vendredi 26 octobre 2007

M&Ms TIGA-NA


Dans un pays où l’on adore le beurre et où tout plateau apéritif se doit de proposer des cacahouètes, je n’ai jamais compris pourquoi le beurre de cacahuète n’y trouve jamais preneur.

J’ai commencé par mettre cela sur le compte du traumatisme qu’a constitué pour toute une génération de Français, le fait d’apprendre qu’Elvis Presley devait sa mort à l’ingurgitation quotidienne de moult tartines au beurre de cacahouète. 140 kg en fin de parcours cardiaque. Suicide by peanuts comme on dit là-bas. Toutefois force est de constater que si le traumatisme vaut pour la génération de nos parents, pour la mienne cette théorie ne tient pas la route 66. Comme elle n’explique pas pourquoi le beurre de cacahouète reste aussi sacré qu’Elvis pour toutes les générations d’Américains.

Non, je devais continuer de chercher une explication plus plausible, mais fatigué, j’ai fini par mettre tout cela sur le dos du sentiment américanophobe qui nous bouche les artères. C’est vrai quoi, à chaque fois que je propose à mes potes une peanut butter party ou bien en guise dessert, après un succulent repas, mon célèbre Kouign-Amann 100% pur beurre d’arachide, ce sont toujours les mêmes mines déconfites voir carrément dégoûtées que l’on me sert. Voyez vos propres mines. Je les vois d’ici toutes déconfites.

Jusqu’au jour où… oui jusqu’au jour où après un séjour dans mon New York adoré, j’ai déposé sur le plateau apéritif une petite coupelle proposant un petit cocktail de M&Ms que j’avais ramené de là-bas. Pour tout vous dire, j’avais à tel point bourré mes valises de paquets de M&Ms, de toutes les variétés disponibles aux EUA, que j’en avais suscité une certaine suspicion auprès du préposé au contrôle des bagages de l’aéroport de Newark. Encore un ignare tout ignorant des conditions de privation que nous subissons en France, question variété de M&Ms. Mais revenons à mon plateau apéritif.

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque plusieurs de mes convives vinrent me voir, les pupilles dilatées de plaisir et avec du coulis de M&Ms à la commissure des lèvres, pour me demander « dis-moi c’est quoi le parfum des petits M&Ms tous mous là-bas ». Et moi de hurler avec jubilation dans mon salon « c’est des M&Ms Peanut Butter tas de cons », tout en concluant avec un « C’est bon Hein » histoire de ne pas laisser le seul goût de l’insulte sur le palais de mes chers amis.

Leurs mines respectives marquèrent la surprise puis un sourire. Toutefois un sourire pas assez ouvert pour accepter de goûter mon fameux Kouign-Amann 100% pur beurre de cacahouète. De toute évidence le réflexe américanophobe est bien trop profondément incrusté. À ce stade de conditionnement, pour la zone du cerveau susceptible d’aimer mon Kouign-Amann c’est foutu. On ne peut plus reformater la zone.

Au final, si j’ai lâché l’affaire s’agissant de leur faire avaler des tartines de peanut butter, alors que je n’offre que le meilleur, celui venu des Pays-Bas, du « Pinda kaas » de marque Calvé (PUB), je ne suis pas peu fier d’avoir incrusté dans les papilles et les cortex de mes amis le goût pour les M&Ms au beurre de cacahouète. À tel point que maintenant ça me saoule quand mes gloutons me demandent à chaque visite s’il ne me resterait pas quelques M&Ms peanut butter. Tout comme ça me saoule de supplier mes potes allant aux States de m’en ramener. C’est que ça réveille en mon tréfond les souvenirs désagréables que j’y avais enfouis. Quand je suppliais ma mère de m’envoyer du chocolat made in France, l’année où elle me laissa enfant en pension chez mon grand père de Viana do Castelo, en Portugalice. Bref des réflexes de gosse du tiers-monde que je pensais ne plus avoir à revivre. Je vous parlerai un jour du chocolat portugais si vous êtes sages...

C’est ainsi que je supplie, implore à genoux, un pistolet M&Ms acheté au M&Ms Store de Las Vegas braqué sur ma propre tempe, que M&Ms France veuille bien distribuer les M&Ms Peanut butter dans notre Pays. J’ai même pensé à la campagne de pub.

Histoire de prendre le palais de français par surprise, tout comme je l’ai fais, vous n’avez qu’à utiliser le mot « crème » ou « sauce » pour « beurre » et d’employer un mot africain pour cacahouète. « Tiga » par exemple. Le mot pour cacahouète en bambara. Ou alors Tiga-na. Ce qui signifie « sauce cacahouète » toujours en Bambara et qui rappellera en même temps le nom d’un célèbre joueur de foot français. M&Ms Tiga’s cream ou M&Ms Tiga-na, je trouve que ça claque, non ?

Vous jouerez ainsi sur ce goût si français pour l’exotisme post-colonial. Avec en prime un slogan tout trouvé genre « Y’a bon M&Ms» rappelant le « Y’a bon Banania » du temps où le Français voyait déjà « le bon nègre » avec un regard paternaliste de Droite avant que ce regard ne devienne pépèranaliste de Gauche. Vous pourrez même coller un boubou au M&Ms pour le clip publicitaire. Non je rigole, mais en jouant sur ce réflexe exotiste aussi profondément conditionné que le réflexe américanophobe, je suis sur que les M&Ms Tigana feront un malheur dans mon pays.

S’il vous plait. Dites oui Monsieur M&Ms. s’il te plait dit Oui…


SIL qui fond dans la bouche, pas dans la main.

PS : que mes potes renois m’excusent pour cette petite moquerie éxotiste mais le fait d’avoir pris, face à Watson, leur défense avec la plus véhémente énergie, ce mardi, m’autorise largement à me moquer de leurs boubous.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Le beurre de cacahuète...les m&m's peanut butter...
ça y est...je sens mon addiction revenir...(1) tu es responsable 2) je suis tombée dans le panneau et ma cellulite avec...)
...J'ai un fournisseur officiel en échange je lui envois des Kinder Maxi...
Pas mal comme trafic non?
Si la quantité échangée le permet, je te mettrai un paquet de côté lors du prochain deal...

"S’il vous plait. Dites oui Monsieur M&Ms. s’il te plait dit Oui…"

Christelle a dit…

Qu'il est bon de voir que l'on n'est pas le seul addicted au M&Ms Peanut Butter si loin de la source...

D'un autre côté, ne pas en avoir à disposition nous préserve de bien des dérives :-)

Mais... J'en veux!