgré tous ces notables efforts, signalons que ce sont les chanteurs Vietnamiens qui ont enterré le monde entier avec une chanson Covid-pop au refrain inoubliable « lavons nos mains ! frottez ! frottez ! frottez-les ! » ; et les pisse-hagiographies du New York Times qui auront remporté le trophée de la turlute politique avec leur article du 5 juin à la gloire du demi-dieu Macron : il a « repoussé le coronavirus, empêché les licenciements massifs, soutenu les salaires des chômeurs, évité les longues files de nourriture et atteint un taux de mortalité inférieur à celui de ses voisins, à l'exception de l'Allemagne » Slurp !  

8) En parlant des dieux, pour ceux qui espéraient se tourner vers le ciel pendant le confinement, ce n’était vraiment pas de chance.

De quoi voir même sa foi vaciller.

Tout d’abord, on a vu la peste pangoline s’attaquer en premier lieu aux religieux du monde entier, et plus particulièrement aux plus pratiquants d’entre eux, leur interdisant regroupement, fêtes et pèlerinages, ou les obligeant à innover avec des idées plus que farfelues. Je pense à ce curé américain qui s’est mis à bénir ses fidèles avec un pistolet à eau rempli d’eau bénite ou à cet autre à qui l’on doit le concept de confession drive-in. 

Puis, en France, la divine comédie s’est poursuivie à Paris en mettant à l’amende les traditionalistes de la paroisse Saint Nicolas du Chardonnet, dénoncés par leur très catholique voisinage.

Mais également en obligeant l’imam de Brest à nous expliquer qu’avec une simple prière, récitée trois fois,  matin-midi-et-soir, le croyant serait protégé du virus. Tout le monde s’est bien foutu de sa gueule, forçant ce marabout à revenir sur ses propos. C’est comme pour ces islamistes qui ont tenté de saisir l’occasion pour diffuser l’appel à la prière au grand jour et d’inscrire ainsi dans le paysage leur suprématiste « Allahu akbar », « Allah est le plus grand ». Vu qu’on commence à voir venir de loin ces singes fous du désert, les Autorités ont mis le holà à leurs salamalecs en leur coupant le sifflet.

Pauvres croyants privés de clergé, quand ils n’étaient pas transformés en « fléau de Dieu », ou abandonnés aux mains de scientifiques qui s’adonnaient à d’interminables querelles byzantines au sujet du sexe des vecteurs pandémiques.

Quelle ironie ! L’Histoire est décidément une grande coquine.

Comme l’aurait dit Woody Allen, « « non seulement dieu n’existe pas mais il était particulièrement difficile de trouver un plombier » en plein confinement.

Et je sais de quoi je parle, notre chauffe-eau nous a lâché en plein confinement.

9) Last but not Least, pour les matérialistes qui ne jurent que par la plèbe, ils auront eu droit à une nouvelle baston générale dans le « village gaulois ».

Quand je parle de « baston générale dans le village gaulois » je mets de côté le bordel dans les Banlieues, pour la bonne raison qu’on ne peut pas vraiment le qualifier de gaulois. Encore que par certains traits caractéristiques, tel que le gout pour la révolte contre les forces de l’ordre, perçues comme des légions romaines, on pourrait y voir du gaulois. Ces enclaves Gallo-Barbares se sont illustrées tout le long du confinement par : des attroupements, des matchs de foot improvisés en bas des cités, des rodéos moto ou auto, des méchouis géants, des pillages de magasins ou de fourgons alimentaires, la poursuite des trafics, sans oublier les régulières attaques contre les forces de police.

Donc, si on met de côté les « territoires perdus de la république », mais aussi les départements, du Morbihan et de l’Aisne pour ne pas les nommer, qui entrent dans l’Histoire pour avoir écopé d’une interdiction préfectorale de vente d’alcool afin de limiter les bastonnades intrafamiliales, signalons la magnifique baston générale à laquelle se sera livré le village gaulois autour de l’utilité du confinement, de l’hydroxychloroquine et du Professeur Raoult. Ce dernier étant le seul médecin au monde à se targuer de pouvoir boucher le vieux port de Marseille grâce à son melon.

Le Gaulois étant le seul animal de la création à se penser capable de répondre à un sondage, en lui-même délirant, sur l’efficacité de la chloroquine contre le coronavirus. Dans un sondage publié le 5 avril dans Le Parisien, j’apprenais que 59% des Gaulois jugeaient la chloroquine efficace, que 20% la jugeaient inefficace, et que seulement 21% des Gaulois interrogés avaient la sagesse d’admettre que le sujet dépassait leurs compétences et que par conséquent, ils n’en savaient rien. Un sondage qui m’a permis de découvrir que, non seulement notre pays compte plusieurs dizaines de millions de médecins en puissance, mais aussi un mot qui doit rapporter un maximum de points au scrabble : « ultracrepidarianisme » soit le fait de donner son avis sur des sujets que l’on maitrise peu ou prou. Soit le grand mal Gaulois.

Un spectacle auquel le monde entier, pour le coup, n’a rien compris, parce que faute d’avoir lu « la Guerre des Gaules » de Jules César, le reste du monde ne peut pas comprendre.

Du coup, j’explique. Jules César a en effet été le premier à décrire ces prédispositions gauloises dans « la Guerre des Gaules ». S’il décrit les Gaulois comme dotés d’un certain nombre de qualités, notamment le « courage », il n’en souligne pas moins les défauts suivants : « Les décisions des Gaulois sont soudaines et impulsives (…)Profondément divisés, au niveau des grandes régions, des cités, des cantons et même des familles ; ils sont instables entre eux par ces divisions mêmes et dans leurs engagements: légers, versatiles, impulsifs, ils aiment le changement; enthousiastes pour prendre les armes, toujours prêts à partir en guerre, ils sont non moins prompts au découragement et pour supporter les revers manquent de fermeté et de ressort. ».

César souligne  « la pusillanimité des Gaulois, car ils changent facilement d'avis et sont presque toujours séduits par ce qui est nouveau. (..) On a, en effet, l'habitude, en Gaule, de forcer les voyageurs à s'arrêter, même malgré eux, et de les interroger sur tout ce que chacun d'eux a appris ou connu. Dans les villes, le peuple entoure les marchands, les oblige à dire de quel pays ils viennent, ce qu'ils y ont appris. C'est sous le coup de ces potins et de ces ouï-dire qu'ils décident souvent des affaires les plus importantes, pour se repentir bientôt d'avoir cédé à des bruits incertains, et la plupart du temps inventés pour leur plaire.  (…) Leur emportement naturel et la légèreté sont le trait dominant de la race, (...) ce qui leur fait prendre un bruit sans consistance pour un fait certain. ».

Force est de constater que 2000 ans plus tard, malgré la romanisation, la germanisation, ou la christianisation, rien n’a vraiment changé côté débat public ou médiatique. Je pense même qu’avec l’islamisation et la tribalisation à l’africaine, cela ne fera qu’empirer.

Enfin, nous aurons échappé à une algarade sémantique entre Toulousains et reste de la Gaule sur le nom du virus, genre « coronatine » versus « coronavirus » en écho à l’éternel débat « chocolatine » versus « pain au chocolat ». C’est déjà une querelle oiseuse en moins.

De toute façon, l’Académie française a tranché la question en indiquant qu’on doit dire « la Covid-19 » pour les raisons ainsi résumées :

La Covid19 faisant référence à une maladie, le genre de cet acronyme se rapportera à la maladie. C’est pour cette raison que l’on dit « la » CIA, celle-ci faisant référence à « une » Agence, et à l’inverse « le » FBI, celui-ci étant « un » Bureau.   

Eh oui ! Même l’Académie française aura su faire son intéressante.

Au passage, les Immortels auraient pu se rendre réellement utiles en proposant de remplacer l’expression « quand les poules auront des dents » par « quand les Français auront des masques », mais comme les travaux autour du genre de « la Covid19 » ont déjà dû demander un travail titanesque, point trop n’en faut.

En conclusion ! Un grand merci à toutes et à tous. « Merci pour ce moment » comme disait l’autre. Vous nous avez bien fait rire. Dans une situation angoissante, cela revêt une importance tout sauf négligeable.

 

lundi 10 août 2020

Chroniques de Guerre Sanitaire (4/9) : tout est devenu flou...

 

 « Nous ne sentons les maux publics qu’autant qu’ils s’étendent à nos intérêts particuliers » Tite Live
 

(Après le  "Chapitre 1 - ça commençait pourtant bien" ... le "Chapitre 2 - Les Roses du Rhin"... le "Chapitre 3 - ça part en cacahuète"... voici le  Chapitre 4 ) 


La première semaine de confinement fut comme une entrée en hibernation au cours de laquelle tout s’est dédoublé, mélangé, dilaté, contracté. Tout, je, tu, les sensations, les faits. Une véritable vrille dissociative. Une entrée en long sommeil que tu ritualises en appelant tes proches pour leur souhaiter bonne nuit.

"Bon confinement à toi".

"Bon confinement à toi aussi, prenez soin de vous".

On se raconte des histoires, soit qui font peur, soit plus légères. On cite Lamartine « Ô temps, suspends ton vol ! Et vous, heures propices, suspendez votre cours ! Laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours ! ». Côté suspension, objectif atteint. Côté délices des heures propices, ce n’est pas gagné !

Les trois premiers jours, tu ne sors pas, ne serait-ce même pour faire les courses. Tu préfères assister à l'abaissement de la chape de plomb réglementaire depuis le balcon de ta Douce.

Le rideau de la mise en silence administrative du pays descend, en effet, particulièrement vite sur votre quotidien, ce qui te laisse coi.

Alors, pour compenser, vous faites l'amour.

Cela dit, tu ne manques pas d'activité, si on peut appeler cela de l'activité. Ta femme ayant opté pour le télétravail dans le salon,  tu transformes le lit conjugal en poste de production, dans lequel tu passes la journée avachi à tenter de régler des problèmes de logistique, de réseau, de contacts, de changements ou d’adaptation des consignes et directives.

Tout ce temps de perdu, ou du moins à la productivité très insatisfaisante, te donne l'impression d'être bien plus en téléglandouille qu'en télétravail. Non pas que tu glandes, mais tout s’embrouille. Les temps de labeur et de repos ne sont plus assez séparés pour rythmer convenablement la journée. Et le peu que tu parviens à produire correctement te donne des migraines organisationnelles.

Alors, pour compenser, vous faites l'amour.

Entre deux contre-ordres, pour t'aider à patienter, tu redécouvres tes reflexes d’adolescent, ou ceux d'étudiant, notamment l'importance de la position allongée pour lire, pour écrire, pour rêvasser. « Laisse le temps filer, laisse le temps pisser ». A ceci près que ton corps de quadragénaire aux lombaires bien entamées supporte cette position bien moins que dans ta larvaire jeunesse.

Pour compenser, les tensions persistantes ayant du bon, tu fais l'amour.

Le balcon a désormais un gout de luxe que tu savoures avec délectation. Le temps est au beau fixe en ce début de confinement. Tu y bronzes en analysant des données entre 12h et 14h. Ton Surmoi de gauche te fait dire que « nous ne sommes pas tous égaux devant le confinement », mais le Surmoi de gauche étant un vil hypocrite, tu crains subitement qu'au vu de ce constat, l'aussi vorace que gauchisante Mairie de Paris n'invente une taxe sur les ménianes.

D'ailleurs, tout à ton hypocrisie de gauche, en bronzant sur la balustrade, et en parcourant ta revue de presse, tu te mets à applaudir les Bretons qui crèvent les pneus des bobos Parisiens ayant fui le blocus dans leur résidence secondaire de la côte atlantique. Tu sais bien que les Ploucs qui crèvent les pneus des Parigots sont certainement ceux qui, dans une situation semblable, auraient agi de la même façon que les exilés viraux en question, puisque mus par la même frousse, mais bon, tu applaudis, rêvant même de six impacts de balles sur la carrosserie des covid-traitres ayant fui la capitale. Après tout, « six balles » a toujours été le tarif pour les fêlons.

Revenu de ta torpeur, aussi ensoleillée que vengeresse, sur le mâchicoulis de ta Chérie, tu te dis que c'en est assez. L'inaction physique comme le défaut d’utilité concrète commencent à entamer ta bonne humeur. Les équipes médicales sont au charbon ; les flics font le trottoir ; les caissières tiennent les tranchées commerciales ; et toi, tel un Shadok, tu pompes, tu fais d’inutiles flexions dans le salon. « Je me sens inutile et impuissant, il n’y rien de pire pour l’esprit et le corps, ça me pompe ! »

Vous êtes le vendredi 20 mars 2020. Tu contactes ta hiérarchie. Gentiment mais fermement, tu lui expliques ta façon de considérer la situation. « Je n’ai pas signé pour rester assis sur mon canapé toute la journée ; mon dada à moi c’est le terrain, c’est l’action utile ; promis je ne vous ferai pas de procès si je chope le virus ». Rassurée par ce dernier argument, ta hiérarchie  t'inclue dans une équipe d'action d'urgence sur le terrain qu’elle comptait mettre sur pied avec des volontaires. "Passes lundi chercher ton kit d'intervention".

"Ouf !" tu revis un peu. "Chérie, faisons l'amour !".

Au réveil, l'un dans les bras de l'autre, vous êtes le samedi 21 mars. Tu dois passer chez mon père pour y faire le ménage et lessiver ses fringues dans le lave-linge qui est chez toi.

Les passionnants détails de l'aventure que constituera ce trajet vous seront racontés plus bas. Dans l'immédiat, il te faut faire état des conversations téléphoniques que tu as eu ce jours-là, pendant que ta Singer tournait.

Profitant du temps d'une lessive, tu appelles des proches et amis pour prendre des nouvelles de leur confinement :

- Ton frère, gérant d’une boite dans l’évènementiel tournée vers le tourisme fulmine. Il ne parvient pas à déposer en ligne son dossier de chômage partiel. Le site a implosé. Fait pour absorber 200 demandes par jour, il fait face à un tsunami de plusieurs dizaines de milliers de demandes quotidiennes. « De toute façon, j’attends encore la validation de mon dossier de mise au chômage partiel pendant les grèves de cet hiver ;  ils feraient mieux de ressortir un service minitel, ça irait peut-être plus vite » ironise-t-il.

- Ton vieux Compère dans sa banlieue Nord-Ouest te fait savoir qu’ils ne sont toujours pas entrés en confinement dans son quartier. « Ils sont tous dehors comme d’accoutumée ; je sais bien que le français est une langue étrangère par ici, mais tout de même, il me semblait que confinement était devenu un mot d’usage courant ; de toute façon tant que les flics n’auront pas les couilles de venir l’expliquer, ça restera le joyeux bordel habituel »

- « Quelles couilles ?! » s’esclaffe un vieux pote à l’Intérieur juste après. « Pour l’instant, la hiérarchie se débat avec les masques à fournir aux agents  pour contrôler Paris et les directives à pondre tous les jours ; leur principale utilité est de me permettre de m’endormir quand je ne trouve pas le sommeil ; dix minutes de leur prose, et paf, je ronfle ! Mais ne t’inquiète surtout pas ! Tu vas voir ! Dans quelques jours, lorsque le public se rendra compte du bordel dans les cités, les capés de la boite demanderont de pruner les lascars esseulés qui ne courent pas assez vite, histoire d’avoir des chiffres à dealer à la presse ; puis ils demanderont de ne pas provoquer les Banlieues lorsque les premiers feux de mortier se mettront à grêler sur les  gyros des rondouillards (voiture de ronde), parce que comme toujours, les tauliers se mettront alors à se chier dessus ».

- L’une de tes cousines travaillant dans un hôpital de la banlieue Nord-Est, face à la pénurie de protections, te raconte sur un ton halluciné, avoir demandé à son mari, œuvrant dans le BTP, s’il pouvait leur procurer des masques de protection respiratoire. Celui-ci, en mobilisant son réseau, a fourni à l’hôpital des tenues de désamiantage ainsi que des blouses et des masques de peintre en carrosserie. « Il faut dire que pas mal de collègues abusent ; entre les soignants qui enfilent trois blouses pour mieux se sentir protégés et les jeunes qui se portent pâles pour éviter d’attraper le virus, je ne t’explique pas le bazar ; je leur ai dit qu’ils me faisaient penser à des soldats qui s’engagent pour la solde mais pas pour faire la guerre ; mon propos leur a semblé bizarre ».

- Ton cousin travaillant à l’Inspection du travail rit jaune. Il en a gros sur la patate. « Tu te rends compte ! Les personnels soignants ou garants de l’ordre sont sur le pont, les caissières et d’autres salariés, mais aussi les employeurs sont au front, et de notre côté, notre hiérarchie ne nous veut pas sur le terrain ; elle veut que l’on contrôle les conditions de travail par téléphone, tels  des ronds de cuir qui depuis Paris appelleraient les soldats sur le champ de bataille pour leur demander si leurs casques leur semblent aux normes ; tout ça par crainte que les agités du bocal syndical foutent la merde dans les entreprises ou assignent nos hiérarques en justice pour mise en danger des agents… »

« A ce sujet, tu te rappelles des deux-trois jobards borderline que j’ai au bureau, notamment du peigne-cul-syndical atteint du syndrome de l’imposteur, qui passe ses journées à jaboter tout en se frottant le nombril au sens propre comme figuré dans l’espoir d’impressionner les quelques oies blanches du service… »

« Eh bien ce Jean-foutre à la gueule aussi grande que le cul, pour justifier de ne pas avoir à  effectuer ses missions, après nous avoir fait tout un numéro ridicule sur les masques pas aux normes et sur la nécessité d’un gel hydroalcoolique de compétition agissant en trente secondes, au prétexte que les gens ne se frottent pas les mains pendant une minute… a trouvé un magnifique pipeau pour se planquer… »

« Il a dit à son chef qu’il était réquisitionné par la Protection civile, le tout sans pièce justificative, et ça a marché, alors que pas grand monde n’est dupe ; Je serai à jamais fasciné par ces gens qui parviennent à croire qu’un individu qui ne fout rien de bon devant tes yeux puisse verser dans l’extraordinaire dans un autre cercle… »

« Or comme il a dû raconter côté Protection civile qu’il était surmobilisé au boulot, il a pu faire croire à sa gentille femme qu’il était réclamé de toutes parts, histoire d’avoir, comme à son habitude, des bonnes excuses pour aller picoler avec ses très rougeauds petits camarades… »

«Ce que je peux mépriser cette engeance aussi hypocrite que détestable ! Enfin j’en veux surtout à notre hiérarchie de flipettes bureaucratiques qui nous assignent à domicile, alors que nous sommes une large majorité à vouloir agir avec discernement afin de protéger les salariés mais aussi l’activité des entreprises ; Nous sommes là pour protéger bordel ! C’est maintenant que notre présence est plus qu’indispensable, que les salariés ont besoin de nous avoir à leurs côtés ! ».

Lui demandant ce qu’il compte faire, il te répond « je vais continuer à stocker des cacahuètes ». Devant ton rire d’étonnement, il précise « comme le disait Jean-Claude Vandamme, la cacahuète c’est l’énergie perpétuelle à la portée de l’homme ; or je sens que je vais en avoir besoin ».

Frousse gouvernementale, absurdité kafkaïenne, tatillonnerie administrative, corsetage des forces vives, paralysie par les jean-foutres, voilà particulièrement bien brossé par tes proches le tableau dans lequel vous êtes enfermés. Enfin, tes proches vont bien et c’est bien là l’essentiel.

Le lendemain tu te réveilles tôt, du moins involontairement. Une odeur vous assaille par les fenêtres extérieures. Quelque chose qui tiendrait du parfum de chaussettes d’adolescent, portées pendant une semaine, puis affinées six mois durant dans un vestiaire de piscine. Les voisins d’à côté, au demeurant sympathiques, ont significativement accru leur consommation de beuh depuis le début du confinement. Ils viennent d’allumer leur premier splif  de ce dimanche 22 mars.

Dormant nus, faute de pyjama de nuit, vous enfilez les pyjamas de jour que vous avez adopté depuis votre enfermement. Vous  déjeunez et passez la journée sur la chaine Netflix avant de vous rendre compte qu’une nouvelle série s’annonce plus prenante encore, celle de la vie des voisins.

La dose de cannabis semblant insuffisante pour les étourdir, les voisins d’à côté, bien qu’hébétés par la beuh, s’égueulent quand même. Ce ne sont pas les seuls. La famille de bobos de l’immeuble d’en face, au même étage que vous, s’y met également.

Cette famille de quadras, aux trois filles de 12, 14 et 16 ans, vous offrent déjà des spectacles occasionnels hauts en sons et lumières, spécialement lorsque les gamines profitent des escapades de leurs parents pour organiser des soirées musicales endiablées entre écoliers, et ainsi tenir toute la rue éveillée tard le soir. En substance, des emmerdeuses ordinaires. Avec le confinement ce sera un festival, le festival de la famille Quadrachiants, un clin d’œil à l’émission américaine de téléréalité qui a rendu célèbre les Kardachian  : avec papa Jean-Louis Quadrachiant, professeur de son état à la mine du bobo mou ;  maman Micheline Quadrachiante, glandant au ministère de la culture et aux allures de rombière dépressive ; sans oublier Gabi la Loli de 16 ans, Gaga la Sournoise de 14 ans, et la Grosse Juju de 12 ans, dont vous allez de suite connaitre l’origine du surnom.

Depuis le début du confinement, en plus de ses bains de soleil en tenue sexy, Gabi la Lolita se manifeste vers 18h par de régulières sorties du domicile en loucedé et en capuche, non pas à des fins alimentaires mais ludiques, ne récoltant pour tout recadrage parental qu’un mollasson « tu es sortie sans attestation, c’est pas bien ! » ; Juju s’illustre pas ses journées passées sur son téléphone portable, ses crises de nerf régulières, et l’absence totale de travail scolaire malgré un père professeur aux sempiternelles menaces non suivies d’effet « si tu ne fais pas tes devoirs, je devrais te confisquer ton portable » ; et Gaga se faisait jusqu’à présent remarquer par sa discrétion et l’aide  domestique qu’elle apportait à ses parents, celle-ci accrochant souvent le linge lavé au balcon, ou mettant la table, les Quadrachiants aimant déjeuner et diner au balcon.

Or ce dimanche midi, Juju hurle et pleure  à tout rompre, annonçant urbi et orbi tout en couinant « elle m’a traité de grosse pute ! Snif ! Snif ! Papa ! Elle m’a traité de grosse pute ». Certes Juju, se plait parfois à exposer, le soir venu, lumières allumées et rideaux ouverts, sa nudité gironde d’adolescente en manque d’attention et certainement mal dans sa peau, mais enfin tout même ! Qui peut bien être à l’origine d’une telle infamie ? Comme l’avait pressenti ma Sherlock Holmes de femme, à qui cette apparente perfection semblait suspecte, Gaga la fayotte est la coupable ! Gaga la Sournoise a manifestement pour malin plaisir, celui de provoquer sa petite sœur afin de l’entendre hurler puisque la petite Juju vocifère jusqu’à six fois par jour « sors de ma chambreuhhh ! Laisse-moi tranquilleuhhhh ! ».

Bref ce dimanche midi, tout le monde gueule. Du coup, pourquoi pas vous.

L’une des chaines d’infos diffuse un reportage sur la prise d’assaut des rayons de supermarché. Une mamie, toute ébouriffée, raconte qu’elle a rempli son cadi au hasard de ce qui lui passait à portée de mains ; et une Jacqueline à bigoudis de quartier pavillonnaire de province, toute apprêtée pour ses courses du dimanche, explique avec une fierté de fée du logis des plus ridicules, qu’elle va remplir les congélateurs de la maison avec des pizzas, des steaks hachés et des légumes surgelés.

Ta femme aux mœurs urbaines, outrée par ce comportement de sauterelles, manifeste sa stupéfaction. C’est là que tu en profites pour porter l’estocade. Tu hausses le ton, et sur celui de la dispute tu assènes :

« Bah oui ! Mais c’est à cause de ce genre de comportements hautement civilisés, que les vilaines suburbaines à la Jacqueline, perpétuent leurs gènes de criquets au détriment de ceux des jolies Elfes dans ton genre. En cas d’effondrement généralisé, avec ses coffres de congélation pleins, elle assurera la survie de sa Bidochon de famille, alors que ta descendance sera emportée par la famine. C’est nul ! »

« Quoi ! » lâche-t-elle avant de réaliser, à ton air coquin, que tes velléités de querelle n’étaient que du chiqué, et donc de sourire. Tant pis, ce ne sera pas ce jour-là que vous vous engueulerez. Retour sur Netflix.

Il n’est pas loin de minuit lorsque tu te dis, sous les vapeurs voisines du dernier splif du soir, « demain, retour au bercail professionnel, ça va faire du bien ». Du balcon, tu vois s’arrêter au coin de la rue un scooter noir, conduit par un Noir en jogging noir qui remet à une ombre noire un sachet noir. « Tiens, les dealers s’adaptent, ils livrent à domicile maintenant ».

Ce ne sera pas le seul Noir que tu verras dehors.

Ce lundi matin, tu montes à La Fourche dans ta rame de la Ligne13. Tu te dis qu’elle a été désinfectée puisque à l’odeur de bile habituelle se mêle celle de l’eau de javel. Hormis ta face de Babtou, les autres occupants sont Noirs, hommes comme femmes. Ils ont tous l’air de soldats qu’on conduit par le chemin des dames, ou plutôt des rames, à l’abattoir du devoir à accomplir aux rayons des superettes, dans les entreprises de nettoyage, de sécurité, d’aide à la personne, ou en milieu hospitalier. Les regards sont vides, pour mieux cacher leur inquiétude. Ou plutôt livides. Bienvenue à Zombiland !

Un jeune homme se démarque de ce tableau. Il s’agit d’un jeune Africain à l’air inquiet qui est monté dans le métro avec son vélo et sa sacoche « Uber Eats ». Tu en déduis que c’est un « sans papiers » et qu’il espère ainsi échapper par le métro aux contrôles de police en surface. Tu penses subitement à toute la main d’œuvre de la restauration comme du BTP, qui faute de déclaration, va se retrouver sans les allocations du chômage partiel, donc sans moyens de vivre. Cette perspective te glace. « Quelle Misère ! »

Au vu de ces visages, tu penses aux tenants de la théorie du « grand remplacement » qui ne se montreront certainement pas outrés par ce « petit remplacement » dans le métro, comme aux caisses des supermarchés. « Hypocrite engeance nationaliste ! » lâches-tu dans ton étole de « potterhead » aux couleurs de Gryfondor qui te sert de masque.

Pendant que le petit bourgeois du tertiaire fait son jogging d’un pas léger, avant sa journée de télétravail, en sous-face le petit peuple immigré  à la peau sombre affronte la peur ambiante et l’ennemi invisible pour assurer, entre  autres, les sorties alimentaires de tout ce beau monde.

Tu te demandes qui célèbrera ces « héros du quotidien ». En attendant cette célébration, dorénavant, tu concluras chaque sortie alimentaire en remerciant sincèrement « d’être là » le « héros ou héroïne du quotidien » que tu croiseras en caisse.

Le seul Blanc que tu rencontreras ce matin-là, sera Florian, un jeune SDF qui, à l’évidence, écume la ligne 13 toute la journée, étant donné que tu le retrouveras à chacune de tes virées.

Revenant aux joggers que tu as croisés en entrant comme en sortant du métro, tu te dis qu’il faut vraiment avoir l’esprit-totem d’un hamster à roue pour nourrir le dessein de courir ou ne serait-ce se balader dans des rues à l’ambiance aussi morbide. Plus rien ne sent réellement la vie dehors. Toi qui as besoin de tes 15000 pas par jour, tu n’as aucune envie de t’y promener, ni de t’y attarder. Toutefois tu es loin d’imaginer à quel point ces petites foulées ont pu émouvoir le sommet de l’Etat.

Effectivement, la journée de travail au bureau te fera autant de bien que l’allocution de Premier ministre t’énervera. Doudou a encore pété une durite vers 16 heures, l’heure de ses crises habituelles. Il a décidé de changer une fois de plus les règles du « loft story national » dans lequel vous êtes tous enfermés. Les amendes seront alourdies et il vous faudra indiquer vos heures de sortie sur l’attestation dérogatoire, rendant les précédents formulaires non règlementaires mais toujours utilisables par respect de l’environnement.

Blague attestataire mise à part, tu t’inquiètes de nouveau de la possibilité ou pas de porter assistance à ton père, et surtout de l’attitude des flics susceptibles de contrôler tes motifs de déplacement. Depuis le début du confinement, certains keufs à l’esprit automate s’illustrent par l’appétit ectoplasmique de bouffer le tout-venant se trouvant à portée de carnet à souche. Et contrairement au ministre des Comptes publics qui n’est pas à 200 euros de resto près, tes 135 boules, tu y tiens.

Parallèlement, tu entends dire que les conditions de déplacements pour garde d’enfants seront durcies, que ceux-ci seront interdits au-delà d’un certain périmètre. Le temps que tu apprennes, après différents sons de cloche, qu’il n’en était rien, face à la complexité d’une expédition de plusieurs centaines de kilomètres dans laquelle tu n’es pas seule partie prenante, tu décides avec leur mère, d’annuler ton weekend garde-d’enfants dans le Morbihan et leur déplacement pour les vacances de Pâques ; ta fille ayant par ailleurs, avec la psychose ambiante, une peur bleue de se rendre sur Paris. Cela te fend le cœur.

Résultats des courses, c’est le cas de le dire : les joggers ont une nouvelle attestation à remplir ; ton père s’inquiète de se retrouver seul et toi de ne pas pouvoir l’aider ; tes enfants se sentent à l’abandon et toi impuissant noyé dans la culpabilité. Au comble de la frustration, tu lâches un « je déteste les cacas nerveux de ce gouvernement et leurs changements de règles qui mettent tout le monde à cran ! ».

Désormais ta principale crainte sera les sautes d’humeur du Premier ministre.

Bref ce lundi se finit aussi mal qu’il commençait bien ! Le reste de la semaine se poursuivra dans la même détestable veine.

Professionnellement, elle sera frustrante pour toi et pleine de tensions pour ta moitié que tu entendras pester, dans le salon tout le long de la journée, contre la logistique qui ne suit pas ce qui lui est demandé.

Tes belles filles connaitront les joies de l’école en ligne, faites d’un ordinateur pour deux, de plantages récurrents et de professeurs qui, pour tuer l’ennui comme leur intrinsèque besoin de corriger des copies, les noieront sous les devoirs sans explications pédagogiques préalables, ou alors sous des « projets pédagogiques » aussi chronophages que débiles, activités scolaires qu’il te faudra exécuter avec elles.

De l’autre côté de la rue, la Grosse Juju te gratifiera de ses six hurlements à la mort journaliers, à quasi heure fixe. Et tes propres enfants te manqueront terriblement.

Pour bonus, toi qui dors généralement comme un gros bébé, tu connaitras tes premiers troubles du sommeil.

Alors, en ce vendredi 27 mars, 18 heures, pendant que ta Douce emmène ses filles chez leur père de l’autre côté de Paris, tu es aux toilettes. Tu penses à tes mômes.

D’un côté tu es très heureux de gouter à un semblant de vie familiale avec ta femme et ses filles, d’autant plus que ta moitié t’associe bien plus à leur éducation que ne le faisait la mère de tes propres enfants, et que cela se passe bien au-delà de ce que tu pouvais l’espérer, les filles apportant énergie, tendresse et joie de vivre lorsqu’elles sont là.

De l’autre côté, tu as beau n’y être pour pas grand-chose, tu t’en veux de ne pas pouvoir être un soutien pour tes enfants ; tu vis un conflit de loyauté entre tes enfants et ceux de ta compagne ; tu sais que c’est absurde mais c’est un mécanisme humain automatique.

Alors tu te mets à chialer dans les chiottes la tête baissée sur tes couilles pendantes, puis tu les sèches, tes larmes comme tes couilles.

« Quel merdier ! » Enfin, contrairement à ta femme de plus en plus bloquée intestinalement, la situation a du moins, pour toi, quelques vertus laxatives. Après t’être lustré avec le papier-hygiénique à la quasi valeur de papier-monnaie, une idée te vient, qui illustre en passant le combat entre le principe de vie et celui de morbidité. L’Eros versus Thanatos.

Tu prends une petite paire de ciseaux et tu te mets à tailler méticuleusement tes poils pubiens, avec une attention toute particulière pour ceux couronnant tes bijoux de famille. Pour t’être coupé une fois, et ayant eu ainsi l’impression de passer une lame coupante sur une baudruche au contenu d’une valeur inestimable menaçant de faire pschitt, tu t’appliques, poil par poil, avec la minutie d’un maniaque asiatique.

Pour faire passer l’impression du danger, tu imagines les délicieuses caresses de la langue que ta femme y appliquera lors de vos jeux amoureux, ceux plus débridés auxquels vous vous adonnez quand les filles ne sont pas là. Ses délicates étreintes buccales, précèdent souvent les tiennes, certes suaves mais bien plus goulues. Tu n’aimes rien tant que la voir  s’agenouiller sur ton visage et t’appliquer sur ses lèvres jusqu’à sa jouissance, tout en pétrissant son magnifique petit cul de déesse gauloise et en caressant une poitrine mature dont le galbe ferait pâlir de jalousie bon nombre de jeunes femmes. Bien des sexes féminins ont un gout acide ou âpre. Celui de la tienne a pour toi, la douceur comme la saveur d’une gousse de vanille, ton plus grand plaisir étant de recueillir la liqueur qui perle sur tes lèvres lorsqu’elle se livre sur ta bouche.

Après tes larmes aux sanitaires, la soirée fut effectivement bien plus douce. Tu accueilles ta femme en la couvrant de baisers dès l’entrée et en lui susurrant dans l’oreille « Epona (ancienne déesse gauloise équestre de la fertilité) chevauche-moi que je me délecte de tes seins ».

Alors que tu t’endors, la porte du sommeil s’ouvre sur ces paroles d’Ernest Hemingway « As-tu déjà fait l'amour avec une vraie merveille de femme ? Et lorsque tu fais l'amour avec elle, ressens-tu une véritable et belle passion qui, au moins pour ce moment, te fais oublier la peur de la mort ? Je pense que l'amour vrai et authentique, crée une trêve de la mort. Penses-y ».

Des paroles auxquelles tu repenses en regardant ta merveille de femme se réveiller, et qui ont pour effet  de te mettre d’en train pour l’aventure de cette journée. Celle qui vous était annoncée plus haut. En ce samedi, tu dois traverser Paris pour te rendre chez ton père.

Ne rigolez pas ! Ce Fouettard de gouvernement est à ce point parvenu à criminaliser le moindre déplacement des honnêtes citoyens, que le fait d’aller porter assistance à ton paternel revêt presque les allures d’une mission pour les services secrets.

Après avoir rempli ton attestation avec les précautions d’un démineur d’explosifs, tu files vers la bouche de métro la plus proche en regardant au loin s’il n’y a pas quelque revenant à carnet-à-souche de posté au coin de la rue. Arrivé du côté de chez ton paternel, tu prends les petites rues ne disposant pas de caméras de télésurveillance, et tu marches sur les trottoirs à l’ombre. Ta mission accomplie, en reprenant le métro retour sans une prune à 135 euros, tu soupires de soulagement comme si tu rentrais intact d’une mission en Afghanistan ou pire d’une ville infestée de morts-vivants.

C’est d’ailleurs dans ce métro que tu écoutes, sans y faire attention, à la radio, le titre qui donnera le nom de ce chapitre.

Ce titre te reviendra en mémoire, quelques semaines plus tard. Dans une interview, Jean-Louis Murat y traite la jeune chanteuse Angèle de « Chantale Goya 2.0 », chose qui t’a bien fait rire.

Cette jeune bêcheuse de la variétoche franco-belge te fait marrer. Après un premier titre sympathique aux sonorités eighties, elle t’avait hérissé le poil avec son pseudo titre féministe « balance ton quoi », où elle joue tout à la fois les procureur-juge-et-rééducatrice-de-la-gent-masculine et dont les paroles commencent par « ils parlent tous comme des animaux ». Des propos généralisateurs sexistes dignes d’un vulgaire rappeur qui commencerait un morceau merdique par « elles se comportent toutes comme des putes ». Dans son dernier titre « tout est devenu flou » elle se plaint du fait que sa célébrité a rendu sa vie floue. Un titre bien à l’image de cette génération aussi egocentrique que geignarde et de ce qu’est devenue l’industrie musicale.

Qui aujourd’hui pour nous servir une tranche de « bonheur », à part Jean-Louis Aubert ? Qui pour  nous offrir un instant « d’éternel optimisme » en dehors de Mister Mat ? Et ne parlons pas de ce souffle de Liberté que l’on ne retrouve plus que dans notre discothèque estampillée années 70 ou 80. 

Désormais ne nous sont envoyés aux esgourdes que névroses, egotrips et sermons à deux balles, sans la moindre touche de génie. Epanchements pathologiques pour lesquels tu refuses de payer. Après tout, chez le psy, ce n’est pas celui qui écoute le malade qui paye.

« Tout est devenu flou », un titre à l’image d’une époque aux valeurs et concepts devenus particulièrement flous. Un titre qui illustre bien la situation ambiante.

Enfin, flou ou pas, en rentrant de cette « aventure, tu te dis « mission accomplished ». Puis Vous faites l’Amour. C’est déjà ça !

 
 

vendredi 7 août 2020

Chroniques de Guerre Sanitaire (3/9) : ça part en cacahuète

« Le  fort fait ce qu’il peut faire, le faible subit ce qu’il doit subir » 
Thucydide

 

(Après le  "Chapitre 1 - ça commençait pourtant bien" puis le "Chapitre 2 - Les Roses du Rhin"... voici le Chapitre 3) 

 

La nuit fut courte. Cette journée du 16 mars sera longue, aussi longue que l’interminable liste de conneries et de mensonges de ce gouvernement.

Le tout dernier air de pipeau officiel que sifflote la porte-baratin du gouvernement assure que « les nouvelles au sujet d’un confinement imminent ne sont que des fake-news ». En écoutant celle qui aura assumé dès le début « de mentir pour protéger le président », tu en conclues que le confinement est effectivement imminent.

Au bureau la journée s’ouvre sur une réunion de crise. On nous informe que le confinement sera officiellement annoncé ce lundi soir, pour mercredi midi, le tout pour une durée de 45 jours.

On a beau s’y attendre, c’est tout de même le choc. Un bel effet de sidération. Nous nous regardons un temps le regard hagard. Puis des milliers de questions se mettent à se bousculer dans nos têtes. Le temps s’étire comme une partition devenue folle.

Des questions bien plus nombreuses que le maigre nombre de réponses que notre hiérarchie est en mesure de nous apporter. Côté organisation professionnelle, elle nous annonce que le télétravail sera la règle.

Moi qui ne jure que par le terrain, je vais devoir réduire mon univers à un écran d’ordinateur, et passer en mode gestion dématérialisée de mes dossiers. C’est beaucoup moins fun mais je sais faire aussi. Pour me défouler, je m’adonnerai à mon jeu préféré, l’analyse de données.

Pour l’heure, une fois la réunion terminée, vient le moment de l’adaptation. Pas le temps de débriefer entre collègues et de plaisanter un chouia. Il nous faut annuler nos rendez-vous, plier nos dossiers, stocker nos données et nous organiser en vue de fonctionner en mode tortue.

J’ai l’impression de me préparer au choc avec une  nouvelle invasion devant laquelle il faudrait hurler « Les Allemands sont à nos portes !». Pire j’ai le sentiment de fuir devant un ennemi, qui plus est invisible, sans même en ressentir le danger. Déguerpir sans peur, quelle étrange sensation.

A la pause du déjeuner, je glane des informations en vue de mon organisation personnelle.  Il semblerait qu’une attestation de déplacement nous permettra de nous déplacer pendant le confinement pour des raisons professionnelles ou familiales, notamment pour porter assistance aux personnes vulnérables.

J’en conclus que je pourrai aller m’occuper occasionnellement de mon père et que je pourrai concilier devoir filial et bonheur conjugal. J’en informe ma Mie. « Ouf ! Je ne serai pas obligé de voir mon père comme un empêcheur de forniquer en rond » me dis-je en souriant.

D’ailleurs, après avoir plié le volet professionnel dans le milieu de l’après-midi, chargé de mon paquetage, je décide de passer chez mon père en partant du bureau pour lui annoncer le mode d’organisation envisagé. J’ai beau ne présenter aucun symptôme de quoi que ce soit, nous nous tenons, comme depuis quelques temps, à distance règlementaire l’un de l’autre. Il approuve bien évidemment ma décision, en me disant qu’il dispose de tout le nécessaire, et qu’il est hors de question que je m’enferme à côté de chez lui, tout cela pour des passages occasionnels.

Pour clore le débat, il me lance l’une de ses expressions typiques du nord du Portugal, qui ne vont pas sans me rappeler les sentences des vieux amérindiens : « vai à tua via e se vier a minha hora, jà tenho a broainha e a mantinha pronta » ; ce qui signifie « vas retrouver ta vie, et dis-toi que si mon heure devait venir, j’ai mon quignon de pain et ma vieille couverture de prêtes ».

Une vieille référence à d’anciennes coutumes que nous racontaient les aïeux au coin du feu. Dans les temps anciens, lorsque l’on sentait venir son heure, afin d’éviter peine et fardeau à sa famille, on s’en allait mourir seul, dans la montagne, en emmenant juste un quignon de pain rustique et sa vieille couverture. C’est plein de dignité mais c’est toujours dit avec une pointe de goguenardise toute galicienne. Par conséquent, je rigole en entendant mon père m’offrir cette tragique tirade, avant de lui répondre en portugais : « contente-toi de m’appeler si tu devais avoir besoin de quoi que ce soit ».

Je dis cela lorsque mon regard balaye la bibliothèque du salon. Je reconnais certains livres que je voulais lire depuis longtemps et que je n’avais pas eu le temps de faire jusqu’à présent. Je me dis que j’aurais peut-être du temps à meubler et saisis deux recueils de poésie de Sophia de Mello Breyner Andresen et Antero de Quental, deux immenses noms de la poésie portugaise. Mon père accompagne mon geste du traditionnel proverbe sapiophile portugais «  o saber não ocupa lugar ». « Le savoir ne prend pas de place ». Je souris. C’est exactement ça. Meublons avec ce qui ne prend pas de place.

Ces belles paroles de dites, je remarque également qu’il semble manquer quelques bricoles dans ses stocks, notamment de l’eau en bouteille et ses fruits préférés.  Je me dis que je lui en achèterai demain et lui annonce que je passerai par conséquent demain soir.

Je vais chez moi mettre en ordre mon domicile avant bouclage et me faire un sac d’affaires dans laquelle je mettrai des fringues, du matériel professionnel, des dévédés, les livres récupérés chez mon père et d’autres trainant sur l’étagère des livres à lire.

Il est dix-neuf heures. Le soleil vient de se coucher. Je file vers le métro les bras chargés, dans la pénombre des rues de ma banlieue.

Dans une ruelle, je manque de percuter un quidam qui sort pressé d’un immeuble de standing pour s’engouffrer dans un véhicule monospace garé à moitié sur le trottoir.  Son allure interpelle mon regard qui le suit jusque dans la voiture. Brun, trapus, un style débraillé comme s’il tombait du lit, chaussé de ce qui semblait être des chaussons, il monte dans une vieille Renault-Espace dans laquelle se trouve femme, enfants et tout un fatras de sacs remplis de jouets, de courses alimentaires, sans oublier des packs de rouleaux de torche-cul qui dépassent des sacs. Dans ce crépuscule, on aurait presque dit qu’il enfourchait une énorme gousse d’arachide chargée à tout rompre de ce qui compte pour lui.

Tout en continuant de marcher, je quitte la scène des yeux en me disant « visiblement, la course à l’exode a commencé, certains étant prêts à quitter la région parisienne en peignoir ou pyjama ; ça sent la panique ; d’aucuns partant déjà en cacahuète au sens propre comme au figuré ! ».

Dans le métro, alors que jusqu’à présent nous nous sérions les uns contre les autres dans ce qui ressemblait à de l’insouciance pure, l’ambiance vient de virer au paranoïaque. Des masques, jusqu’ici rares, apparaissent en plus grand nombre dans les rames. Tout le monde se regarde en ennemi potentiel, portant tel un cheval de Troie, un mal barbare qui menace les murailles de notre civilisation. Le moindre toussotement  fait se retourner des visages inquiets.

Il n’est pas loin de 20 heures. Toutatis le Petit, notre monarque élu conformément à la tradition gauloise, s’apprête à s’adresser au Peuple. Je sors de la station Place de Clichy et décide de marcher les quelques centaines de mètres qui séparent cette station de notre nid d’Amour.

Je me demande si notre quartier de La Fourche connaît déjà ses premières transformations. Comme je le disais, j’aime beaucoup ce quartier pour plusieurs raisons.

J’aime les endroits où des chemins se séparent et se retrouvent. Tout bon kabbaliste ou alchimiste vous dira que c’est chose importante d’habiter près d’un embranchement. Plus qu’ailleurs, l’arbre des possibles y est présent, le choix des différentes voies également.

A La Fourche, c’est le cas de l’avenue de Clichy qui rejoint celle de Saint Ouen, mais aussi des deux embranchements de la dantesque ligne 13 que je prends  régulièrement. Depuis les deux années que je la fréquente, j’ai mis à jour mon système immunitaire. Moi qui ne suis jamais malade, j’ai pu tester dès lors différentes grippes et bronchites tenaces ayant eu pour vertu de muscler mes anticorps. Et lorsque ce ne sont pas les microbes qui se frottent à nous dans ce sauna roulant, ce sont les moustiques qui se régalent. Au vu de l’incroyable variété ethnique des populations que l’on y trouve, je suis certain d’avoir dû côtoyer, via ses moustiques, la dengue, le chikungunya, le zika et le coronavirus. Une expérience que tout anthropologue devrait vivre. Une expérience pas assez bien notée à mon gout dans Trip Advisor. Tout touriste amateur d’odeurs, de tensions, de sensations extrêmes, devrait tenter la ligne 13 aux heures de pointe. A côté de ça, le métro tokyoïte à l’heure de sortie des bureaux, passe pour du petit lait !

Ah ! Cette chère Ligne 13 ! J’avais même fini par regretter l’étouffante promiscuité de ses bétaillères à hominidés pendant l’interminable grève des transports de cet hiver. En faisant mes 25 000 pas quotidiens pour rejoindre mon bocal professionnel, j’avais finis par en comprendre la raison. Voyez-vous, c’est là, dans une rame de la lige 13, un soir, en rentrant d’une formation, que ma douce et moi avions connu notre premier rapprochement physique. Ne rigolez pas ! Le quasi contact avec mon poitrail l’avait émoustillée, m’avoua-t-elle un jour, tout comme le délicat parfum de ses magnifiques cheveux, mes yeux dans les siens, m’avaient fait oublier toutes les effluves acres post-journée de travail, qui donnent à l’atmosphère de la ligne 13 celle d’une planète gazeuse quasiment irrespirable.

J’arrive donc à La Fourche côté surface. Je constate que les prostituées chinoises qui tapinent habituellement sous le porche d’un immeuble jouxtant le MacDo, ne sont plus là. Cela s’explique sans doute par la fermeture de la Brasserie qui se trouve à la sortie du métro et à la terrasse de laquelle les mères maquerelles surveillent toute la journée l’activité de leurs écrevisses.

En parlant de MacDo, celui-ci est encore ouvert. Devant, se trouvent des livreurs « Uber Eats » africains qui attendent les colis en compagnie des narvalos Maghrébins du quartier qui squattent le trottoir devant l’établissement. L’un de ces narvalos vient d’ailleurs de s’illustrer en se moquant méchamment d’un Asiatique corpulent, portant un costume de cadre et un masque chirurgical sur le visage, et qui marche dans ma direction. Je n’ai pas entendu la vanne qui lui était adressée, mais j’entends l’Asiatique, agacé, se tourner vers l’autre con et lui assener « alors, ce genre de remarques racistes, tu te les gardes pour toi » ; illustrant ainsi ce nouveau proverbe de quartier « quand le reubeu fait le chameau, le lama fâché se met à cracher ». Alors que ma face d’ours Cantabre assaisonne de mépris l’autre face de dromadaire con à brouter du sable qui reste assis à  ruminer sa stupidité, le lama Chinois continue son chemin. Ainsi va la vie dans ma jungle urbaine.

Un peu plus bas, je remarque que le bar sympa à bobos, ainsi que la brasserie à la terrasse de laquelle les sempiternels fumeurs de joints se serrent toute la journée en bédavant, sont  fermés. Cependant, ma pizzeria rabzouz aux bonnes pissaladières à cinq balles est ouverte. « Bonne nouvelle » marmonne-je. Nous pourrons conserver au moins ce rituel, vu que notre délicieux restaurant brésilien de la rue Legendre ou notre savoureuse cantine péruvienne de la rue Dautancourt sont clos jusqu’à nouvel ordre.

Elle va me manquer toute cette vie ou folklorique apathie de quartier ; nos restos habituels ; ce brassage de populations aux origines ethniques et sociales diverses, tout en demeurant populairement parisienne ; cette galerie de personnages que j’ai appris à aimer ou à en rire. Instantanément, je pense à la jeune michtoneuse africaine surmaquillée qui balade le long de l’avenue de Clichy, tous les samedi après-midi, dans ses leggins serrés, tout en les roulant avec application, ses deux protubérances fessières à destination des petits males crevant la dalle.

Cette image ridicule s’envole lorsque je pousse la porte de chez Nous. Ma femme m’embrasse goulument, accrochée à mon cou, pendant que je me lave les mains, avant de lui caresser les cheveux ainsi que son doux visage.

« Chez soi se trouve là où le cœur est ». Cette sentence me frappe comme une évidence.

Dans le salon j’entends le petit Manu qui annonce que nous sommes « en guerre ». Je ne peux pas m’empêcher de lâcher un éclat de rire en ajoutant « mon Dieu ! On va encore tous mourir ! ». Quelle Queen Drama celui-là. Une Queen Drama un peu folle. Un coup, il nous invite à danser ou à nous presser au théâtre, celui d’après il nous intime l’ordre de nous battre.

« Et bien c’est parfait !» dis-je en rigolant, « si c’est la guerre, faisons comme d’habitude, contentons-nous de capituler, et laissons les Américains nous libérer à la fin ; après tout, il est fort à parier que ce seront nos cousins Ricains qui trouveront le vaccin libérateur en premier ».

Comble du ridicule, le moufflet présidentiel qui joue les pères de la Nation semble nous gronder.

Il y avait semble-t-il beaucoup trop de monde dehors le weekend dernier. Pas assez pour maintenir un taux de participation honorable au premier tour des élections municipales, mais beaucoup trop quand même, notamment dans les parcs et quais de Seine. Il sait de quoi il parle, sa royale Brigitte s’y est promenée elle aussi. Visiblement, elle aurait préféré avoir le monopole des bords de Seine pour s’aérer l’esprit. Mais trop de Parisiens ont eu la même idée. Ce n’est pas normal ! Ce n’est pas bien ! Comment remporter la victoire contre le virus dans ces conditions. Par conséquent, nous voilà, non pas en crise sanitaire, mais carrément « en guerre ». La mobilisation doit être générale, du moins pour quinze jours à partir de demain midi. Pour les détails, il faudra voir avec le Ministre de l’intérieur et le Premier ministre.

« Ah tiens ! Ce n’est pas pour quarante-cinq jours » me dis-je avant de me rendre compte que le confinement ne démarrera pas mercredi comme on me l’avait dit ce matin, mais dès demain midi. Je vais donc devoir faire les courses pour mon père demain matin et lui préparer également des attestations de sortie.

Ayè ! Me voilà énervé, sans savoir qu’il ne s’agissait là que d’une petite mise en bouche.

Une heure plus tard, le drôle d’oiseux de l’Intérieur apparaît à l’écran. A son pupitre, il lit son papier et ponctuant ses rodomontades de réguliers petits coups d’épaule. Ce foutriquet de Castaner blâme « la légèreté des Français » qui les a conduit à se promener ce weekend, et justifie ainsi la nécessité de nous confiner. Il s’agit donc d’une mesure ayant un sens plus punitif que sanitaire. « C’en est trop ! Est-ce son passé de gardien de tripot qui lui donne des velléités de chien de berger ? Tout bonnement à gerber ! »

Sans même attendre les sermons du Premier ministre qui, le lendemain annoncera le montant des amendes, et remettra une couche sur « la négligente insouciance des Français dans les rues » le jeudi 19 lors de son discours  à l’Assemblée, je vitupère dans le salon.

« Saperlipopette ! Que ces inconsistants, qui passent leur temps à naviguer à vue tout en virant constamment de bord, prennent les décisions qui s’imposent. Mais de grâce qu’ils cessent de nous engueuler et de nous punir collectivement ! Les mensonges et le manque de sens sont déjà de trop ! »

« Oui, au lieu de nous engueuler pour camoufler leurs atermoiements et autres injonctions paradoxales ; au lieu de faire dans le disruptif, que ces amateurs nous annoncent leurs mesures en y donnant du sens ! »

« Pourquoi ne pas avoir dit quelque chose du genre, au lieu de continuer de nous prendre pour des cons : les dernières conclusions sanitaires et scientifiques en notre possession, ainsi que leur caractère alarmant, vont nous obliger à accentuer les mesures de protection de la population. Nous savons que nous vous avions invité à voter et à garder un semblant de vie normale tout en respectant les mesures barrière, mais ce n'est pas suffisant. Par conséquent, des mesures de confinement vont être mises en place dans les trois  jours, vous laissant le temps de vous y préparer ainsi que vos proches en situation de vulnérabilité. Compte tenu de l'aggravation de la situation sanitaire et de l'impérieux besoin de protéger les plus vulnérables d'entre nous, nous lançons un appel au sens absolu des responsabilités individuelles et collectives. Le non-respect des consignes qui seront déclinées dans les prochaines heures, seront sanctionnées dans l’intérêt de tous. »

« Calme-toi mon Chéri » me demande ma Douce en posant sa main sur mon bras. Les effets de sa peau sont magiques. Ceux de ses profonds yeux bleus le sont plus encore.

Dans ces moments, elle me fait penser, à un détail près, à ce joli poème avec lequel la juge Adelina Barradas de Oliveira rendit hommage à l’immense poétesse portugaise Sophia de Mello Breyner Andresen :

« Há mulheres que trazem o mar nos olhos - não pela cor - mas pela vastidão da alma. E trazem a poesia nos dedos e nos sorrisos. Ficam para além do tempo - como se a maré nunca as levasse - da praia onde foram felizes…

 

Há mulheres que trazem o mar nos olhos - pela grandeza da imensidão da alma - pelo infinito modo como abarcam as coisas e os Homens…

 

Há mulheres que são maré em noites de tardes… e calma… »

 

En français, cela donne quelque chose comme ça :

 

« Il est des femmes qui portent la mer dans les yeux -  non pour la couleur - mais par l’immensité de leur âme. Qui portent la poésie au bout de leurs doigts comme en leur sourire. Elles restent par-delà le temps - comme si la marée ne les effaçait jamais - de la plage où elles furent heureuses…  

Il est des femmes qui portent la mer dans les yeux -  par la magnifique immensité de leur âme - par leur infinie manière d’embrasser les choses comme les Hommes

Il y a des femmes qui sont marée en fin de soirée… et calme… »

Le détail près étant que ma femme porte la mer, y compris par la couleur de ses yeux. La regardant, tout en lui souriant amoureusement, je lui murmure « tu as raison, mon Amour ! Allons faire l’amour plutôt que la guerre sanitaire ».

Le lendemain matin me voici dans une supérette du côté de chez mon paternel. Le fond de l’air ambiant empeste la fébrilité, une fébrilité toute communicative, que je n’avais même pas senti après les attentats de 2015, l’atmosphère ayant été plutôt celle de la résistance. Rappelle-vous « Paris est une fête ». Là, dès l’annonce de l’état de guerre,  ça sent le parfum de la défaite, à commencer par celle de la rationalité.

Les rayons pâtes, riz, PQ, ont été dévalisés. Cela me fait rire et suscite en moi une scène de bataille absurde.  

Sur fond musical de la chevauchée des Walkyries, et sous les crépitements des tirs de mortiers où les obus sont remplacés par des œufs, et la fumée par l’explosion de sacs de farine, je me lance dans une phase de reconnaissance appliquée du champ de bataille, chaque rayon m’apparaissant comme des tranchées ennemies. La reconnaissance effectuée, je procède à la fixation des forces adverses en jetant le dernier paquet de riz du magasin au beau milieu du rayon féculents ; puis je déborde par le rayon bière déserté ; et plante victorieusement mon étendard sur la position « Papier Lotus Confort », avant de brandir un paquet de 24 rouleaux en hurlant « Mon Précieux ! »

Revenu de mon opération PQ imaginaire, je prends pour mon père des fruits « Bio » chargés en vitamines. C’est très bien les vitamines ! Il lui en faudra tout plein. J’avoue que d’ordinaire, le Bio, pour moi, je m’en fous. Mais pour mon père comme pour mes gosses, c’est devenu un réflexe.

En trainant dans les rayons je croise une Mama africaine qui dévalise méticuleusement tout un lot de shampoing au litre. Penchée sur le lot, elle veille jalousement, en remuant du popotin, à ce que personne n’approche de son butin. « Pourquoi 12 bouteilles de shampoing ? » j’ai bien envie de le lui en demander la raison, mais l’envie me passe en me rappelant que je devais prendre de l’eau et des conserves de thon pour mon père.

Après l’eau en plastique me voici devant le poisson en boite. Ce constat me tourne en tête. J’y trouve une forme de poésie urbaine post-moderne assez rigolote. Là encore, je sors de ma rêverie en constatant que le rayon a été dévalisé. Il ne reste plus que trois boites de thon d’une grande marque, bien évidemment deux fois plus chère que celles de marque ordinaire.

J’en prends une ; j’en prends deux et lorsque je m’apprête à saisir la troisième pour la mettre dans mon panier, je vois qu’une main s’approche pour la prendre. Là, mon cerveau reptilien s’active. D’un geste reflexe particulièrement vif, je saisis la troisième boite avant que cette vile main prédatrice menaçant ma survie ne s’en empare. Devant la vitesse résolue de mon geste, la main étrangère se retire tremblotante. « Ah ! Ah ! A la guerre comme à la guerre ! Victoire ! » Je regarde alors mon ennemi et je souris devant ma connerie.

Un petit Jean-Kevin, d’une vingtaine d’années, tout frêle et tout blond, habillé comme un Jean-Eudes de bonne famille, et remontant nerveusement une écharpe sur le nez, me regarde apeuré. Je ressens qu’il vit sans doute là l’un des moments les plus traumatisants de sa jeune existence. Il lui faudra certainement plusieurs séances de thérapie pour l’aider à digérer le stress post-traumatique du confinement.

Ce constat passé, mon « Surmoi » néocortical se met à insulter mon « Ça » reptilien. « Ah bah bravo! S’il te suffit d’une misérable déclaration de guerre sanitaire, et d’une dérisoire fébrilité ambiante pour que tu oublies toute civilité ! N’as-tu pas honte sombre butor ! Sois un peu classe bordel ! ». Soumis à une telle avoinée,  mon  « Ça » bat en retraite comme un gros reptile traqué par un amateur de chaire de varan ; puis mon « Moi » mammalien, en paix, tend la troisième boite de thon au jeune Blondinet taillé comme une chips, en le rassurant d’un « je vous en prie ». Celui-ci me remercie, tout en remontant spasmodiquement sur le nez, son écharpe en cachemire de chez Bompard.

Le regardant partir à reculons, peu rassuré, tel un ouistiti craignant la charge du gorille à qui il aurait ravi la pitance, je ne peux refréner une interrogation, « survivra-t-il à la violence de cette guerre ? ».

Je me rends compte d’ailleurs à quel point toutes les générations de l’après seconde guerre mondiale, ont été préservées de bien des traumatismes, nous rendant tous, sans doute, un peu moins aptes à affronter ce genre de situation extraordinaire.

En me dirigeant vers les caisses, je soupire de soulagement, comme si je me rendais imperméable à la fièvre ambiante, me disant « ce que ça peut faire du bien d’agir de façon civilisée, de se sentir un peu moins babouin ».

Le devoir filial accompli, me revoilà une heure plus tard à La Fourche. Je me dirige vers le Monoprix en me disant que ce confinement ne manquera pas d’aggraver les constipations passagères de ma Dulcinée, et qu’en conséquence je lui prendrais bien un pack d’Hépar.  Je me dis également, que le meilleur moyen de faire la nique aux sermons du gouvernement, est de fêter l’entrée en confinement. Après tout, il est midi. Nous y sommes officiellement.

Tout comme dans la superette où j’étais ce matin, le rayon pates et riz ont été dévalisés. Par contre il reste du papier toilette. J’en prends un pack pour rigoler et célébrer ma victoire sur cette journée de dingues. Comble de la drôlerie, il y a de la bière « Corona » en promotion mais aussi de la « Mort subite ». Je prends un pack de chaque. Je pourrais ainsi prendre en photo ma balle de femme, une Corona et une Mort-subite en main, en titrant le tout, « ma femme est une fille mortelle ».

Par ailleurs, si le rayon féculent a été pillé, celui des blinis et tartinades est resté intact. Je me dis intérieurement :

« Ce que les gens peuvent être sots ! Alors que les pates étaient de plus en plus boudées pour cause d’allergies au gluten, une façon snobe, sans doute, de se détourner de la bouffe des masses pour des nourritures plus nobles, voilà que les pâtes à prolétaires prennent le pas sur tout le reste, y compris dans les supérettes à Bobos ; qu’à cela ne tienne, j’ai le thème du repas de ce soir ; ce sera apéro-dînatoire blinis-homous-tzatziki-et-autres-tapenades ».

En arrivant dans notre rue, après avoir croisé la première patrouille de police de ce confinement, je constate qu’il y a beaucoup plus de places pour se garer dans la rue. Comme quoi, dans notre rue, pas mal de gens sont déjà partis, eux aussi, en cacahuète. J’apprendrais par voie de presse quelques jours plus tard, que 20% des parisiens auront déserté la capitale pour aller donner une détestable image du parigot en province.

« Peu importe ! Mission Accomplished ! » claironne-je intérieurement, tout en arborant une banane goguenarde lorsque je pousse la porte de chez nous, « j’ai notre gueuleton de début de confinement ».